Equipe de France : Pique à Dembélé et renvoi du Bayern dans ses 22, Deschamps envoie ses petits messages

FOOTBALL Le sélectionneur était en forme, ce jeudi, au moment d'annoncer sa liste pour les prochains matchs des Bleus

Nicolas Camus

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Didier Deschamps en conférence de presse au siège de la FFF, le 7 novembre 2019.
Didier Deschamps en conférence de presse au siège de la FFF, le 7 novembre 2019. — FRANCK FIFE / AFP
  • Didier Deschamps a donné sa liste pour les prochains matchs de l'équipe de France, contre la Moldavie puis l'Albanie
  • Il a profité de la conférence de presse pour évoquer - entre autres - les cas d'Ousmane Dembélé, qui peine à retrouver son meilleur niveau, et des tensions avec les clubs concernant les joueurs blessés.

Au-delà de la situation d’Olivier Giroud, sur laquelle on reviendra, la conférence de presse de Didier Deschamps a été plutôt riche, ce jeudi, à l’occasion de l’annonce de la liste des 23 pour les deux derniers matchs de qualifications à l’Euro 2020 face à la Moldavie puis l’Albanie (14 et 17 novembre). Sur le cas Ousmane Dembélé – pas retenu — tout d’abord, que le sélectionneur a évoqué en longueur. Ça a commencé par une petite blague, mais ensuite, le propos s’est voulu très sérieux. On espère pour lui que Dembouze était devant son écran.

Après avoir fait semblant de ne pas comprendre si le journaliste qui l’interrogeait sur les matchs de Dembélé, « qui se comptent sur les doigts de la main » depuis la Coupe du monde 2018, parlait de l’équipe de France ou du Barça – « nan parce qu’au Barça aussi hein » –, DD a embrayé sur un monologue aux allures de mise en garde. On en retiendra trois phrases :

  • « Ousmane a un potentiel incroyable. A lui de faire en sorte de ne pas le gâcher. On est en droit d’attendre plus. »
  • « Pour un jeune joueur, il est très régulièrement embêté par des répétitions de blessure. Il a été écarté trop souvent à cause de ça. D’où ça vient ? Si vous avez des informations… »
  • « Je vais m’adresser à lui directement : “Donne toi tous les moyens pour arriver le plus haut possible. Et tous les moyens, ça passe par plein de choses, sur le terrain et hors terrain.” »

La référence à l’hygiène de vie aléatoire de Dembélé, maintes fois évoquée par les médias espagnols et même le coach Valverde, est claire, même si DD n’a pas voulu aller plus loin sur ce terrain. Titulaire sans briller mardi en Ligue des champions, l’ailier n’a participé qu’à trois rencontres de Liga cette saison. Et n’est plus revenu en équipe de France depuis un an tout pile. Si rien ne bouge de son côté, ça ne changera pas de sitôt.

Tensions avec les clubs

Visiblement en forme, Deschamps, très taquin, est également revenu sur la polémique du mois dernier au sujet des blessures de Hernandez et Kanté. Le Bayern Munich et Chelsea s’étaient plaint de la convocation de leur joueur, et le club allemand a remis dix jours plus tard, après la méchante blessure à la cheville subie par le défenseur en Ligue des champions (rupture partielle des ligaments, probablement indisponible jusqu’à fin décembre).

Hassan Salihamidzic, directeur sportif munichois et titulaire d’un doctorat en mauvaise foi, n’avait pas hésité à en rejeter la responsabilité sur les Bleus. « L’équipe de France a utilisé Hernandez contre la Turquie contre la volonté du Bayern  et du médecin de l’équipe, Hans-Wilhelm Müller-Wohlfahrt. Il avait explicitement envoyé un mail afin que l’équipe de France ménage Lucas, ce qui n’a pas été respecté. Il s’agit tout de même d’un médecin qui sait parfaitement ce qu’il fait et ce qu’il dit. Je ne comprends pas ce manque de confiance à notre égard. Il y a de quoi être furieux. »

C’est marrant, Salihamidzic avait oublié de préciser que le coach Niko Kovac était content de récupérer son joueur avec un match dans les jambes pour le remettre dans le bain, et qu’il l’avait aligné pendant 90 minutes le match suivant en championnat, avant de le remettre à nouveau sur le terrain face à l’Olympiakos. Notre DD national, lui, n’a pas oublié.

« Ah, il a dit ça ? »

Le sélectionneur ne s’est pas démonté. Toujours avec le même procédé. Une petite blague pour lancer le truc, et la mise au point derrière. « Ah bon, il a dit ça [sur la responsabilité du staff des Bleus] ? Vous avez sûrement mal traduit. » Petit sourire, regard entendu, et puis :

« Il y a un peu d’excès. On a toujours fait les choses de manière cohérente, peu importe le club. Le joueur est toujours tiraillé, il est attaché à sa sélection mais il sait bien que son employeur, c’est son club. J’essaie de prendre du recul à chaque fois, d’analyser les situations. Prenez NG [Kanté], il ressent une douleur avant l’Islande, j’ai pris la décision de ne pas le faire jouer, alors que lui il voulait. Je ne suis pas là pour prendre des risques. Dès qu’ils sont trop élevés, je pense à l’intérêt du joueur. Et parfois, on a aussi des intérêts communs avec les clubs. Ce sont les premiers à vouloir qu’on les prenne des fois après des blessures pour les remettre dans le rythme. »

Et hop, le petit renvoi dans les 22 qui va bien, tout en laissant la porte ouverte pour des discussions. Deschamps, ou l’art de la diplomatie. Comment on traduit « politique de la main tendue » en anglais et en allemand, déjà ?