Lille-Bordeaux : « La même philosophie », comment les Girondins et le Losc sont en train de changer le modèle économique du foot français ?

FOOTBALL Les deux clubs se retrouvent ce samedi (17h30) à l’occasion de la 11e journée de Ligue 1

Clément Carpentier
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Luis Campos et Eduardo Macia, les deux grands chefs d'orchestre du LOSC et des Girondins.
Luis Campos et Eduardo Macia, les deux grands chefs d'orchestre du LOSC et des Girondins. — REMY GABALDA - NICOLAS TUCAT / AFP
  • Le Losc et les Girondins (6e ex aequo du championnat) s’affrontent au stade Pierre Mauroy (17h30).
  • Récemment rachetés, les deux clubs développent le même projet sportif basé en grande partie sur le trading de joueurs.
  • Deux hommes reconnus pour leur travail au niveau du football européen incarnent cela : Luis Campos (Lille) et Eduardo Macia (Bordeaux).

« C’est l’économico ! », voilà comment qualifie Pierre Rondeau ce Lille-Bordeaux. Il faut dire que cet économiste du sport suit de très près les projets sportifs que développent le LOSC et les Girondins depuis leur rachat ces dernières années. « Il y a de fortes similitudes et ressemblances entre les deux clubs, affirme-t-il, même si pour le moment sur le terrain, l’un est en Ligue des champions alors que l’autre n’est même pas européen. Mais, ça peut s’expliquer par les dates de reprise (Lille en janvier 2017 et Bordeaux en novembre 2018). »

Si les dirigeants bordelais s’offusquent tout de suite quand on leur dit qu’ils essayent de s’inspirer de leurs homologues lillois, ils reconnaissent facilement que « la philosophie est la même ». « Ils font de l’excellent travail mais ils dépensent beaucoup plus d’argent que nous en transfert pour le moment. La stratégie est un peu différente », précise Hugo Varela, le patron du sportif des Marine et Blanc. Mais pour rappel, Lille avait aussi très peu dépensé lors des premiers mercatos de l’ère Gérard Lopez.

Un modèle « extrêmement risqué » mais assumé

En effet, les deux projets sont exclusivement basés sur une logique économique comme l’explique Pierre Rondeau :

« Ils doivent générer des bénéfices à très court terme. C’est pour cette raison qu’ils font autant de trading de joueurs. Mais pour que ça marche, il faut tout le temps surperformer. C’est extrêmement risqué notamment à long terme. »

Pourtant, c’est bien aujourd’hui le modèle en vogue dans le football et l’économiste ne serait pas surpris de voir « Marseille s’y mettre ou Saint-Etienne si le club finit par être racheté lui aussi. »

Un modèle qui irrite forcément certains supporters comme à Lille et Bordeaux au départ... en tout cas jusqu'à ce que les résultats soient bons. Les dirigeants, eux, assument publiquement cette stratégie à l’image de Luis Campos, le conseiller sportif de Gérard Lopez au LOSC. Voilà ce qu’il disait, il y a quelques jours à Sky Sports, à propos de Victor Osimhen (8 buts en 13 matchs cette saison) qui vient pourtant tout juste d’arriver au club : « Si tout se passe bien à la fin de la saison, il y aura un gros transfert pour lui car il est incroyable. »

Campos – Macia, les maîtres du jeu

L’objectif est simple : acheter à petits prix et revendre le plus cher possible. Autant dire que dans cette logique de plus value permanente, les volontés du coach peuvent très rapidement passer au second plan. Si Christophe Galtier et Paulo Sousa ont encore leurs mots à dire sur les arrivées, ils n’ont plus aucune espèce de pouvoir sur les départs. Et ils sont au courant du deal depuis le jour où ils ont signé leur contrat.

En application, ça donne par exemple la vente cet été de leur meilleur joueur respectif : le Lillois Pepe à Arsenal pour 80 millions d’euros et le Bordelais Koundé au FC Séville pour 25 millions d’euros. Peu importe si le premier aurait pu jouer la Ligue des champions et que l’autre est un enfant du club encore en formation.

Derrière tout ça, il y a deux hommes. Deux pointures du football européen : Luis Campos à Lille et Eduardo Macia à Bordeaux. Connus et reconnus pour leur très bon travail dans tous les clubs où ils sont passés, ils sont aujourd’hui les véritables maîtres du jeu grâce à leurs réseaux.

Ils chassent sur le même terrain

« Oui, il y a un parallélisme à faire entre ces deux hommes. Ils travaillent de la même manière depuis des années », avoue un proche. Et peut-être même entre eux ? « Il est top ! Je le connais, il bosse très bien », reconnaît simplement le directeur du Football des Girondins à propos de son camarade lillois. En tout cas, Luis Campos et Eduardo Macia se retrouvent souvent sur les mêmes joueurs notamment sur le marché des jeunes à fort potentiel.

Selon les informations de 20 Minutes, l’Espagnol avait par exemple essayé de recruter Victor Osimhen à l’époque où il s’occupait de Leicester (2016-2019) avant que le Nigérian ne débarque finalement à Lille l’été dernier. On peut aussi citer l’exemple du jeune  Tiago Djalo. Les Girondins avaient entamé des discussions avec le joueur en janvier 2019 avant que le Portugais de 19 ans rejoigne le Milan AC pour finalement atterrir six mois plus tard au Losc. Comme par hasard…