Equipe de France: Punition vs choix tactique... C'était quoi ce micmac autour de la non-titularisation de Valérie Gauvin?

FOOTBALL Au sujet de la non titularisation de Valérie Gauvin, deux versions s'opposent

Aymeric Le Gall

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Valérie Gauvin n'a pas débuté le match contre la Corée du Sud malgré un statut de titulaire régulière.
Valérie Gauvin n'a pas débuté le match contre la Corée du Sud malgré un statut de titulaire régulière. — FRANCK FIFE / AFP
  • Habituelle titulaire en pointe de l'attaque française, Valérie Gauvin a appris peu de temps avant le match qu'elle ne débuterait pas. 
  • La Montpelliéraine affirme avoir été sanctionné à cause de plusieurs retards à l'entraînement. 
  • Sa coach a pourtant livré une version différente de l'affaire. 

Premier match de la Coupe du monde féminine, premier gros imbroglio. Et, très honnêtement, on ne l’avait pas vu venir. On rembobine : nous sommes environ à deux heures du coup d’envoi de France-Corée du Sud​, dans la salle réservée aux médias, à deux pas de la tribune de presse du Parc des Princes, quand un bruissement traverse la pièce de part en part. « Oh putain, Gauvin n’est pas titulaire, qu’est-ce qu’il s’est passé ? », s’exclame un confrère tout en sirotant son café. Pardon ???

On lève alors la tête sur l’écran fixé au mur et, effectivement, l’habituelle titulaire au poste de n°9 ne figure pas dans le onze de départ. Premier réflexe : ouvrir son téléphone pour tenter de trouver une explication. Elle tombe très rapidement sur le site de nos confrères de L’Equipe : Valérie Gauvin aurait été écartée de l’équipe type à cause de deux retards à l’entraînement durant la semaine de travail à Clairefontaine. Corinne Diacre aurait annoncé sa décision durant sa causerie, juste avant de prendre le bus direction la Porte d’Auteuil.

Gros moment de flottement au Parc des Princes

Au stade, selon les dires de plusieurs de nos confrères présents en tribune au moment de la reconnaissance du terrain par les joueuses de l’équipe de France (de notre côté, nous faisions un Facebook Live sur le parvis du Parc), la Montpelliéraine se tenait à l’écart, visiblement très affectée par cette décision. L’Equipe relate même qu’elle a fini par fondre en larmes en rentrant aux vestiaires, consciente de ce qu’elle allait manquer. Finalement entrée en jeu à la 70e minute alors que les Bleues menaient déjà 3-0, la joueuse ne s’est pas cachée en zone mixte après la rencontre. En pareil cas, on en connaît d’autres à sa place qui se seraient fait la malle en douce sans passer par la case médias. Mais pas elle. C’est donc sans rechigner qu’elle est venue répondre à LA question du soir : que s’est-il passé ?

Après nous avoir confirmés dans un premier temps qu’il s’agissait bien d’une sanction de la sélectionneuse, Gauvin a rajouté quelques mots rapides : « C’est de ma faute, c’est comme ça, je prends sur moi. Mais vous voyez, j’ai le sourire, on a gagné, c’est le plus important. » C’est un peu court, jeune fille. Alors on relance.

- Quels ont été les mots de Corinne Diacre ?

- No comment, ça je le garde pour moi. On apprend toujours de ses erreurs, je ferai plus attention la prochaine fois.

Parole contre parole

L’histoire aurait pu s’arrêter-là, d’autant que son entrée en jeu et ses aveux/excuses en fin de match avaient tout pour qu’on passe à autre chose, mais non. L’acte II se déroule quelques minutes plus tard, non loin de là, dans la salle de conférence de presse où Corinne Diacre s’est installée pour débriefer la rencontre. C’est même à ce moment-là que les choses deviennent très intéressantes. Interrogée sur cette hypothétique sanction et mise au courant des déclarations de sa joueuse, l’ancienne coach de Clermont surprend son auditoire et dégaine une tout autre version du « Gauvin Gate ».

« Si elle a estimé que c’était à cause de ses retards, ce n’est pas mon cas. C’était un choix tactique. Tout simplement parce qu’on a estimé, avec mon adjoint, qu’il fallait mettre de la vitesse dans l’axe pour déstabiliser cette défense qu’on avait trouvé un peu difficulté lors de ses derniers matchs. Maintenant, on ne s’attendait pas à avoir un bloc coréen aussi bas d’entrée de jeu, du coup on n’a pas eu la profondeur souhaitée. Je le répète, c’était simplement un choix tactique de ma part. »

Cas classique de parole contre parole. On est d’avis que les deux femmes devraient clarifier ça dans les jours à venir, bien à l’abri des micros. Car comment comprendre une telle cacophonie ? Notre théorie, mais ça ne regarde que nous, c’est que Corinne Diacre a tout simplement botté en touche pour ne pas avoir à polluer un esprit groupe qu’elle a mis deux ans à bâtir.

Qui croire ?

Sur quoi se base-t-on pour avancer cela ? Plusieurs choses. Les propos de la joueuse, déjà, qui a elle-même reconnu que ses retards étaient la cause de sa sanction, et une raison plus sportive on va dire. Car depuis qu’elle a pris les rênes des Bleues en 2017, Diacre a très souvent fait de Valérie Gauvin un élément important de son système en 4-2-3-1, quitte à la défendre quand des voix s’élevaient pour pointer du doigt certaines faiblesses de sa n°9.

Et puis il y a autre chose dans l’explication de Diacre qui sonne étrangement : justifier le remplacement de la Montpelliéraine par la volonté de chercher la profondeur dans la défense adverse. Or, pas besoin d’avoir le BEPF (le diplôme d’entraîneur) en poche pour savoir que les Sud-Coréennes allaient faire le siège de leur défense une bonne partie de la soirée, ce qui a été le cas. Tout ça pour dire qu’on est un peu sceptique après les arguments avancés par la boss de l’équipe de France.

Cela ne veut pas dire pour autant qu’il faut en faire tout un pataquès pendant des jours. Mais la question méritait cependant d’être creusée. Corinne Diacre a finalement déminé le terrain en toute fin de soirée : « Valérie Gauvin a fait une très bonne entrée quand elle a foulé la pelouse, de ce côté-là il n’y a pas de souci. »