Benfica-OL : Les raclées de Garcia ou la malédiction de Guttmann... Qui incarne le plus la lose en Ligue des champions ?

FOOTBALL « 20 Minutes » compare les dernières saisons décevantes en Ligue des champions de l’OL et de Rudi Garcia d’un côté, et du Benfica, avant la rencontre de ce mercredi (21 heures) à Lisbonne

Jérémy Laugier

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Entre le Benfica de Raul de Tomas (à gauche) et l'OL d'Alexandre Lacazette, et désormais de Rudi Garcia, qui est le plus poursuivi par la lose en Ligue des champions selon vous? Montage 20 Minutes
Entre le Benfica de Raul de Tomas (à gauche) et l'OL d'Alexandre Lacazette, et désormais de Rudi Garcia, qui est le plus poursuivi par la lose en Ligue des champions selon vous? Montage 20 Minutes — Sipa
  • L’OL et surtout le Benfica Lisbonne joueront très gros, ce mercredi (21 heures), à l’occasion de la troisième journée de Ligue des champions.
  • Si le Benfica compte deux Coupes d’Europe (1961 et 1962), ses dernières campagnes en Ligue des champions sont loin d’être un succès.
  • C’est pourquoi « 20 Minutes » a choisi de lancer un battle avec la nouvelle association entre l’OL et Rudi Garcia, qui ont également de sérieuses difficultés dans la cour des grands.

De notre envoyé spécial à Lisbonne,

On sait qu’on prend un risque en accolant Benfica Lisbonne et lose européenne dans la même phrase. On parle bien sûr d’un club à l’histoire éminemment plus prestigieuse que celle de l'OL sur la scène continentale, avec dix finales disputées, dont deux Coupes d’Europe des clubs champions (l’ancêtre de la Ligue des champions donc) remportées en 1961 et 1962. Mais dans son histoire récente, depuis un quart de finale accroché en 2016 contre le Bayern Munich (0-1 ; 2-2), le géant portugais ne compte plus vraiment sur la grande scène européenne.

Un constat nous poussant avant le Benfica-OL de ce mercredi (21 heures) à dresser un parallèle avec l’OL, qui n’a plus atteint le Top 8 de la Ligue des champions depuis 2010 (demie contre le Bayern avec Claude Puel). Et en recrutant la semaine passée Rudi Garcia, Lyon se pose en solide outsider dans notre battle d’avant-match.

Quelle série est la plus impressionnante ?

Côté Benfica, depuis cette campagne 2015-2016 réussie, avec cinq succès dont un 8e de finale maîtrisé contre le Zénith Saint-Pétersbourg (1-0 ; 2-1), c'est la débandade ou presque. La série en cours depuis trois ans est de cinq succès, trois nuls et 14 défaites (22 % de victoire, 64 % de défaite !), avec à la clé un terrible grand chelem en 2017-2018. Jugez plutôt : seule équipe de cette campagne de C1 à six revers en six journées, un seul but inscrit, et ce dans un groupe loin d’être terrifiant avec Manchester United, mais aussi le FC Bâle et le CSKA Moscou.

« Notre président [Luís Filipe Vieira] mise tout sur notre centre de formation, pointe Dylan, CM du premier compte Twitter français consacré au Benfica. Lorsqu’un de nos joueurs est au top niveau et qu’un autre club le veut, le transfert est réalisé comme pour Joao Felix cet été, et aucune recrue ne le remplace vraiment. Le projet du président est de regagner la C1 avec des joueurs surtout issus du centre de formation. Mais en attendant, nous vivons assez mal ces campagnes européennes ratées. »

Les deux nouveaux revers d’emblée cette saison dans une poule ouverte (1-2 contre Leipzig et 3-1 à Saint-Pétersbourg) ont poussé l’entraîneur Bruno Lage à évoquer cette spirale négative avec la presse mardi, non sans humour : « Si vous effectuez plusieurs interviews de suite et qu’à chaque fois, la personne en face de vous ne se sent pas bien, vous allez toujours appréhender votre interview suivante ».

De son côté, l’OL a réussi « l’exploit » d’atteindre les 8es de finale de Ligue des champions la saison passée (0-0 ; 1-5 contre le Barça) en ne remportant qu’un match à Manchester City (1-2). Voici la série en cours depuis sept ans dans la cour des grands : seulement cinq succès en 22 matchs (dix nuls et sept revers). Soit un bilan galère de 22 % de victoire (identique à celui du Benfica mais avec deux fois moins de défaites), ce qui est mieux que… celui de son nouveau coach Rudi Garcia dans la compétition. Avec seulement quatre succès en 24 matchs de poule de Ligue des champions (deux saisons avec le Losc et deux autres avec l’AS Roma), son compteur est bloqué à 17 % de réussite, et 50 % de défaite.

L'avis de 20 Minutes : Grâce au renfort de Rudi Garcia, l’OL est capable d’accrocher la riche culture de la lose cultivée par le Benfica depuis trois ans.

Qui a pris le plus de raclées ?

