Leipzig-PSG : Fan absolu de Balotelli, Moise Kean est-il aussi ingérable que son idole ?

FOOTBALL Réputé difficilement gérable partout où il est passé, Moise Kean réalise néanmoins un très bon début de saison depuis son arrivée en prêt au PSG

Aymeric Le Gall

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Moise Kean, la bonne pioche de Leonardo, offre la victoire au PSG contre Basaksehir.
Moise Kean, la bonne pioche de Leonardo, offre la victoire au PSG contre Basaksehir. — TOLGA BOZOGLU / POOL / AFP
  • Moise Kean devrait à nouveau être titulaire en pointe de l’attaque du PSG, mercredi soir, à l’occasion du déplacement parisien à Leipzig en Ligue des champions.
  • Arrivé en prêt d’Everton sans faire de bruit, le gamin est doucement en train de faire son trou dans l’effectif du PSG.
  • Ses débuts en pro n’ont pourtant pas été conformes à l’immense potentiel qui est le sien, la faute à de petits soucis de comportement à la Juve, à Everton et avec la Squadra Azzurra.

Royaume-Uni, avril 2020. Alors que l’Europe tout entière est confinée et ne jure plus que par la distanciation sociale et les gestes barrières, le jeune Italien Moise Kean (prêté cette saison par Everton au PSG), n’a rien trouvé de mieux à faire que de publier des vidéos de la gigantesque teuf qu’il a organisée chez lui. Alcool à gogo, gros sons et danses lascives collé serré, tous les ingrédients du bon vieux scandale à l’anglaise sont réunis.

Le groupe Snapchat dans lequel il balance ses exploits est privé, certes, mais les séquences fuitent en moins de temps qu’il n’en faut pour dire « oups ». Les tabloïds n’ont alors plus qu’à se pencher pour ramasser les miettes. Pour eux, la comparaison est toute trouvée : la Premier League tient enfin le digne successeur de « Crazy » Mario Balotelli.

Super Mario, idole absolue de Moise Kean

Il faut dire que les points communs entre les deux hommes ne manquent pas. Nés de parents originaires d’Afrique, Mario et Moise ont vécu une enfance modeste en Italie, ce sont tous deux de beaux bébés, ils sont obsédés l’un et l’autre par le but et ne sont pas maladroits avec le ballon. Plus tard, ils partageront aussi le même agent, Mino Raiola, histoire de compléter le tableau. Mais cette étiquette ne dérange pas le Piémontais, au contraire.

Lui-même ne jure que par l’ancien Citizen, qu’il cherche à imiter dans les moindres détails. « Ce qui le hantait, lui, c’était de devenir Balotelli. Il était obsédé par Mario », dira Patrick Gatti, son ami d’enfance et ancien coéquipier dans le club local d’Asti puis au Torino, à L’Equipe. Alors, quand celui-ci lui offre un tee-shirt « Why Always Me » en référence à son idole, Kean l’exhibe fièrement après un but marqué avec les jeunes juventini.

Très vite repéré par la Juve, Kean intègre le centre de formation de la Vieille Dame à l’âge de dix ans et va salir les défenses adverses dans toutes les catégories de jeune. Devant le potentiel monstrueux que laisse entrevoir le gamin, Massimiliano Allegri n’hésite pas à le lancer en pro à seulement 16 ans. Le 19 novembre 2016, Kean devient ainsi le premier joueur italien né en 2000 à fouler une pelouse de Serie A. Problème, si tout le monde s’accorde à dire que le joueur est appelé à devenir la prochaine star de la Squadra Azzurra – comme pour Super Mario en son temps – c’est surtout les côtés sombres de son idole que Moise Kean semble avoir choisi de copier.

Le joueur souffre de ce qu’on appellerait chez nous une « Dembelite aiguë ». Les symptômes sont connus : une impossibilité quasi pathologique à sortir de son plumard aux aurores et à arriver à l’heure aux entraînements. De toute manière, la concurrence en attaque à la Juve est trop corsée et le club n’a pas le temps ni l’envie de gérer la bestiole. Il décide alors de le prêter à l’Hellas Vérone.

« La Juve a manqué de patience avec lui »

C’est là-bas que l’actuel Auxerrois Samuel Souprayen fait sa connaissance. « Je n’ai pas le souvenir qu’il soit déjà arrivé en retard aux entraînements, ni qu’il ait posé le moindre problème au coach. Par contre, c’est vrai que dans l’attitude, il peut passer pour quelqu’un d’assez nonchalant. Pourtant aux entraînements, il travaillait dur, c’était loin d’être un fainéant. Après, on sait comment ça marche, on lui a collé une étiquette et c’est dur de s’en défaire ensuite. Et puis, il a vite été sous les feux des projecteurs, ça n’aide pas. » Son passage en Vénétie ne sera finalement pas une grande réussite (quatre buts inscrits en l’espace de vingt rencontres), la faute à « pas mal de pépins physiques lors de la deuxième moitié de la saison » explique Souprayen.

