Bordeaux-Lyon : Comment Jean-Louis Gasset a posé sa patte sur les Girondins

FOOTBALL Un mois après son retour en Gironde, le nouvel entraîneur bordelais passe son premier vrai test contre l’OL ce vendredi (21h)

Clément Carpentier

— 

Jean-Louis Gasset, l'entraîneur des Girondins de Bordeaux.
Jean-Louis Gasset, l'entraîneur des Girondins de Bordeaux. — NICOLAS TUCAT / AFP
  • Les Girondins de Bordeaux reçoivent Lyon ce vendredi à l'occasion de la 3e journée de Ligue 1. 
  • Un mois après son arrivée au club, Jean-Gasset a déjà posé sa patte sur son équipe grâce à ses qualités humaines. Tactiquement, il est revenu aux bases.

Plus c’est dur, plus c’est bon ! Ce proverbe semble décidément seoir parfaitement à Jean-Louis Gasset, le nouvel entraîneur des Girondins. Les défis, il adore ça ! Et ça tombe bien : à Bordeaux, il est immense. Encore bien plus grand qu’à Saint-Etienne où il avait récupéré en décembre 2017 une équipe en lambeaux avant de la faire remonter à la 7e place du championnat, puis de la qualifier pour la Ligue Europa la saison suivante.

Cette fois-ci, il a carrément décidé de sortir de sa retraite anticipée pour rejoindre un club entier au bord de l’implosion. Même pas peur ! Il faut dire que comme dirait son alter ego de l’Union Bordeaux-Bègles, Christophe Urios, quand il évoque l’un de ses joueurs d’expérience : « Il connaît la musique [du très haut niveau] » ! A 66 ans, l’ancien adjoint de Laurent Blanc la connaît même par cœur. Et en plus l’instrument bordelais n’est pas inconnu pour Jean-Louis Gasset, qui fût champion de France et quart de finaliste de la Ligue des champions avec les Marine et Blanc il y a tout juste dix ans au côté de Laurent Blanc. Cela l’aide à prendre ses marques au château du Haillan.

Gasset, le psychologue

Reste que si « on ne présente plus Jean-Louis [Gasset] », comme l’affirme son président Frédéric Longuépée car son CV parle pour lui, ce qu’il a fait en quelques semaines aux Girondins reste bluffant. Petit rappel des faits : il débarque le 10 août après six semaines de conflit entre son prédécesseur (Paulo Sousa) et la direction du club, tout ça à 15 jours de la reprise de la Ligue 1. Il découvre ce jour-là selon ses propres mots « un groupe un peu traumatisé. » Mais pas de problème, Jean-Louis Gasset a un petit diplôme en thérapie de groupe : « Son premier discours à Saint-Paul-les-Dax en stage était très simple, mais très fort, après une journée particulière pour les joueurs. Un discours humain. Il leur a rappelé qu’il faisait l’un des plus beaux métiers du monde, que ça devait les faire band… tous les jours et que dans la vie, il y a des choses bien plus graves », raconte un témoin de la scène.

« C’est quelqu’un d’entier qui a beaucoup de tolérance, même s’il est très rigoureux sur le terrain, explique son ancien protégé Alou Diarra. Il est ouvert, à l’écoute. Il a vraiment de grandes qualités humaines. On peut échanger de tout avec lui. C’est une personne extrêmement riche. » Ça tombe bien certains avaient besoin d’une petite séance chez le psychologue. Pas que c’était le bagne avec l’entraîneur portugais – quoique pour Paul Baysse cela a pu y ressembler – mais parce que les dernières semaines avaient été très compliquées à gérer pour Benoit Costil et ses coéquipiers. Alors au fil des semaines, il a reçu en entretien individuel des joueurs pour faire le point : « Le vrai changement, c’est qu’on a refait des tours de terrain (sourires) et qu’il est plus accessible [que Paulo Sousa] », avoue un joueur.

« Il a avant tout ramené du plaisir, assure un proche de l’équipe. Après, il est encore dans une période d’observation, mais c’est déjà très positif. » Comme ses deux premiers résultats en Ligue 1 avec un match nul contre Nantes (0-0) en infériorité numérique et une victoire à Angers (2-0) où les Bordelais sont apparus concernés et solidaires. Pas du tout une surprise pour Alou Diarra :

« Il s’adapte très facilement et surtout, il est capable en très peu de temps de fédérer autour de lui. C’est sa grosse qualité. A l’époque, il avait tout de suite fait l’unanimité. Il détend très vite l’atmosphère grâce à son langage, son côté chambreur… Il apaise. A Bordeaux, ça va calmer beaucoup de personnes. »

« Lui, ce qu’il veut, c’est de la maîtrise »

Derrière ces qualités de manager, il y a aussi un entraîneur avec une « immense culture tactique », poursuit l’ancien milieu de terrain bordelais, membre aujourd’hui du staff du RC Lens. Un coach toujours aussi taquin, mais qui a pris du recul à l’entraînement par rapport à son premier passage en Gironde. Il est simplement devenu Laurent Blanc, et Ghislain Printant est devenu son Jean-Louis Gasset : « C’est normal car c’est la différence entre un numéro 1 et 2. Le premier observe, le second anime. On est comme deux frères avec Ghislain [Printant] », explique l’intéressé.