Pour que le cocktail de la lose soit complet, de tels bilans comptables ont été épicés dans chaque camp de soirées traumatisantes, n’est-ce pas Rudi ? 6-1 à l'Allianz Arena en 2012 avec le Losc, 1-7 contre ce même Bayern en 2014 avec la Roma, et enfin 6-1 au Camp Nou un an plus tard, toujours avec le club de la Louve. « A mes côtés au stade, le président Seydoux était tout blanc à 5-0 après une demi-heure de jeu et il me demandait ce qu’il se passait, se souvient Jean-Michel Vandamme, alors conseiller sportif de l’ancien patron du Losc. Ça allait beaucoup trop vite pour nous. Sans dire qu’il fallait mettre le bus derrière, on aurait eu intérêt à accompagner notre audace de prudence en Allemagne car c’était terrible d’affronter Robben et Ribéry. »

Une tactique « audacieuse » que Rudi Garcia a payée à nouveau deux ans plus tard face à la même doublette infernale. « La veille du match, il se montrait très confiant en annonçant qu’un nul ne serait pas un bon résultat, confie Andrea Di Carlo, journaliste pour la radio romaine TeleRadioStereo. Le Bayern a mis sept buts mais il aurait pu y en avoir 11, c’était un cauchemar pour tous les supporters. Avec Garcia, soit sa tactique en 4-3-3 au jeu vertical fonctionnait, soit il était foutu. Il n’a jamais eu de plan B et c’est aussi pour ça que le club a vécu un autre cauchemar à Barcelone. »

OK, coach Rudi a mis la barre très haut, et on peut aussi citer le 5-1 vécu par l’OL de Bruno Genesio en Catalogne au printemps dernier. Mais attention, Benfica a du répondant et peut sortir son atout : une manita (5-0) contre un club de seconde (voire troisième) zone, le FC Bâle, en 2017.

« C’est le genre de match où tout va de travers, avec un but concédé d’emblée, un défenseur expulsé, se rappelle en grimaçant Manuel Almeida, physiothérapeute dans les catégories jeunes du Benfica. Quand tu affrontes le Barça ou le Bayern, tu sais qu’ils sont parfois injouables. Là, face à un club inférieur au nôtre, c’est resté une nuit plus qu’embarrassante pour chaque socio. » Pour couronner le tout, cette tornade suisse a eu lieu sur la saison « humiliante » à zéro point en Ligue des champions pour le club lisboète.

L'avis de 20 Minutes : Comment départager l’OL de Rudi Garcia et un Benfica faire-valoir du FC Bâle, sérieusement ? Match nul à nouveau.

Qui semble être le plus maudit ?

Dans le fond, chez qui la lose semble-t-elle la plus ancrée désormais ? Jean-Michel Vandamme vole à ce propos au secours de son ancien collaborateur Rudi Garcia, qui va disputer ce mercredi son premier match de Ligue des champions depuis quatre ans. « A l’époque, nous n’étions vraiment pas prêts à affronter cette compétition dans laquelle tout est beaucoup plus intense, ni les joueurs ni le staff, indique l’ex-dirigeant lillois. On l’avait abordée naïvement, peut-être avec trop d’audace. Rudi a depuis pu capitaliser de l’expérience et il est plus fait aujourd’hui pour entraîner un grand club disputant la Ligue des champions. »

Son nouvel OL, 17e en Ligue 1, a beau manquer de leaders et de cette précieuse expérience, il a su l’emporter à Leipzig (0-2) et passe rarement au travers des grands matchs, même dans ses périodes de creux. Dans le camp d’en face tourne par contre en boucle une histoire à même de faire frémir tous les footballeurs un brin superstitieux. Lorsque l’entraîneur hongrois Béla Guttmann (décédé en 1981) a quitté le Benfica fâché en 1962, pour des raisons financières, après les deux sacres continentaux du club, il a déclaré que le Benfica ne gagnerait plus une Coupe d'Europe pendant 100 ans. Et de 1963 à la Ligue Europa en 2013 et 2014, les Aigles ont perdu huit finales européennes consécutives.

Socio du Benfica depuis l'enfance, Manuel Almeida pose devant la statue d'Eusebio qui trône devant le stade de la Luz à Lisbonne.
Socio du Benfica depuis l'enfance, Manuel Almeida pose devant la statue d'Eusebio qui trône devant le stade de la Luz à Lisbonne. - Jérémy Laugier/20 Minutes

« Franchement, je ne croyais pas à cette soi-disant malédiction pendant longtemps, il ne s’agissait pour moi que d’une blague. Mais j’avoue que je commence un peu à y croire désormais », reconnaît, gêné, Manuel Almeida (32 ans). Il n’est pas le seul : le 28 février 2014, le club a même inauguré dans l’enceinte du stade de la Luz une statue en hommage à Béla Guttmann portant ses deux trophées majeurs, comme pour conjurer le sort. Trois mois plus tard, le Benfica perdait la finale de la Ligue Europa face à Séville, et aux tirs au but tant qu’à faire. Foutue lose.

L'avis de 20 Minutes : Inutile de vous signaler que le Benfica remporte haut la main cette partie-là et est le grand vainqueur du jour. Tout au moins jusqu’à ce mercredi soir et au match retour, le 5 novembre au Parc OL.