Brest-Bordeaux : Jean-Michaël Seri est-il toujours ce « bidon d’huile » essentiel au moteur d’une équipe ?

FOOTBALL Le milieu ivoirien devrait effectuer ses premiers pas avec les Marine et Blanc ce dimanche en Bretagne

Clément Carpentier

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Jean-Michaël Seri sous le maillot de Fulham.
Jean-Michaël Seri sous le maillot de Fulham. — Michael Zemanek/BPI/REX/Shutterstock/SIPA
  • Les Girondins de Bordeaux se déplacent à Brest ce dimanche (13h) pour le compte de la 24e journée de L1.
  • Seule recrue du mercato hivernal, Jean-Michaël Seri devrait à cette occasion retrouver la Ligue 1, deux ans et demi après son départ de Nice pour Fulham pour près de 30 millions d’euros.
  • Prêté la saison dernière à Galatasaray, le milieu de terrain a réalisé un exercice solide chez les Turcs en disputant notamment la Ligue des champions. De retour à Fulham l’été dernier, il n’a disputé que deux matchs cette saison.

On ne va pas se mentir (vous comme nous) cela faisait un petit moment que l’on n’avait plus entendu parler de lui. Pour les suiveurs du ballon rond, son nom était seulement réapparu à deux reprises dans la presse française la saison dernière à l’occasion de l’affrontement entre le PSG et Galatasaray en phase de poules de la Ligue des champions. Jean-Michaël Seri se faisait en effet discret depuis son départ de l’OGC Nice pour Fulham, il y a deux ans et demi, pour près de 30 millions d’euros. Et c’est vrai qu’aujourd’hui il paraît loin le temps où le milieu de terrain ivoirien alignait les matchs de très haut niveau sur la Côté d’Azur au point d’être à deux doigts de rejoindre le FC Barcelone à l’été 2017. Depuis, il était sorti un peu des radars du football français.

Mais pas de ceux d’Alain Roche et Jean-Louis Gasset, respectivement directeur sportif et entraîneur des Girondins de Bordeaux. Alors quand le club a dû faire face à la grave blessure d’Otavio (rupture du tendon d’Achille gauche) le 20 janvier, son nom est très rapidement arrivé en haut de la liste pour remplacer le Brésilien. Ça tombait bien pour lui puisqu’il était au chômage « partiel » ces six derniers mois (Fulham ne l’avait pas retenu pour jouer le championnat cette saison). Une situation assez exceptionnelle pour un joueur de son niveau mais pas si surprenante étant donné les soubresauts que connaît sa carrière depuis son exil à Londres. Alors au moment de retrouver la Ligue 1 ce dimanche (13h) avec les Marine et Blanc à Brest, l’Ivoirien est-il toujours le même joueur ?

Jean-Michaël Seri a joué trois ans à Nice de 2015 à 2016.
Jean-Michaël Seri a joué trois ans à Nice de 2015 à 2016. - Yann COATSALIOU / AFP

Après l’échec Fulham, le rebond Galatasaray

Ce joueur que Jean-Louis Gasset qualifie de « bidon d’huile » du milieu de terrain, capable « de ventiler le jeu et de faire des passes vers l’avant » comme lors de son très bon passage chez les Aiglons de 2015 à 2018 (12 buts et 25 passes décisives en 123 matchs). Du côté des Cottagers de Fulham, la mécanique a plutôt bien continué à tourner à plein régime au niveau individuel lors de sa première saison (34 matchs), en revanche elle a subi un gros accident collectivement avec une relégation en Championship. Une situation compliquée à vivre mais le très philosophe Jean-Michaël Seri en a vu d’autres à l’image de son rocambolesque transfert avorté au Barça. Voici ce qu’il disait à l’époque : « Cela m’a affecté, oui. Tout s’est écroulé à cause d’une question d’argent. Mais que peut-on y faire ? La vie continue. Peut-être que c’était la volonté de dieu. Je suis chrétien, j’ai gardé la foi ».

