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Pressing haut, niaque, esprit d'équipe... Et si la défaite à Liverpool avait permis de révéler le vrai PSG version Tuchel?
FOOTBALL•Depuis la défaite à Liverpool, le PSG semble avoir changé de visage (et d'état d'esprit)...Aymeric Le Gall
L'essentiel
- La défaite logique du PSG à Liverpool (3-2) en Ligue des champions avait inquiété bon nombre d’observateurs.
- Depuis, les Parisiens ont fait leur loi en Ligue 1 contre Reims (4-1) et à Nice (3-0).
- La défaite face aux Reds a peut-être servi de déclic à cette équipe, qui correspond plus aujourd’hui à la philosophie de son entraîneur, Thomas Tuchel.
Double discours, double analyse. Deux semaines après la défaite logique du PSG (3-2) sur la pelouse d’Anfield en Ligue des champions, on n’a plus tout à fait la même manière de lire la prestation calamiteuse des Parisiens face à Liverpool. Thomas Tuchel non plus d’ailleurs. Et c’est tant mieux avant le match crucial de mercredi contre l’Etoile Rouge de Belgrade (18h55 sur RMC Sport 1).
En conférence de presse à Liverpool, le coach allemand nous avait choqués en expliquant que la défaite n’était pas méritée, que son équipe avait réalisé une première mi-temps « de top niveau » et que « ce n’était pas logique que Liverpool marque deux buts ».
Il s’agissait finalement d’un discours de façade, Tuchel préférant réserver ses critiques pour l’intimité du vestiaire. « La réaction officielle ne doit pas être la réaction dans le vestiaire (rires). C’était une défaite, on n’a pas joué à notre top niveau », a-t-il fini par avouer en conférence de presse, mardi après-midi, au Parc des Princes. Voilà pour le double discours.
La double analyse, c’est la nôtre : alors qu’on ne s’était pas privé pour allumer ce PSG faiblard à Anfield, on aurait plutôt tendance aujourd’hui à penser que ce revers pourrait finalement être un mal pour un bien, une sorte de déclic nécessaire pour la suite de l’histoire entre Tuchel et ses joueurs. « Sans trop aller jusqu’à des considérations psychologiques, juste en termes de travail et d’apprentissage, ce match à Liverpool va compter dans la saison du PSG, c’est certain », confirme Pierre Ducrocq, l’ancien Parisien aujourd’hui consultant pour RMC Sport.
La patte Tuchel
Car depuis ce match à (ne pas) oublier, le PSG a changé de visage. Alors oui, cette métamorphose s’est opérée en Ligue 1 face à des clubs, Reims (4-1) et Nice (3-0) qui n’ont de semblables à Liverpool que la couleur rouge des maillots, mais tout de même, on ne peut pas nier qu’on a vu quelque chose qui se rapproche plus de la patte Tuchel.
- Une adaptation des joueurs à un énième nouveau système tactique (après le 4-3-3, le 4-2-3-1, le 3-5-2, le 3-4-1-2, place contre Nice au 3-4-2-1)
- Un pressing de chiens affamés très haut sur le terrain, dès la perte du ballon
« Oui, il y a une patte Tuchel qui est clairement en train de se mettre en place, acquiesce Pierre Ducrocq. Il y a une adaptation et une compréhension des joueurs à ses principes qui commencent à se faire ressentir en effet. Ça commence vraiment à ressembler à quelque chose de cohérent par rapport à ce que l’entraîneur souhaite mettre en place à Paris. »
Le pressing haut qui change tout
A Liverpool, c’est avant tout le manque d’implication, d’engagement, de dépassement de soi de l’équipe qui nous avait sautés aux yeux. D’autant qu’en face, l’équipe adverse se jetait sur chaque ballon, abordait chaque duel avec la bave aux lèvres. Le contraste était flagrant. Flippant, même. Mais on dit qu’on apprend plus de ses défaites que de ses succès. Si c’est le cas, les Parisiens ont alors beeeeeeeaucoup appris.
Tuchel ne disait pas le contraire mardi à la veille d’accueillir Belgrade : « C’était le match européen le plus difficile et c’était seulement le premier du groupe. Il fallait rester calme. On a ensuite montré des réponses impressionnantes et je suis content de la réaction des joueurs. » Contre Reims au Parc, et encore plus à l’Allianz Riviera à Nice, les Parisiens ont affiché un état d’esprit et une combativité qui leur permettent d’espérer des lendemains européens qui gagnent.
