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West Ham est devenu une « marque internationale » grâce à « Hooligans »

West Ham-OL : Comment le film « Hooligans » a transformé ce club méconnu de Londres en « marque internationale »

FOOTBALLWest Ham United, qui affronte l'OL ce jeudi (21 heures) en quart de finale aller de Ligue Europa, a vu un film avec Elijah Wood lui être consacré en 2005
Jérémy Laugier

Jérémy Laugier

L'essentiel

  • Le club de West Ham, qui va défier l’OL ce jeudi (21 heures) en Ligue Europa, n’est clairement pas aussi suivi en France que certains de ses rivaux londoniens comme Chelsea, Arsenal et Tottenham.
  • Un film sorti au milieu des années 2000, Hooligans, a néanmoins aidé à faire connaître dans le monde entier ce club des quartiers est, perçu à Londres comme « ultra-populaire ».
  • 20 Minutes s’intéresse à l’influence qu’a eue, et qu’a toujours, ce long-métrage avec la star américaine Elijah Wood à l’affiche, 17 ans après sa sortie.

De notre envoyé spécial à Londres,

Frodon Sacquet a-t-il changé l’histoire de West Ham United ? On peut se le demander, tant le comédien américain Elijah Wood a marqué les esprits en étant à l’affiche du film Hooligans (Green Street en VO), seulement deux ans après avoir bouclé la trilogie du Seigneur des anneaux, qui l’a élevé au rang de star hollywoodienne. Lorsque le film débarque dans les cinémas anglais, le 9 septembre 2005 (soit neuf mois avant son arrivée en France), David Bellion vient de rejoindre West Ham en prêt.

« Honnêtement, quand Hooligans est sorti, ça n’en parlait pas plus que ça au club, assure l’ancien attaquant de Manchester United. En tant que cinéphile, je l’ai vu et je sais à quel point il est vite devenu culte dans toute l’Angleterre, à l’image de cet univers artistique british porté par Guy Ritchie et Vinnie Jones [ex-poète au milieu du "Crazy Gang" de Wimbledon avant de jouer dans Arnaques, crimes et botanique, Snatch…]. Il n’y avait pas plus de débats que ça dans notre vestiaire autour de cette œuvre. »

L'affiche de ce film culte datant de 2005, avec notre Bovver tout à gauche.
L'affiche de ce film culte datant de 2005, avec notre Bovver tout à gauche. - RONALD GRANT/MARY EVANS/SIPA

La rivalité « la plus ancrée à Londres » entre West Ham et Millwall

Pourquoi la réalisatrice allemande Lexi Alexander avait-elle jeté son dévolu sur les supporteurs de West Ham ? « Car la rivalité entre les hooligans de West Ham et ceux de Millwall est celle qui est la plus ancrée à Londres, c’est évident », confie Leo Gregory, l’un des rôles principaux dans le film. Une animosité volcanique dont l’ancien international ivoirien Guy Demel a eu un aperçu durant ses quatre saisons dans le club de l’East London (de 2011 à 2015): « Un jour, on a eu la mauvaise idée de partir avec trois coéquipiers à Dubaï en portant les survêtements de West Ham. Des supporteurs de Millwall prenaient le même vol que nous et croyez-moi, ils nous ont bien fait ressentir les tensions et la rivalité entre les deux clubs ».

Peu après avoir débarqué dans « le club le plus populaire de Londres » selon lui, Guy Demel a eu vent de l’intenable édition 2009 de ce West Ham-Millwall, qui a donné lieu à de multiples débordements et à un envahissement de terrain, en plein match de Cup disputé à Upton Park. De violentes séquences très proches de la fiction vue dans Hooligans, qui avait justement mis en scène un tirage au sort de Coupe d’Angleterre entre les deux rivaux historiques.

Tout comme son personnage étudiant à Harvard, Elijah Wood a découvert le monde des hooligans durant le tournage.
Tout comme son personnage étudiant à Harvard, Elijah Wood a découvert le monde des hooligans durant le tournage. - RONALD GRANT/MARY EVANS/SIPA

Plus de 4 millions de dollars au box-office mondial

« Quand j’ai débarqué dans le vestiaire, Mark Noble [544 matchs avec les Hammers depuis dix-sept ans], qu’on surnomme désormais Mr West Ham, m’a demandé si j’avais vu Green Street, poursuit Guy Demel. Il m’a bien fait écho de Millwall et des épisodes de hooliganisme entre les deux camps. » Ceux-ci sont omniprésents dans le film, dans les pubs comme aux abords d’Upton Park. Si bien qu’on se demande comment le projet a pu aller au bout, avec plusieurs séquences tournées au stade pendant des matchs des Hammers.

