Euro 2021 : Karim Benzema de retour en Bleu, faut-il se pincer pour y croire ?

FOOTBALL L’attaquant du Real devrait être rappelé par Deschamps pour disputer l’Euro, selon « Le Parisien »

Julien Laloye

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Karim Benzema lors de France-Arménie en octobre 2015, sa dernière apparition sous le maillot bleu.
Karim Benzema lors de France-Arménie en octobre 2015, sa dernière apparition sous le maillot bleu. — BEBERT BRUNO/SIPA
  • Karim Benzema pourrait faire partie de la liste des 26 joueurs retenus par Didier Deschamps pour disputer l’Euro 2021.
  • L’attaquant du Real Madrid, dont le compteur est bloqué à 81 sélections depuis l’automne 2015, avait fait une croix sur l’équipe de France tant que DD serait sélectionneur.
  • Sa convocation, prometteuse sur le plan sportif, serait la preuve ultime que Deschamps place l’intérêt des Bleus au-dessus de tout.

Alors là Didier, tu nous en bouches un coin. D’ailleurs, on refuse encore d’y croire avant de voir Gilles Bouleau ce soir. Pourquoi, comment, qui, quoi, mais-où-est-donc-or-ni-car, les questions turbinent dans notre petit cerveau en surchauffe.

Il y a même pas un mois, dans une sorte d’éditorial à raffermir notre héroïsme de cantine, on regrettait une dernière fois que le nom de Benzema soit absent du débat comme on efface les dissidents de la mémoire officielle du régime, petit à petit, en poussant le bouchon jusqu’à ne plus jamais le mentionner sur les comptes officiels de la FFF et de l’équipe de France. Et voilà-t-y pas que le gars revient du diable vauvert-rouge-bleu, selon nos confrères du Parisien, confirmant une petite musique agréable qui flottait depuis la veille.

Défendu puis lâché juste avant l’Euro

Ce n’était pas faute d’avoir appris à cultiver notre art de la résignation. De guerre lasse, plus personne n’osait poser la question en conférence de presse, à part quelques confrères étrangers gentiment renvoyés dans leurs pénates d’une pirouette verbale. Six ans que Deschamps, conforté par ses succès sportifs, refusait d’accorder une explication à l’absence récurrente d’un des quatre ou cinq meilleurs attaquants du monde.

Remarquez qu’il n’a jamais dit ouvertement qu’il ne le rappellerait plus. Trois mois avant l’Euro 2016, alors que l’affaire de la sextape empoisonnait depuis l’automne la vie du groupe tricolore, Deschamps promettait encore de partir en croisade avec son leader d’attaque. « Tout le monde nous l’envie », qu’il disait. Pour finalement l’écarter au dernier moment, la FFF prenant prétexte en off d’une situation floue car le joueur était alors placé sous contrôle judiciaire. Puis survint la fameuse interview sur la «partie raciste de la France», une sorte d’épouvantail qu’on brandit depuis en barrage ultime d’un retour de l’ancien Lyonnais en sélection.

La Benz et DD au Brésil.
La Benz et DD au Brésil. - David Vincent/AP/SIPA

Deschamps a expliqué mille fois l’épisode du tag raciste sur sa maison de vacances, et le Basque étant rancunier, on a fini par se dire que la limite de la décence avait été franchie ce jour-là dans l’esprit du sélectionneur. Il s’agit pourtant d’une reconstruction mentale a posteriori. Pendant l’Euro, 90 % des supporteurs et des suiveurs des Bleus – on en était – étaient absolument convaincus que la pénitence allait cesser dès la rentrée de septembre.

C’est ensuite, à force de voir Benzema ostracisé à l’infini, que cette explication de l’interview de trop s’est imposée dans le débat public. Notre débrief à chaud avec le journaliste de Marca aux commandes de cet entretien, expédié en vingt minutes dans un petit aéroport de la banlieue lyonnaise, nuançait pourtant l’idée d’une sortie au lance-flamme.

Un timing surprenant

Plus tard, le succès de la campagne de Russie a eu son importance dans la lecture fataliste d’une rupture définitive, évidemment, même si les haters indécrottables de Giroud rappellent tous les matins qu’il n’avait pas été fichu de planter une fois en sept matchs. D’où l’immense surprise de ce rappel inattendu à la veille de l’Euro 2021, s’il devait se confirmer.

Benzema n’a jamais fait un pas vers le sélectionneur, aggravant parfois son cas dans des interviews où il estimait n’avoir rien à se reprocher dans toute cette affaire. Ce dernier n’avait pas davantage ouvert la porte. Le panorama sportif n’a pas vraiment changé non plus : KB9 porte le Real sur ses épaules depuis trois ans en vain (29 buts encore cette saison), et l’équipe de France ne souffre pas précisément d’une absence de talents offensifs à son poste.

Mbappé-Benzema-Griezmann, miam miam

Alors quoi ? Alors l’envie est d’être à ce soir, maintenant, tout de suite, pour entendre de la bouche de DD les raisons de ce cliffhanger du feu de dieu. Puis d’arriver au 11 juin, maintenant, tout de suite, avec ce trio offensif Mbappé-Griezmann-Benzema pour peupler les rêves de nos nuits d’été, étant entendu qu’on ne rappelle pas un Benzema pour lui faire ramasser les chasubles à Clairefontaine.

Encore que Deschamps peut toujours partir dans le zag avec le totem Olivier Giroud sous le bras, et Karim sur le banc si besoin. On prend quand même.