« « J’ai le sentiment qu’on s’améliore, qu’on joue davantage comme une équipe à chaque match. C’est important car nous avons récupéré beaucoup de ballons dans la moitié de terrain adverse. Je suis très satisfait de cet état d’esprit, s’est félicité Tuchel mardi. Pour moi, c’est clair qu’on doit jouer comme cela et dès mercredi soir. Si tu ne fais pas le pressing haut, tu passes beaucoup de temps à défendre. Lorsqu’on récupère le ballon très haut, on peut profiter de la désorganisation de l’équipe adverse. Dans la seconde d’après, on peut profiter des espaces. Cela permet d’avoir un jeu de transition même lorsque l’on a 70 % de possession. Mais on a besoin que les attaquants fassent aussi un travail de défense et de pressing. C’est un travail collectif. » »
Neymar valide
Voilà pour le petit clin d’œil à Neymar et Mbappé, dont le degré de « je m’en fous je ne reviens pas défendre » avait atteint un sommet du genre à Liverpool. Mais depuis, leur comportement aussi semble avoir changé (enfin, surtout celui de Neymar puisque Mbappé a très peu joué depuis ce match à cause de sa suspension de trois matchs). Comme si la star du PSG avait adopté la philosophie de Tuchel et accepté de marcher main dans la main avec lui. Ce qui n’avait pas forcément été le cas avec Unai Emery.
« Il y a un truc qui est en train de se passer entre les deux hommes. Je pense que Tuchel a compris que Neymar avait besoin de ça, d’un certain contact, d’une certaine attention et comme Tuchel est un homme qui apporte énormément d’attention au relationnel, ça fonctionne », analyse Pierre Ducrocq. Il semble en effet que le coach parisien soit en passe de réussir là où son prédécesseur avait échoué : à savoir convaincre tous ses joueurs – mais surtout les étoiles de devant – de produire les efforts défensifs nécessaires pour récupérer le ballon le plus vite possible.
Pour Ducrocq, cette volonté de pressing agressif n’est pas pour déplaire à Ney.
« « Je ne suis pas surpris de le voir faire ces efforts-là puisqu’au Barça, quand il s’éclatait, c’était quand l’équipe défendait et récupérait les ballons très hauts. Neymar a horreur de jouer comme ça a pu parfois être le cas avec le PSG, de récupérer le ballon beaucoup plus bas et de devoir remonter tout le terrain. Alors que dans ce cas de figure, il peut faire les efforts sur 15-20 mètres et profiter de ses récupérations hautes pour aller très, très vite porter le danger. » »
Mais l’ex-numéro 23 du PSG met un bémol concernant ce pressing immédiat et hyper intense : « C’est quelque chose que j’ai apprécié à Nice, mais, sans faire injure aux Niçois, ça aurait été compliqué de le faire à Liverpool et ça sera dur de le faire en Ligue des champions face à des gros clubs, du moins pendant 90 minutes. »
A-da-pta-bi-li-té
On le savait avant-même qu’il pose un pied à Paris, Tuchel est un coach réputé pour faire évoluer ses équipes dans différents systèmes tactiques, ce qu’il ne s’est pas privé de faire avec le PSG depuis ses débuts. Ce qu’on savait moins en revanche, c’est si les joueurs répondraient présents, eux qui, pour la plupart, avaient pris l’habitude de jouer en chaussons dans un 4-3-3 qu’ils refusaient, en bons conservateurs, de voir évoluer. Sauf que l'heure de faire des caprices à sonné.
Et Ducrocq de conclure : « Tuchel est un coach qui exige une grande adaptation de ses joueurs vis-à-vis de ses schémas tactiques et ça prend forcément du temps. Emery s’était un peu cassé les dents là-dessus. Au bout de trois mois il nous avait avoué que les joueurs ne s’adaptaient pas à ce qu’il voulait mettre en place et que ça avait donc été à lui de s’adapter à eux. Avec Tuchel je pense qu’il est hors de question qu’il s’adapte à ce point-là et ça, ses joueurs l’ont bien compris et ils donnent l’impression de vouloir suivre. »
Nous reviennent alors en mémoire ces mots de Sami Allagui, l’ancien joueur de Tuchel à Mayence, que nous avions contacté en fin de saison dernière pour nous parler de l'Allemand : « Je pense que ça peut très bien fonctionner à Paris car, à partir du moment où les joueurs comprennent que ce qu’il exige d’eux au quotidien n’a qu’un seul but : en faire la meilleure équipe possible, qui prend du plaisir à jouer au foot et qui gagne, alors ils peuvent faire de grandes choses. » Il n’y a plus qu’à.


















