PSG-Angers : « Avec ce rôle de consultant, il y a une petite adrénaline », se réjouit Christophe Jallet

INTERVIEW Fraîchement retraité, Christophe Jallet revient sur sa reconversion expresse en tant que commentateur/consultant pour la chaîne Téléfoot 

Propos recueillis par Aymeric Le Gall

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Christophe Jallet est l'une des révélations parmi les nouveaux consultants foot de cette rentrée 2020.
Christophe Jallet est l'une des révélations parmi les nouveaux consultants foot de cette rentrée 2020. — Bertrand Bridon
  • Christophe Jallet a décidé de prendre sa retraite au terme d’une saison 2019-2020 tronquée par la pandémie de Covid-19.
  • Mais l’ancien Parisien n’a pas mis beaucoup de temps à rebondir et le voilà déjà consultant pour la nouvelle chaîne Téléfoot.
  • Pour 20 Minutes, l’ancien international tricolore a accepté de raconter sa nouvelle vie de l’autre côté du miroir.

Vu le contexte moisi dû au Covid-19, il s’est longuement demandé s’il fallait prendre sa retraite en fin de saison dernière ou s’il allait rempiler un an de plus, histoire de faire ses adieux de manière un peu plus réglo. Finalement, Christophe Jallet a quand même dit stop après 17 ans d’une belle carrière exclusivement made in France terminée par une dernière expérience malheureuse, la relégation en Ligue 2 avec Amiens.

Heureusement pour lui, l’ancien Parisien n’a pas vraiment eu le temps de cogiter ni de sombrer dans la dépression puisque la chaîne Téléfoot, flairant le bon coup, lui a proposé une reconversion immédiate en tant que consultant. Aux commentaires du match PSG-Angers vendredi soir, Jallet semble déjà s’éclater déjà dans ce nouveau rôle, comme il nous l’a raconté.

Comment se passent vos débuts en tant que consultant ?

Super bien. Les médias m’ont toujours intéressé, j’ai toujours eu des facilités à échanger avec eux. Répondre aux questions, aux sollicitations, ce n’est pas quelque chose qui m’a dérangé durant ma carrière, j’aimais bien aller en conférence de presse. Et au fil des années on me disait « tiens, si un jour t’as envie de venir bosser avec nous ça nous ferait plaisir ». Donc voilà, je n’irai pas jusqu’à dire que c’était écrit mais c’est vrai que je me disais que quelque part ça pourrait être une reconversion intéressante le jour où j’arrêterais. Ça me semblait être une bonne transition entre le terrain et la vie active, ça permet de garder un œil et un pied dans le foot.

Ça fait quoi de passer de l’autre côté du miroir ?

J’ai toujours eu de bonnes relations avec vous car j’ai toujours estimé, qu’on gagne ou qu’on perde, que ça faisait partie du job. C’est sûr que des fois on n’a un peu moins envie mais ça serait trop facile d’y aller uniquement quand on gagne et que tout va bien. Donc ça ne me dérangeait pas qu’on m’envoie au feu de temps en temps. Et puis ce métier de consultant permet de rester au plus près du jeu, du terrain. Mine de rien, quand vous prenez votre retraite, la compétition ça manque. Là, avec ce rôle de consultant, il y a une petite adrénaline et je peux continuer de vivre de ma passion, c’est super.

Vous avez craint de vivre ce qu’on appelle « la petite mort » après l’annonce de votre retraite ?

Moi non, mais j’ai connu plein de joueurs à qui c’est arrivé, c’est pour ça que je me suis vite posé la question de ce que j’allais faire ensuite. Je me suis demandé si j’allais vraiment arrêter ma carrière là-dessus, sur un confinement… Je trouvais ça assez dégueulasse de finir comme ça, sur un Covid, sur une saison tronquée conclue en plus par une descente. Et en même temps, quand je me suis posé, je me suis dit qu’avoir l’opportunité de tout de suite rebondir sur un projet comme celui-là me permettrait de ne pas gamberger, de ne pas déprimer. J’ai vite basculé vers cette nouvelle expérience et j’en suis très content. Je ne vous dis pas que ça sera éternel, mais pour l’instant le terrain ne me manque pas, j’ai soif d’apprendre, de connaître un peu l’envers du décor, tout ça me passionne. Non, vraiment je m’éclate et je n’ai aucun regret d’avoir arrêté ma carrière, bien au contraire.

Voyez-vous ça comme un plan à long terme ou bien c’est trop tôt pour le dire ?

On va dire que pour l’instant je découvre, mais je pense que, comme partout, à partir du moment où on prend du plaisir dans ce qu’on fait, qu’on n’y va pas à reculons, pourquoi pas continuer oui. Tant que j’aurais faim et qu’on voudra de moi, parce que c’est quand même la condition n°1 (rires), je ne me fixe pas de limite. Après, le foot m’intéresse toujours autant et peut-être qu’un jour j’aurais envie de passer mes diplômes pour entraîner, c’est possible, mais pour le moment on est là-dedans. Et si je fais du bon boulot et que je m’amuse, c’est tout bénef et je ferai ça le plus longtemps possible.

