Euro 2020 : « C'est la rançon du succès », c’est quoi ce mic-mac autour de la vente des places pour les matchs des Bleus ?

FOOTBALL Les billets pour les trois matchs de poule des Bleus à l'Euro sont partis en trois heures, laissant certains supporters historiques sur le carreau

Aymeric Le Gall

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Certains leaders des Irrésistibles Français n'ont pas obtenu de billets pour l'Euro 2020.
Certains leaders des Irrésistibles Français n'ont pas obtenu de billets pour l'Euro 2020. — FRANCK FIFE / AFP
  • La FFF a écoulé les 24.000 places allouées par l’UEFA pour les trois matchs de poule des Bleus à l’Euro en à peine trois heures.
  • Malgré une priorité de deux heures sur le reste du grand public, une partie des Irrésistibles Français n’ont pas réussi à obtenir de tickets pour la compétition.
  • Se pose alors la question de l’ambiance autour des matchs de l’équipe de France l’été prochain.

L’ouverture de la billetterie pour les trois matchs de poule de l’équipe de France à l’ Euro 2020 sur le portail de l’UEFA avait des airs de Walmart un jour de Black Friday aux Etats-Unis. A ceci près que ce n’est pas agglutinés devant des portes vitrées, armés jusqu’aux dents pour arracher le dernier Thermomix des mains d’une mamie en fauteuil roulant, que les clients ont dû jouer des coudes pour se payer leur précieux, mais avec la touche « rafraîchir » de leur ordinateur.

La billetterie s’est en effet retrouvée prise d’assaut et, en à peine trois heures – du jamais vu dans l’histoire de la FFF –, la razzia était terminée (24.000 billets vendus), laissant derrière elle des dizaines de milliers de petits chanceux et au moins tout autant de déçus. Parmi eux, un certain nombre de supporters historiques très actifs au sein des groupes de supporters des Bleus, dont les Irrésistibles Français forment le noyau dur.

La France prise de court par l’engouement

« La billetterie était ouverte entre le 4 et le 18 décembre, explique Florent Soulez, responsable marketing événementiel à la FFF. On ne pensait jamais que tout partirait en quelques heures ! On se disait que si on arrivait à tout écouler d’ici à la date butoir ce serait parfait. C’est la rançon du succès. »

Même surprise du côté d’Hervé Mougin, le président des IF : « Par le passé, la France n’avait jamais réussi à vendre son quota de places en entier. On ne s’est donc pas inquiété, on se disait qu’il en resterait assez même sans être dès l’ouverture sur le site de la billetterie. A l’arrivée j’ai moi-même failli ne pas en avoir ! ». Pourtant, les IF avaient obtenu de la 3F une sorte de droit de priorité dont le principe est simple : avec un code spécial envoyé par mail, ceux-ci allaient pouvoir bénéficier de l’accès au portail de l’UEFA deux heures avant tout le monde.

Problème, des bugs sur le site ont créé une sorte de bazar intégral. « Certains ont dû faire jusqu’à huit tentatives pour avoir leurs billets quand d’autres n’ont pas pu valider leur paiement au terme de la procédure ». Résultat, les deux heures d’avance offertes aux IF n’ont servi à rien et beaucoup d’entre eux se sont retrouvés les mains vides, entraînant si ce n’est de la colère, du moins une certaine incompréhension.

« C’est dommage que les plus fidèles supporters, ceux qui animent les tribunes aussi bien à domicile qu’à l’extérieur, ne soient pas récompensés au bout du compte », souffle Hervé Mougin. Sur les 1.570 membres, 2/3 voulait venir aux matchs. Finalement il y en a presque la moitié qui est restée sur le carreau… » Se coltiner des voyages au beau milieu de l’hiver en Moldavie et en Albanie pour finalement se retrouver à poil pour l’Euro, vous avouerez que c’est à se taper la tête contre les murs.

La rançon du succès

Ce « carton de la billetterie », dixit Florent Soulez, s’explique simplement : 1. Les Bleus sont champions du monde, 2. Ils sont tombés dans la poule de la mort avec des affiches dignes de demi-finales de Coupe du monde. « A la limite, j’aurais préféré qu’on ait deux matchs à la con à Bakou, là on aurait été sûr de pouvoir y aller avec tout le groupe », poursuit Mougin, même s’il n’en veut pas particulièrement à la Fédération.

« Ils ont peut-être manqué d’anticipation, mais c’est aussi parce qu’en France on n’a pas l’habitude d’avoir un tel engouement. D’autres fédérations comme la Belgique, l’Ukraine ou le Danemark, ont fonctionné différemment. Ils ont ouvert une fenêtre prioritaire bien plus longue à leurs supporters historiques. Mais ça c’est typique de fédés qui ont l’habitude de tout écouler. »

Hervé Mougin regrette en revanche le nombre de billets maximum vendus par personne (quatre). « En faisant ça, on a fait le jeu du marché noir. J’ai déjà vu des packs de quatre places à vendre à des prix hallucinants… », peste celui qui n’a pas n’a jamais cédé à la tentation de l’argent facile en dix ans à suivre les Bleus. « C’est malheureusement ce qui arrive quand la demande est supérieure à l’offre », souffle Florent Soulez. De leur côté, certaines nations ont fait le choix « de prioriser les plus fidèles supporters, ceux qui ne revendront pas leurs places », nous apprend le boss des IF, via un système de points attribués en fonction de son assiduité aux matchs de la sélection. Une idée à creuser à l’avenir.

Parcage plein mais ambiance terne ?

Au bout du compte, ce sentiment paradoxal de faire à la fois mieux et pire qu’en Russie à l’été 2018. Mieux parce que pour une fois le parcage tricolore ne ressemblera pas à une tribune de foot un soir de Dijon-Guingamp en Coupe de la Ligue, pire parce qu’avec un faible contingent d’Irrésistibles Français, moteurs essentiels de l’ambiance nouvelle du Stade de France, les supporters risquent de ne pas être très bruyants.

« Dans un sens on est content de ce succès car au moins on ne sera pas 2.500 clampins face à des dizaines de milliers de supporters adverses comme en Russie, mais on va aussi se retrouver avec une tribune bigarrée, avec très peu de supporters actifs, ça va être compliqué à gérer », prévoit déjà Hervé Mougin. Du côté de la Fédération, on se dit tout de même « optimiste » concernant l’ambiance en tribunes.

La 3F assure à 20 Minutes par la voix de son responsable marketing qu’elle travaille activement à rectifier un minimum le tir afin de permettre, « au cas par cas, pour certains supporters historiques, de trouver une solution ». Si les supporters ne se font plus guère d’illusion, au moins essayent-ils de voir la chose avec philosophie. « Le point positif, conclut Mougin, c’est que maintenant on saura à quoi s’attendre pour les prochaines compétitions. On n’était pas habitué à voir un tel engouement derrière les Bleus, on va désormais pouvoir s’organiser comme des grands ».