Manchester United-PSG: «On revit!»... Comment Solskjaer a ressuscité «l’esprit Ferguson»

FOOTBALL Le Norvégien a passé de longues années sous les ordres de Sir Alex quand il était joueur

Nicolas Camus

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Depuis son arrivée sur le banc de Manchester United, Ole Gunnar Solskjaer fait replonger le club dans les années Ferguson.
Depuis son arrivée sur le banc de Manchester United, Ole Gunnar Solskjaer fait replonger le club dans les années Ferguson. — Montage / AFP
  • Le PSG se déplace à Manchester United en 8e de finale aller de la Ligue des champions, ce mardi soir.
  • Le club mancunien, moribond avec José Mourinho à sa tête, va bien mieux depuis la nomination d’Ole Gunnar Solskjaer.
  • L’ancien attaquant de MU s’inspire beaucoup de ce qu’il a vécu lorsqu’Alex Ferguson était son entraîneur.

De notre envoyé spécial à Manchester,

Les jours de match, c’est là où l’échauffement est le plus poussé. A l’intérieur du Bishop Blaize, on fait vibrer les cordes vocales, histoire d’être à point dès le coup d’envoi, avec une ou deux pintes (ou trois ou quatre) pour irriguer le tout. C’est important, ça, d’irriguer. Ce lundi midi, veille de 8e de finale de Ligue des champions, ce repère de supporters de Manchester United, situé au croisement de Chester Road et Sir Matt Busby Way, à deux pas du stade d’Old Trafford, ne rugit pas encore. On y mange tranquillement des fish and chips sur les tables en bois, sous le regard de quelques légendes. Georges Best, Eric Cantona et Ryan Giggs sont en bonne place sur les murs. Alex Ferguson aussi, évidemment.

Le manager écossais restera à jamais celui qui a façonné le Manchester United moderne. Il y a eu le précurseur Matt Busby dans les années 1950 et 1960, et puis lui, qui a permis aux Mancuniens de remporter deux Ligue des champions, 13 Premier League et cinq FA Cup - entre autres. Depuis son départ après 27 ans de règne, en 2013, plus rien n’allait. José Mourinho a eu beau apporter une Ligue Europa dans l’armoire à trophées, en 2017, MU était méconnaissable, triste. Quelque chose s’était envolé et le « Théâtre des Rêves » portait de plus en plus mal son nom.

Une fresque représentant l'histoire de Manchester United, à Old Trafford.
Une fresque représentant l'histoire de Manchester United, à Old Trafford. - Paul ELLIS / AFP

Et voilà que la flamme est rallumée. Le 19 décembre, les dirigeants virent le « Boring One » et nomment Ole Gunnar Solksjaer jusqu’à la fin de la saison. Le Norvégien, ancien attaquant du club connu pour ses entrées en jeu fracassantes, a gagné le respect à vie des supporters en inscrivant le but de la victoire en finale de C1 face au Bayern, en 1999. La filiation avec Ferguson est directe, Solksjaer ne s’en cache pas. Au contraire, il la revendique, depuis ses premières conférences de presse.

Le retour de l’ancien bras droit

« Ma dernière grande soirée de Ligue des champions avec ce club, c’est le 7-1 contre l’AS Rome [en quart de finale retour, en 2007], raconte-t-il encore lundi. On avait perdu 2-1 à l’aller, le coach [Ferguson] nous avait dit de ne pas nous inquiéter, qu’on allait gagner au retour chez nous. Et on se sentait fort après ça. C’est cette confiance que je veux donner à mes joueurs. »

« Leur rapport joueur-entraîneur a été l’un des plus forts de l’ère Ferguson », nous confirme Samuel Luckhurst, qui suit le club pour le Manchester Evening News. Aujourd’hui, les signes d’un retour de « l’esprit Ferguson » sont partout. Déjà, le mythique manager, qui s'est remis d'une hémorragie cérébrale en mai dernier, s’est rendu deux fois au centre d’entraînement, sur invitation de son poulain. Aussi et surtout, Mike Phelan, l’ancien bras droit de l’Ecossais jeté dehors par David Moyes à l’été 2013, a été rappelé par Solksjaer pour le seconder. « On ne peut pas dire que ce soit un génie tactique, mais sa présence signifie beaucoup pour les joueurs, précise notre confrère. Il est comme un gardien de certaines valeurs. »

Sur le terrain, le jeu offensif a également fait son retour. Une évidence pour le coach norvégien : « Nous devons redécouvrir la manière de jouer de Manchester United. Les adversaires souffrent à Old Trafford quand nous sommes tous dans le bon état d’esprit. Il s’agit de faire le jeu et de toujours croire en soi. Si vous demandez aux autres managers qui ont joué contre les équipes de sir Alex, le rythme et le tempo à suivre étaient fondamentaux. »

Le plus beau dans tout ça, c’est que la magie opère. MU a gagné 10 matchs sur 11 sous les ordres de son nouvel entraîneur. On imagine la joie des supporters. Devant le Bishop Blaize, les plus anciens le cachent bien. Ils nous écoutent, impassibles, avant de lâcher un no qui ferait son petit effet dans un film de Ken Loach. Ils n’ont aucune envie de partager avec un petit Frenchie la douce odeur d’un possible retour aux belles heures.

Plus de succès auprès des plus jeunes. Eddie, Ben, Declan et Richard, tous les quatre entre 20 et 25 ans, passent par là en parlant très fort. « On revit !, lâche Eddie. Solskjaer a ramené l’envie de voir jouer cette équipe. » Et hop, prends ça José. « On a peu connu Ferguson, c’est sûr, mais on a entendu beaucoup de choses et vu des vidéos, complète Declan. Avec lui, ça n’arrêtait jamais, avec un jeu vers l’avant, surtout à Old Trafford. On est super heureux de vivre ça à notre tour. »

Ne pas rester l’éternel padawan

Il faudra voir, quand même, si tout ça survit à l’épreuve du feu. Les Mancuniens ont récemment battu Tottenham et Arsenal, certes, mais la double confrontation face au PSG, avec deux matchs face à Chelsea puis Liverpool entre l’aller et le retour, sont une autre paire de manches. Ils valent cher pour Solskjaer, bien décidé à s’installer dans la durée sur le trône.

Pour le moment, il n’est qu’entraîneur intérimaire. Une décision sera prise l’été prochain, et les dirigeants n’auraient pas perdu espoir de débaucher Mauricio Pochettino à Tottenham. « On voit un petit changement récemment chez Solskjaer, note Samuel Luckhurst. Il fait un peu plus attention à ses références, comme s’il avait pris conscience que cette étiquette de Fergie man ne serait pas suffisante pour rester. Il doit prouver qu’il est son propre chef, qu’il prend ses propres décisions. Qu’il a les épaules, quoi. » Il faudra au moins ça pour avoir droit à sa photo sur les murs du Bishop Blaize.