Vous êtes-vous mis une pression particulière avant de commencer aux commentaires ?

Forcément un peu, oui, parce qu’avant je parlais de moi, de mon équipe, de choses que je connaissais, là il faut parler des autres et ce n’est pas pareil, ce n’est pas toujours évident. Mais c’est vrai que je me suis posé des questions « est-ce que je vais être aussi à l’aise en parlant des autres joueurs, des autres équipes ? ». Finalement ça vient vite et il faut dire aussi qu’on est super bein entouré, les équipes sont au top pour nous accompagner, nous guider, nous donner des conseils.

Comment s’est passée votre préparation, vous avez pris des sortes de cours de média training ?

Pas vraiment dans le sens où on n’a pas un rôle de journaliste. Ça je m’en rends vraiment compte aujourd’hui : le travail du journaliste est incroyable, ils abattent un énorme boulot de préparation, ils sont polyvalents, ils doivent gérer plein de choses à la fois. J’en n’avais pas conscience quand j’allais sur les plateaux. Nous on a un rôle de consultant un peu plus léger, on n’a pas toutes les problématiques techniques ou de programmation à gérer. Après on a évidemment été briefés, on a fait des émissions tests, tout a été fait pour nous mettre dans les meilleures conditions.

Les gens imaginent parfois le job de consultant comme quelque chose de tranquille, qu’on n’a pas besoin de beaucoup préparer. C’est le cas ?

Ahah non, il y a du travail ! Ça c’est une idée préconçue d’imaginer le consultant arriver comme ça en mettant les jambes sous la table. Là, par exemple, je commente Krasnodar-PAOK Salonique, ben si je ne prépare pas un peu le truc ça risque d’être compliqué de parler de ce match (rires) ! Le journaliste est forcément plus pointu, il va tout savoir ou presque de chaque joueur, ce dont on peut se passer nous en tant que consultant puisqu’on va plus être dans l’analyse technique et tactique du match. Mais faut quand même savoir de qui on parle, c’est un minimum. Donc voilà, ce n’est pas : on arrive à 18h45 pour une émission à 19h, un coup de maquillage et hop c’est parti, pas du tout. D’ailleurs avant, je ne lisais pas forcément la presse quand j’étais joueur, aujourd’hui ce n’est plus le cas.

Quel consultant avez-vous envie de devenir ?

J’ai toujours eu un regard bienveillant sur les journalistes. Alors bien sûr un peu moins sur ceux qui tapent sur la tronche de tout le monde en permanence. Ça, c’est absolument ce que je ne veux pas devenir. Et en même temps parfois il faut aussi dire les choses car, dans ces critiques, des vérités sont exprimées et il faut en parler. Le truc c’est qu’il y a le fond et la forme, on peut dire les choses mais on n’est pas obligé non plus d’être désagréable, c’est ma vision des choses.

Comme après un match, vous faites des débriefs vidéos de vos prestations aux commentaires ?

Oui, surtout sur les premières émissions tests. Et puis on fait aussi des petits débriefs avec Julien Brun ou Smaïl Bouabdellah [deux journalistes de la chaîne], je leur demande ce qui n’a pas été, comment je peux m’améliorer, etc. Je suis complètement ouvert à la critique et je préfère qu’on me dise ce qui n’a pas été plutôt qu’on ne me dise rien et que je continue avec mes défauts. Dans une logique de progression c’est primordial d’avoir des retours.

Qu’avez-vous pensé de la polémique autour d’Eric Di Meco qui a choisi cet été de ne pas commenter la finale PSG-Bayern en tant que supporter de l’OM ?

J’ai un sentiment partagé par rapport à ça parce qu’à la fois c’est notre métier, qu’on a ce devoir d’objectivité et à la fois je le comprends aussi totalement. Il n’aurait peut-être pas pu transmettre les mêmes émotions que quelqu’un de neutre ou de pro-PSG. Mais regardez, il a été très bon lors des quarts et des demies et je n’ai jamais senti le supporter de l’OM derrière ces commentaires et il l’aurait été tout autant en finale. Après voilà, c’est un choix assumé, ça se respecte.

Vous, vous pourriez commenter un PSG-OM sans difficultés ?

Bien sûr que ça pourrait me botter, après il y a des mecs bien plus costauds que moi pour ce type de match [Grégoire Margotton et Bixente Lizarazu]. Mais je n’ai pas de problème d’objectivité. S’il y a un PSG-OM, évidemment que je suis pour le PSG mais si je rentre dans mon rôle de commentateur, je n’aurais aucun problème à être objectif et à commenter les deux équipes de la même manière. Je suis un amoureux du foot et si l’OM allait en finale de Ligue des champions et que je devais la commenter, je n’aurais pas de problème à m’enflammer parce que je suis supporter des clubs français en coupe d’Europe. Il faut savoir faire la part des choses. Après, pour Di Meco c’est encore différent, il a gagné la C1 avec l’OM, il a donc un rapport très particulier à ce club et à cette compétition.