Strasbourg-PSG : « Vous voulez jouer aux marionnettes ? »… Comment le Racing avait bloqué Paris en 2017

FOOTBALL En 2017, le Racing avait infligé une défaite historique au club parisien. Comment ? Des artisans de ce succès donnent les clés 

Thibaut Gagnepain

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Kylian Mbappé bloqué par Kader Manganne. Ce 2 décembre 2017, le PSG avait passé une sale soirée à la Meinau.
Kylian Mbappé bloqué par Kader Manganne. Ce 2 décembre 2017, le PSG avait passé une sale soirée à la Meinau. — Frederick FLORIN / AFP
  • Strasbourg devait affronter ce samedi (17h30) le PSG à la Meinau avant l'annonce du report vendredi soir pour cause de coronavirus.
  • En décembre 2017, emmené par son nouveau duo Neymar-Mbappé, les Parisiens avaient perdu leur premier match de la saison à Strasbourg.
  • Comment le Racing avait fait ? Explications avec Kader Mangane et Jérémy Grimm qui étaient sur le terrain ce soir-là.

Le match est finalement repoussé mais les aficionados peuvent se régaler de cette madeleine de Proust. On rembobine. C’était un petit événement à l’époque. Ce 2 décembre 2017 à la Meinau, le Racing avait fait tomber le PSG pour la première fois de la saison (2-1). Un Paris qui restait alors sur 18 matchs sans défaite en Ligue 1 et collait des raclées à toute l’Europe, dont le Bayern (3-0). « Je me rappelle qu’ils devaient se rendre trois jours plus tard à Munich », ajoute Jérémy Grimm, sans vouloir enlever de mérite à son équipe.

Le milieu de terrain strasbourgeois, qui était entré en jeu, a raison. Le champion de France ne s’était pas présenté avec une équipe de peintres en Alsace. Pas de MCN au coup d’envoi ? Il y avait quand même Neymar, Mbappé et Di Maria. Puis Cavani, donc, pour le dernier quart d’heure (et les 9 minutes de temps additionnel). Cela n’avait pas empêché l’équipe de Thierry Laurey de tenir jusqu’au bout. Comment ?

« Ils avaient été maladroits mais on n’avait rien volé »

« On n’a pas trop bougé de nos 16 mètres de tout le match et on a marqué sur nos deux uniques frappes », exagère Kader Mangane, qui faisait alors la paire avec Baky Koné en défense centrale. En réalité, le Racing avait tiré cinq fois au but contre… 29 tentatives pour son adversaire, largement maître, aussi, du ballon (74 % de possession).

« Il ne faut pas le cacher, on avait eu pas mal de réussite », s’amuse Jérémy Grimm en repensant à cette tête gagnante de Da Costa (13e) puis ce raid de Bahoken (65e). Là où le PSG avait égalisé grâce à Mbappé (42e) avant de voir Draxler, Di Maria, Pastore ou Kimpembe rater le cadre. « Ils avaient été maladroits mais on n’avait rien volé, nuance le milieu de terrain alsacien. Je le dis à chaque fin de match, on a toujours ce qu’on mérite. Cette victoire, on était allé la chercher. Tout le monde avait fait le job et [on] s’était battus les uns pour les autres. »

Cette unité, Kader Mangane y avait veillé avant la partie. « Déjà dans le vestiaire, je me souviens du discours du coach, détaille celui qui est aujourd’hui coordinateur sportif du RC Strasbourg. Il nous avait lancés "Vous voulez jouer aux marionnettes ? Vous allez être ridicules devant toute la France et prendre 12-0". Il avait piqué notre orgueil. Ensuite, j’avais réuni toute l’équipe dans le rond central et dit qu’il fallait qu’on se comporte comme des hommes. »

« Nos attaquants étaient sur la ligne médiane »

Remontés à bloc, les coéquipiers de Dimitri Liénard s’étaient aussi appliqués à ne pas sortir de la tactique établie. « Notre défense était très basse, poursuit Mangane. Avec Baky, on ne devait pas se faire prendre dans la profondeur par Mbappé. Devant nous, Aholou avait pour consigne de ne pas quitter notre triangle. Et toute l’équipe devait resserrer les lignes. Je me souviens que nos attaquants [Da Costa, Bahoken et Terrier] étaient sur la ligne médiane. »

Avec une mission claire : harceler, à plusieurs, le porteur de balle. « On s’était dit qu’autour de chaque Parisien, on devait être au minimum deux. Et si un premier joueur voire un deuxième étaient éliminés, un troisième devait arriver avec détermination. » Un engagement permanent qui avait conduit les Strasbourgeois à commettre 20 fautes, pour quatre cartons jaunes. « Mais à force de montrer notre agressivité, on a eu l’impression que les Parisiens faisaient moins les efforts, ajoute encore l’ancien défenseur. Inconsciemment, ils savaient qu’ils avaient un match de Ligue des Champions à jouer juste après et qu’il ne fallait pas se blesser. »

Un cas qui aurait pu se reproduire ce samedi si l'épidémie de coronavirus n'avait pas pousser la LFP à reporter la rencontre sine die. Une situation pas des plus confortables pour le PSG à trois jours du huitième de finale retour de Ligue des Champions...  Les Parisiens, ennuyés de nouveau par le Racing en 2018 (1-1), se seraient bien testés une dernière fois avant de recevoir Dortmund.