Pour rebondir, il choisit la Turquie et Galatasaray la saison dernière sous la forme d’un prêt avec option d’achat. Le journaliste turc Yusuf Kenan Calik de la chaîne d’informations nationale NTV :

« Il a débuté moyennement la saison au poste de relayeur mais avec le départ de Nzonzi (pour Rennes), il est passé devant la défense et là, il a réalisé de bonnes performances avec notamment un match référence dans le derby face à Fenerbahçe. Il est devenu au fur et à mesure un joueur important de l’équipe (37 matchs) »

Jean-Michaël Seri face à Neymar en Ligue des champions avec Galatasaray.
Jean-Michaël Seri face à Neymar en Ligue des champions avec Galatasaray. - J.E.E/SIPA

Comme à la bonne époque, ce confrère a vu « un joueur fort physiquement et précieux dans la construction du jeu (90 % de passes réussies) qui manquait juste, parfois, d’un peu de constance et de concentration surtout en début de saison. » Jean-Michaël Seri avait d’ailleurs réussi un très gros match face au PSG au coeur de l’automne 2019 à Istanbul, obtenant la note de 7 dans l’Equipe.

Son état physique, le point d’interrogation ​

« Il était apprécié dans le vestiaire et par les supporteurs car c’est un joueur qui ne pose aucun problème et il a vraiment été bon de décembre à mars », ajoute Yusuf Kenan Calik. Malheureusement pour les Turcs (et heureusement pour les Girondins), Galatarasay n’a pas eu les moyens financiers de lever l’option d’achat en fin de saison et n’a pas trouvé ensuite de terrain d’entente avec Fulham pour un nouveau prêt. L’Ivoirien a dû se résigner à rentrer à Londres où il a été très vite écarté par Scott Parker, l’entraîneur des Cottagers, sans trop de raisons. Depuis l’été dernier, il n’a disputé que deux matchs de Coupe de la Ligue anglaise car de son côté, il a refusé de jouer avec la réserve du club. Ce qui pose aujourd’hui la question de son état de forme.

« Je me languis de voir dans quel état physique il est, même si je sais que c’est un grand professionnel, disait en début de semaine Jean-Louis Gasset, il n’aura rien perdu techniquement car ça, c’est inné mais il n’a pas joué depuis octobre. » Et même s’il s’est entretenu avec deux préparateurs physiques comme l’indique Sud Ouest, rien ne remplace la compétition. Arrivé de Londres samedi dernier, Jean-Michaël Seri a dû en plus respecter une quarantaine de sept jours à l’hôtel malgré une demande de dérogation du club. Une demande que les autorités ont refusée pour ne pas créer une jurisprudence. « On va le récupérer ce samedi. On va voir où il en est, car passer une semaine enfermé dans une chambre c’est dur. Il peut juste travailler [physiquement] dans une salle mais il a très envie de rejouer… », explique l’entraîneur des Marine et Blanc.

Il a fait un gros effort financier pour venir

Une telle envie que le milieu de terrain a accepté de baisser fortement son salaire de 400.000 euros mensuel (par trois selon Girondinfos) pour rejoindre les bords de la Garrone cet hiver. En effet, Fulham ne participe pas à la prise en charge de celui-ci comme cela avait pu être évoqué selon les informations de 20 Minutes. « Il a énormément apprécié le discours d’Alain Roche et de Jean-Louis Gasset, ils ont eu beaucoup de respect et de considération pour lui et c’est pour cela qu’il a choisi Bordeaux », affirme l’un de ses proches. D’ailleurs, Jean-Michaël Seri ne s’interdit rien, comme poursuivre l’aventure au-delà de ces six mois avec les Girondins. Mais là, il sera sûrement question de gros sous car un bon « bidon d’huile » au milieu de terrain, sur le long terme, ça peut vite coûter très cher.