Ghislain Printant dirige les entraînements et Jean-Louis Gasset observe aux Girondins.
Ghislain Printant dirige les entraînements et Jean-Louis Gasset observe aux Girondins. - Mehdi Fedouach / AFP

S’il n’a pas révolutionné le jeu des Girondins en un mois, il a remis de l’ordre dans une équipe qui se perdait parfois toute seule avec Paulo Sousa. « On est repassé à des choses un peu plus basiques. Il y a moins de changements tactiques en cours de match », reconnaît l’attaquant Nicolas De Préville. Résultat : deux lignes de quatre à la perte du ballon, des ailiers qui défendent avec leurs latéraux et un certain équilibre retrouvé :

« Il aime bien avoir une bonne base défensive car elle permet de voyager [Bordeaux est la seule équipe de Ligue 1 ayant joué deux matchs à ne pas avoir pris de but cette saison]. C’est important pour lui. Après il est extrêmement exigeant sur la première touche de balle et les enchaînements car il veut un jeu très vertical. Il travaille beaucoup sur les binômes et trinômes. La possession n’est pas une obsession. Lui, ce qu’il veut, c’est de la maîtrise » - détaille Alou Diarra.

Et pour ça, il faut de l’expérience. Si à Saint-Etienne, en 2017, Jean-Louis Gasset s’était servi du mercato pour réajuster son effectif (Subotic, Debuchy ou encore M’Vila), il devra faire sans à Bordeaux, un club aujourd’hui en panne de moyens financiers. Pas grave, l’expérience, ce n’est pas ce qu’il manque aux Girondins avec Costil, Baysse, Koscielny, Pablo, Sabaly, Benito, De Préville, Briand…. A Angers, la moyenne d’âge de la défense était par exemple de 30 ans. « Oui, il aime s’appuyer sur ce type de joueurs mais il n’est pas non plus fermé. A Sainté, c’est lui qui lance Saliba par exemple, fait jouer Nordin ou donne ces premières minutes à Fofana ou Abi », glisse l’un de ses proches.

« Il aimerait avoir 11 Otavio sur le terrain »

D’ailleurs, le premier choix fort de Jean-Louis Gasset, avec celui de donner le brassard de capitaine à Laurent Koscielny, a été d’installer le jeune et prometteur international nigérian Josh Maja à la pointe de l’attaque. Le nouvel entraîneur bordelais croit énormément en ce gamin suivi par les plus grands clubs européens même si ce vendredi il devrait débuter sur le banc. Le coach bordelais pourrait tenter un coup tactique avec Oudin et Kalu sur les ailes et Hwang et De Préville en pointe pour densifier son bloc équipe face à un gros calibre de la Ligue 1. Il a aussi décidé de faire rejouer Paul Baysse en défense. Ce dernier sera titulaire pour la 3e fois d’affilée après un an et demi sans jouer. Mais il s’agit plus d’un choix par défaut avec les nombreux absents à ce poste dont Pablo. Le Brésilien, qui « l’impressionne », pourrait vite retrouver sa place.

Mais son « chouchou » comme le laisse entendre un membre du staff, c’est Otavio, l’autre auriverde de l’équipe : « Il adore ce genre de mecs prêts à mourir sur le terrain et tout le temps à 300 %. Il a beaucoup aimé son attitude lors de son arrivée. Il aimerait avoir 11 Otavio sur le terrain. » Ce n’est donc pas un hasard si le milieu défensif vient d’enchaîner deux excellents matchs en ratissant un nombre de ballons incroyables en particulier à Angers. Il semble être l’un des hommes de base de Gasset avec Koscielny. C’est également pour cette raison que la priorité des Girondins pour ce mercato est de trouver avec les moyens du bord un relais au Brésilien en cas de blessure ou de suspension.

Otavio, le milieu de terrain brésilien des Girondins de Bordeaux.
Otavio, le milieu de terrain brésilien des Girondins de Bordeaux. - NICOLAS TUCAT / AFP

En attendant, c’est l’heure du premier vrai test grandeur nature pour Jean-Louis Gasset ce vendredi face à Lyon : « C’est une équipe prête physiquement et qui vient de faire une demi-finale de Ligue des champions avec un entraîneur français (sourires). Ils sont meilleurs que nous, ils ont quatre fois notre budget. Il faudra faire un vrai exploit ». Ça tombe bien, le nouveau patron des Girondins adore ce genre de défi…