De retour à la Juve, Moise Kean bénéficiera d’un peu de temps de jeu mais rien de dingue non plus. Surtout, un événement va précipiter la fin de son aventure turinoise. Après un but marqué à l’extérieur contre Cagliari, le joueur, qui a essuyé des cris racistes durant toute la rencontre, ne se prive pas pour aller célébrer son but devant les tifosi adverses. Ce qui fera dire à son coéquipier Leonardo Bonnuci que les torts sont partagés – « c’est du 50-50 » – entre lui et les écervelés d’en face. Grande classe… Malgré le soutien inconditionnel de Massimiliano Allegri, Kean sera profondément marqué par cet épisode. Le cœur n’y est plus, les dirigeants bianconeri le sentent et décident alors de lui trouver une porte de sortie.

Moise Kean entouré par ses coéquipiers après le fameux match contre Cagliari.
Moise Kean entouré par ses coéquipiers après le fameux match contre Cagliari. - Marco BERTORELLO / AFP

Journaliste au Corriere della Sera, Paolo Tomaselli résume ainsi le passage de Kean à la Juve : « La Juventus a des règles de fer, ce n’est pas comme les autres clubs en Italie. Le comportement de Kean n’a pas toujours été le bon, en équipe nationale de jeunes il a été renvoyé chez lui pour des raisons disciplinaires et des retards, mais dans l’ensemble, rien de très grave. La relation avec Allegri n’était pas mauvaise, mais on ne peut pas dire que la Juve se soit vraiment concentrée sur Kean. Ils ont manqué de patience avec lui et, surtout, ils ne croyaient pas beaucoup en lui. Ni dans le joueur, ni dans l’homme. Pour eux, Kean risquait d’être le nouveau Balotelli… Et puis ils avaient besoin de liquidités à ce moment-là. »

Cap sur la Premier League

Direction le nord de l’Angleterre, donc, contre un joli chèque de 28,5 millions d’euros. Là-bas non plus, l’attaquant ne fait pas une grande impression auprès des suiveurs. « Sa première saison n’a pas été facile », acquiesce Philipp Kirckbride, journaliste chargé de couvrir l’actualité des Toffees pour le Liverpool Echo. Même s’il a montré de belles promesses par moments, il a eu du mal à s’intégrer à ce championnat. Et puis il a aussi eu des problèmes de comportement hors des terrains [la encore, quelques retards à l’entraînement avec la fiesta confinée en point d’orgue]. » Malgré ça, tout le monde au club croit encore en lui. Il n’y a qu’à voir comment Carlo Ancelotti parle de lui dans la presse.

« Quand j’étais joueur, je me souviens que Platini est arrivé de Saint-Etienne à la Juventus à 27 ans. Il lui a fallu six mois pour s’adapter et c’était Platini ! J’ai eu le même problème avec Hirving Lozano quand il est arrivé à Naples, et il avait deux ou trois ans de plus que Kean… Nous devons toujours être patients avec les jeunes joueurs, expliquait l’ancien coach du PSG à son arrivée au club en décembre dernier. Kean est un joueur que nous avons essayé de recruter quand j’étais au Napoli mais il a finalement choisi Everton. Il a des qualités fantastiques et je suis sûr qu’il sera un grand talent mais il a 19 ans et tout est nouveau pour lui ici. »

Moise Kean a inscrit deux buts cette saison en Carabao Cup avant d'être prêté au PSG.
Moise Kean a inscrit deux buts cette saison en Carabao Cup avant d'être prêté au PSG. - Alex Livesey / POOL / AFP

« Moise Kean a affirmé qu’il avait envie de s’imposer à Everton et d’impressionner Carlo Ancelotti, mais c’était avant que le club ne recrute James Rodriguez et réalise un début de saison incroyable avec Richarlison et Calvert-Lewin en pointe », poursuit Philipp Kirckbride. Clairement appelé à un rôle de supersub, le gamin voit là encore son avenir barré par une concurrence on fire en attaque. « Il a marqué deux buts en Carabao Cup mais il ne célébrait même pas ses buts, clairement il n’était pas heureux ». C’est là que Leonardo est venu le chercher. Appelé à connaître le même sort qu’à Everton, le Kean va finalement profiter des blessures en cascade pour marquer ses premiers buts et faire son trou au PSG.

« Je ne suis absolument pas surpris par ce qu’il fait depuis qu’il est arrivé à Paris, confie Samuel Souprayen. Avec les Di Maria, Neymar et Mbappé, il ne peut que progresser. Et puis il a dû mûrir entre-temps et mettre de côté les comparaisons avec Balotelli. Franchement je ne me fais aucun souci pour lui. » Reste à savoir si son avenir à moyen ou long terme s’écrira à Paris ou du côté de Goodison Park. « C’est la question à un million de dollars !, s’exclame Kirckbride. Les dirigeants d’Everton n’ont pas voulu insérer d’option d’achat car ils croient en lui, mais s’il fait une super saison au PSG, rien ne dit que Paris ne fera pas une offre d’achat en fin de saison. »

Les choses pourraient même s’avérer beaucoup plus simple que ça pour Leonardo. En effet, nos confrères de France Football ont révélé courant octobre que le PSG, contrairement à ce qui avait été annoncé officiellement par les deux clubs, avait inséré une option d’achat et que celle-ci « tournerait autour des vingt millions d’euros ». Si c’est le cas, Leo est définitivement injouable en négo.