VIDEO. Coronavirus : Compétitions reportées, huis clos, manque à gagner… Le sport français en première ligne

SPORTS La multiplication des rencontres à huis clos va avoir un impact néfaste pour les clubs

Nicolas Camus

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Le Parc des Princes sans supporters pour PSG-Dortmund. .
Le Parc des Princes sans supporters pour PSG-Dortmund. . — Capture d'écran psg.fr
  • Dimanche, le gouvernement a annoncé l’interdiction des rassemblements de plus de 1.000 personnes sur tout le territoire.
  • Face à cette mesure, les préfectures n’ont d’autres choix que de décréter les matchs à huis clos au moins jusqu’au 15 avril.
  • Des décisions qui ne sont pas sans conséquence pour les finances des clubs.

La France n’est pas encore officiellement passée au stade 3 de l’état d’alerte face à l’épidémie de coronavirus, mais pour le monde du sport, c’est tout comme. Dans la foulée de l’annonce, dimanche soir, du ministre de la Santé Olivier Véran, interdisant « tous les rassemblements de plus de 1.000 personnes », la journée de lundi a été celle de la bascule. Il est désormais acté que la grande majorité des compétitions devra se tenir sans spectateurs. Quand celles-ci pourront se tenir, d’ailleurs.

Pour ne prendre que les deux principaux événements de la semaine, le 8e de finale retour de la Ligue des champions entre le PSG et Dortmund aura lieu à huis clos mercredi, tandis que le dernier match du XV de France dans le Tournoi des VI Nations, samedi contre l’Irlande au Stade de France, a été annulé. Alors que quatre nouveaux décès ont été annoncés lundi, portant le bilan en France à 25 morts, le sport est placé sous cloche, et ce pour au moins un mois.

« La règle s’applique jusqu’au 15 avril. Nous sommes dans un contexte exceptionnel et le monde sportif doit participer à l’effort collectif, a déclaré la ministre des Sports, Roxana Maracineanu, lors d’un point de presse. Il faudra que les organisateurs s’adaptent aux nouvelles règles en limitant leur jauge à 1.000 personnes en comptant les participants, ou en préférant le huis clos lorsque celui-ci est rendu possible. »

Le sport touché de plein fouet par l’épidémie

La liste des compétitions impactée est longue. Très longue. Rien que pour le foot, le Tournoi de France féminin, les deux prochains matchs de l’équipe de France masculine, les 27 et 31 mars à Saint-Denis et Lyon, la finale de la Coupe de la Ligue le 4 avril, quatre journées de Ligue 1 (dont la 30e avec OM-PSG). Côté rugby, quatre journées de Top 14 dans leur intégralité, les quarts de finale de la coupe d’Europe de Toulouse, Clermont et du Racing, les potentiels quarts de Ligue des champions du PSG et Lyon, les courses cyclistes comme Paris-Nice, la plupart des matchs de championnat de handball, basket, volley, etc.

Le sport est évidemment secondaire face à l’urgence de santé publique. Il constitue, toutefois, l’un des secteurs le plus touchés. C’est tout un écosystème qui pourrait se retrouver en danger. Entre la billetterie et les recettes diverses, la perte pour le PSG, mercredi soir, est estimée entre 3 et 5 millions d’euros. Si le club parisien possède la surface financière pour amortir le choc, tous les clubs ne sont pas dans le même cas, loin de là. Même si les montants en jeu sont moindres.

« Pour nous, c’est dramatique, confirme Laurent Marti, président de l’UBB, qui devrait voir son équipe jouer à huis clos en Top 14 contre Montpellier le 29 mars, et en Coupe d'Europe contre Edimbourg la 4 avril prochain. D’autant plus qu’en rugby, on est davantage dépendants des recettes billeterie que des recettes liées aux droits télé que ne peut l’être le football… Sans compter que ni le Top 14 ni la Coupe d'Europe n’ont de fond de réserve pour permettre aux clubs de limiter la casse… Donc c’est de la perte sèche pour nous ». Elle est estimée pour ces deux matchs à environ 900.000 euros. 

Des conséquences financières importantes

La question des dédommagements va se poser, inéluctablement. Et il est difficile d’imaginer que les clubs aient pensé à inclure une clause en cas de pandémie dans les contrats passés avec leur(s) compagnie(s) d’assurances. « Pour l’instant, si j’en crois les déclarations de Bruno Le Maire [le ministre de l’Economie], il n’y a pas de couverture pour ce genre de situation, note Pierre Rondeau, économiste du sport. Si le gouvernement décide que cela devient un cas de force majeur, alors les événements sportifs pourraient être couverts. Mais pour le moment, on ne parle que des entreprises ayant des contrats directs avec l’Etat, les collectivités territoriales et les administrations publiques. »

Il faudra voir, alors, si le gouvernement décide d’intégrer les annulations et huis clos en tant que cas de force majeur pour les entreprises privées. La question du remboursement des spectateurs qui avaient acheté des billets reste également en suspens. Roxana Maracineanu a annoncé avoir « demandé à tous les organisateurs d’évaluer l’impact de ces décisions sur leur modèle économique ».

Pour tenter de dissiper autant que possible le brouillard dans lequel s’avance le monde du sport, la ministre tiendra une nouvelle réunion mardi matin avec les ligues professionnelles, les fédérations, les organisateurs et les diffuseurs de compétitions. « Nous avons besoin d’être tous soudés », conclut-elle.