« Les propriétaires et dirigeants de West Ham étaient au courant qu’un film de football avec Elijah Wood était en préparation autour de leur club, mais ça s’arrêtait là, précise Leo Gregory. Ils ignoraient qu’il serait si violent. » Pour toute l’équipe du film, la surprise a été de constater qu’Hooligans générait plus de 4 millions de dollars au box-office mondial. « Nous n’imaginions pas un tel succès planétaire, indique ainsi Leo Gregory. 17 ans après, beaucoup de monde considère toujours Green Street comme un film culte. Récemment, j’ai encore reçu des centaines de messages de fans vivant en Indonésie. On a fait de West Ham une marque internationale, et ce sans le vouloir. »

Leo Gregory, la réalisatrice Lexi Alexander ,et Elijah Wood, lors du festival international du film d'Edimbourg, en août 2005.
Leo Gregory, la réalisatrice Lexi Alexander ,et Elijah Wood, lors du festival international du film d'Edimbourg, en août 2005. - Sutton-Hibbert / Rex Fe/REX/SIPA

« Avec ce film, West Ham m’a financé ma saison à suivre les Spurs »

L’interprète du rôle barré de Bovver sait de quoi il parle, puisqu’il est depuis toujours un supporteur acharné… de Tottenham. « Avec ce film, West Ham m’a financé ma saison à suivre les Spurs, sourit-il. Le plus drôle, c’est lorsque des Hammers se jettent sur moi en me voyant autour de leur stade pour un derby. Ils hurlent "Bovver, Bovver" et me demandent un autographe. Je signe toujours THFC [Tottenham Hotspur Football Club], ils sont choqués et j’adore ça. »

Ce drôle de gaillard, qui collabore désormais avec la marque de fringues casual Weekend Offender, était à l’époque la caution « hools » du film. Lexi Alexander lui avait d’ailleurs demandé de vivre pendant un mois à Los Angeles avec Charlie Hunnam (le génial Pete dans le film) « pour l’imprégner du monde des hooligans et de ses codes ». Mais ce n’est pas tout, plusieurs hooligans rattachés aux ICF de West Ham (renommés GSE dans le film) ont participé à certaines séquences du tournage.

« Esthétique et chants incroyables » aux matchs des Hammers

Et la fiction a parfois été rattrapée par la réalité dans les quartiers est de Londres. « On a dû interrompre un tournage une fois à cause de fights avec de vrais hooligans de Millwall, se rappelle Leo Gregory. Même moi, j’ai pris une droite dans la tête. » Une crainte que n’a pas ressentie David Bellion durant son court passage chez les Hammers, de septembre à décembre 2005.

« Dans les années 2000, je savais qu’il y avait une branche de supporteurs se considérant encore comme des hooligans à West Ham, mais comme partout en Angleterre ou presque. Il s’agit du club ultra-populaire de Londres. Le public était très près de nous à Upton Park mais je n’ai jamais eu peur des supporteurs là-bas. A West Ham, je me souviens surtout d’une esthétique et de chants incroyables à domicile. » »

Parmi lesquels l’inévitable I’m forever blowing bubbles, hymne d’avant-match du club, que tout amateur de football ayant vu Hooligans a hurlé en sortie de pub avec ses potes après quelques pintes de trop. Au stade, l’air entêtant est accompagné d’énormes machines à bulles installées au bord du terrain.

« I’m forever blowing bubbles » lancé en plein mariage

« Voir toutes ces bulles s’envoler dans le ciel, ça nous faisait toujours ressentir qu’on allait vivre un après-midi de fête à Upton Park, évoque Guy Demel. C’est repris par tout le stade, par le coach, et cette grande ferveur vous galvanise forcément. Cette dimension festive des bulles procure à tous ces gens une émotion folle : c’est comme s’ils étaient liés à vie, qu’ils ne formaient qu’un seul homme pour ce club. »

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Cette chanson a même accompagné un mariage à Besançon en août 2020. Tombé sous le charme des Hammers en 1999, un soir de victoire en Intertoto à Metz à l’époque des Ferdinand, Lampard et Joe Cole, Romain Parreaux (33 ans) « franchit un palier » dans sa passion après avoir vu Hooligans au cinéma. Son skyblog relaie alors l’actualité du méconnu club londonien, désormais sans trophée depuis 42 ans, jusqu’à l’organisation de deux ou trois déplacements par saison à Upton Park. La création de West Ham France, groupe d’une trentaine de supporteurs actifs officiellement reconnu par le club, suit en 2011.

Romain Parreaux et ses amis de West Ham France, ici lors d'un match au stade olympique de Londres.
Romain Parreaux et ses amis de West Ham France, ici lors d'un match au stade olympique de Londres. - West Ham France

« Le club a toujours gardé ses distances avec le film »

« A chaque fois que j’entends cette chanson au stade, j’ai les larmes aux yeux, même si ça a un peu perdu de son charme avec le départ pour le London Stadium, raconte Romain Parreaux. Elle fait partie de ma vie, et elle transcende tout le monde, des enfants aux mecs ultra-balèzes avec crânes rasés. » Finalement, 17 ans plus tard, quel lien reste-t-il entre le film et West Ham United, qui a donc déménagé en 2016 au stade olympique de Londres ? Non loin de là mercredi soir, au pub The Carpenter’s arms, Jermaine, Matt et Joe, trois jeunes fans des Hammers, se marrent en confiant l’avoir vu « à l’âge de 5 ans ». Le tout en savourant avec une bière le triplé infligé par Karim Benzema à Chelsea.

Leo Gregory a joué un rôle central, durant tout le tournage du film « Hooligans », pour garantir le réalisme de cette fiction.
Leo Gregory a joué un rôle central, durant tout le tournage du film « Hooligans », pour garantir le réalisme de cette fiction.  - REX FEATURES/SIPA

Ils considèrent que « Green Street fait partie de l’histoire du club ». Une histoire contrariée, à en croire Leo Gregory : « Le club a toujours gardé ses distances avec le film. Imaginez, il est impossible pour lui de promouvoir ainsi la violence. Après, même si nous ne sommes évidemment plus dans les années 1980, il y a toujours des fights et des classements informels des meilleurs clubs à hooligans de Londres. Boys will be boys, you know. » Pas mieux.