OM-Nîmes: «C’est un grand frère!» Pourquoi n’y a-t-il pas de rivalité entre l’OM et les Crocos?

FOOTBALL OM-Nîmes, ce samedi à 17 h, c’est tout sauf un Olympico. Les deux clubs du Sud de la France ne sont pas rivaux. Pourquoi donc ? « 20 Minutes » détricote les relations gardo-bucco-rhodaniennes

Jean Saint-Marc

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Jean-Jacques Bourdin considère l'OM comme un «grand frère».
Jean-Jacques Bourdin considère l'OM comme un «grand frère». — Photos : SIPA et AFP. Montage : J.S.-M.
  • L’OM et le Nîmes Olympique se disputaient les titres de champion de D1 dans les années 1970. Mais ils n’ont plus évolué au même échelon pendant 25 ans.
  • Leurs supporters ne sont pas rivaux et certains se disent même fans des deux clubs.
  • Selon les dirigeants nîmois, l’OM est même un « grand frère » pour les Crocos, promus l’an dernier en Ligue 1.

Fâché avec tout le monde, ou presque. Toulon, Lyon, Bastia, Nice, Bordeaux, Nantes, Saint-Etienne et bien sûr Paris : l’OM est le rival d’à peu près la moitié des clubs français. Sauf des Nîmois ?

« Il n’y a pas vraiment de rivalité, mais le coup du match aller (perdu 3-1) me reste en travers de la gorge, peste Aurélien, grand supporter de l’OM. Les clubs de "péguts" qui font la fête pendant deux semaines après nous avoir tapés, ça commence à gentiment me saouler. »

« Entre deux frères, il y a de l’admiration et de la compétition »

« Cette victoire, c’est un souvenir mémorable, embraye Rudi, supporter nîmois. Ce match symbolise notre retour au haut niveau, sous les yeux de la France entière, un dimanche soir. » Un match clé, mais pas un derby : « il n’y a aucun antagonisme entre nous », conclut-il.

Effectivement, Aurélien est le seul Marseillais hostile aux Crocos qu’on ait trouvé. Tous les autres sont partagés entre le désintérêt cordial et la vague amitié, comme ce cousin lointain qu’on regarde un peu de haut mais qu’on aime bien, au fond.

« L’OM est un grand club, et nous pas encore. Donc on ne peut pas être rivaux », lance Jean-Jacques Bourdin, président d’honneur du Nîmes Olympique. Il valide notre comparaison familiale : « Je dirais même que l’OM, c’est notre grand frère ! Entre deux frères, il y a de l’admiration… Et aussi un peu de compétition. »

« Des cojones grosses comme ma maison »

Très déçu que les fans des Crocos ne puissent se rendre au Vélodrome – « les préfets sont peureux, c’est une honte ! » – Jean-Jacques Bourdin assure que de nombreux Nîmois supportent AUSSI l’Olympique de Marseille. On en a trouvé plusieurs, effectivement. Nicolas, fan de l’OM qui vit dans le Gard, apprécie de voir jouer Nîmes, « avec des gars qui ont des "cojones" grosses comme ma maison ». Florian, lui aussi, porte autant le bleu ciel que le rouge sang :

Gamin, j’allais autant au Vélodrome qu’aux Costières ! Le tournant vers l’OM s’est fait à l’adolescence, grâce à la télé. Je suivais Nîmes de loin, en écoutant France Bleu. L’arrivée de BeIN Sport a ravivé la flamme du petit croco qui sommeillait en moi : suivre la Ligue 2 est devenu beaucoup plus facile. J’aime les deux clubs, mais je dois dire que ce qui gravite autour de l’OM commence à m’exaspérer ! »

Rien d’étonnant dans tout ça. Thierry Audibert, supporter de l’OM depuis les années 1970, « comprend les jeunes qui se sont tournés vers l’OM, vu le relatif sommeil dans lequel s’est trouvé Nîmes. » Lui se souvient, toutefois, de l’époque où la rivalité sportive était réelle : l’OM et Nîmes se disputaient le titre de champion de première division.

Souvenirs d’une rivalité du début des années 1970

Thierry évoque, par exemple, un tacle assassin du gardois Kabile contre Magnusson, en février 1969. En août de cette même année, le duel entre les deux hommes avait poussé La Marseillaise à titrer « Un combat de rue », après une expulsion de Kabile. Son entraîneur, Kader Firoud, estimait que Magnusson « énervait tout le monde avec ses attitudes offensées de prima doña. » L’année suivante, après un match de championnat, Skoblar estimait qu’il n’était « pas possible de jouer dans de pareilles conditions », les Nîmois multipliant les fautes.

 

L’accueil devrait être plus cordial, ce samedi (17h), au Vélodrome. Mais ce ne sera pas non plus un repas de famille entre frangins, selon Thierry Audibert, très agacé par cette expression des « clubs frères » brandie par Jean-Jacques Bourdin. Pour lui, Crocos et Olympiens sont, au grand maximum, « cousins. »