«Courage au PSG...»: Avec «le dictateur» Tuchel, Paris a-t-il recruté un entraîneur ingérable?

FOOTBALL Le futur coach parisien est parti fâché de tous ses clubs…

B.V. avec A.L.G et J.L

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Thomas Tuchel est parti de son poste d'entraîneur du Borussia Dortmund en raison de tensions avec la direction du club, le 30 mai 2017.
Thomas Tuchel est parti de son poste d'entraîneur du Borussia Dortmund en raison de tensions avec la direction du club, le 30 mai 2017. — Martin Meissner/AP/SIPA
  • Thomas Tuchel va être le futur entraîneur du PSG.
  • Considéré comme un entraîneur à fort caractère, il était appelé le « dictateur » par l'un de ses anciens joueurs.
  • C'est un entraîneur plein d'exigence que vous racontent ses anciens joueurs.

Toureul. On prononce Thomasse Toureul. Ne nous remerciez pas pour cette information de première main, elle est gratos. Et si vous allez jusqu’au bout de cet article, vous pourrez en apprendre plein d’autres sur le nouvel entraîneur du PSG. Car c'est officel, l’Allemand de 44 ans va donc succéder à Unai Emery sur le banc parisien.

Et ça risque d’être assez poilant. Parce que si on reprochait à Emery de n’avoir aucune espèce d’autorité sur la garderie qui lui a servi d’équipe pendant deux ans, on va se régaler avec « le dictateur » Thomas Tuchel à sa place. On n’a pas inventé ce surnom hein : c’est son ancien gardien à Mayence, Heinz Müller qui lui a donné, dans une interview pour le magazine Kicker. C’était en 2015 et Müller y racontait comment son « dictateur » de coach avec utilisé « l’intimidation » pour le sortir de l’équipe première. L’entraîneur aurait annoncé au gardien sa rétrogradation en réserve devant toute l’équipe, lançant en sa direction un « va te plaindre au directeur sportif et prend le pognon » avant d’arracher les photos de ses gamins du casier à son nom.

« Des visions complètement différentes du respect »

Sympa. On a contacté ce Heinz Müller pour en savoir un peu plus. « Pas envie », nous a-t-il répondu sèchement, avant de conclure par un délicieux : « And good luck to PSG », que l’on pourrait fidèlement traduire par « et bon courage au PSG, hein ». Voilà pour les présentations : Thomas Tuchel porte la réputation d’être un homme de conviction, tendance ingérable, limite casse-couilles, proche folie furieuse.

Tuchel, starring his new movie
Tuchel, starring his new movie - SIPA et 20 Minutes

Des deux clubs qu’il a entraînés, il est parti fâché.

  • D’abord à Mayence, où son président Harald Strutz a tiré cette conclusion : « Je ne suis pas son ennemi, mais lui et moi sommes de très différentes personnes. Nous avons des visions complètement différentes du respect, de la loyauté et de la confiance. »

Il lui reprochait, entre autres, d’avoir négocié avec d’autres clubs dans son dos. De manière tellement crade que plutôt que de le laisser filer en 2014, Strutz l’a laissé terminer son contrat sur une année sabbatique jusqu’en 2015. Avant de prévenir son futur employeur, Dortmund, de son caractère impossible.

  • Puis Dortmund donc. Après l’attentat qui a touché le bus de Dortmund à quelques minutes du match de Ligue des champions face à Monaco, Tuchel aurait refusé que le match soit rejoué dès le lendemain. Face à l’insistance de son DG Michael Zorc, Tuchel aurait dégoupillé et scellé son avenir au Borussia. Devant la presse, et c’est suffisamment rare pour être signalé, le même Zorc rapportait des désaccords entre lui et Tuchel.

En privé, une source interne au club affirmait au Süddeutsche Zeitung  que Mayence aurait prévenu Dortmund du caractère impossible de Tuchel. « Nous n’avons pas écouté et tout s’est bien passé pendant six mois, explique cette source. Ensuite, tout s’est passé comme Mayence avait prévu. » Abandonné par ses cadres, raillé par le vestiaire, saoulé par ses dirigeants, Tuchel n’est pas prolongé.

Mais bon sang, qu’est-ce qu’on lui reproche tant, à Tuchel ? Chadli Amri jouait à Mayence au moment de son arrivée au pouvoir :

Quand il est devenu notre entraîneur, il venait d'une équipe de jeunes avec qui il avait fait finaliste du championnat d’Allemagne. Il avait 34, 35 ans, comme certains joueurs de l’équipe. On appréhendait, on se demandait s’il allait pouvoir tenir l’équipe. Et ça s’est super bien passé. C’est quelqu’un qui a du caractère, il veut que tout le monde soit concerné. Et quand il veut quelque chose, il fait tout pour l’avoir. Il impose toujours sa philosophie. Il va se fâcher, être têtu… Peu importe ce que tu penses ou ce que le président pense, il croit en ses convictions. Par exemple, s’il avait décidé que le week-end lors du match on attaquerait par l’axe, toute la semaine on bossait uniquement l’axe à l’entraînement. »

Amri ne garde que de bons souvenirs de Tuchel, le « meilleur coach » qu’il ait eu avec Klopp, avec qui il pourrait être comparé, en « moins proche des joueurs » quand même. Pourtant, c’est ce même Adli qui est au cœur d’une anecdote offerte gracieusement par son ancien coéquipier, Aristide Bancé, en 2009-2010. « Une fois à l’entraînement, Amri était en train de déconner, il n’était pas du tout concentré, et Tuchel s’est énervé, décrit-il. Il a arrêté l’entraînement au milieu de tout et il l’a envoyé direct au vestiaire. Amri a refusé mais au bout d’un moment il n’a pas eu le choix. Il est rentré au vestiaire et il a fini par présenter ses excuses au coach. C’est quelqu’un de très, très, très strict. »

Thomas Tuchel avec son seul titre, une Coupe d'Allemagne du Borussia
Thomas Tuchel avec son seul titre, une Coupe d'Allemagne du Borussia - AFP

« En dehors du terrain, c’est quelqu’un de très cool, il a toujours le sourire. Mais quand l’entraînement commence, c’est terminé, ça bosse », poursuit Sami Allagui, lui aussi passé par Mayence. Il poursuit : « C’est un dingue de travail. Il prend très à cœur l’implication aux entraînements et il fait bosser très dur ses joueurs. C’est avec lui que j’ai connu mes entraînements les plus durs, surtout au niveau de la tête parce qu’il veut que ses joueurs réfléchissent en permanence, qu’ils sachent à chaque instant ce qu’ils sont en train de faire et pourquoi ils le font. »

« Je veux que tu donnes tout aujourd’hui sinon c’est terminé pour toi ».

Cette exigence permanente, Tuchel la porte sur lui avec autant d’aisance qu’Emery les baskets sous le costard. « Il nous conseillait de boire du lait sans lactose et de manger du pain sans gluten », assure Allagui. A Dortmund, il avait fait venir un cuisinier qu’il connaissait.

« C’est un grand professionnel qui ne laisse rien au hasard. Si tu t’investis à 100 %, tu vas très bien t’entendre avec lui, sinon… Quand tu ne donnes pas à fond avec lui, derrière c’est très, très dur, résume Aristide Bancé. Il est vraiment direct avec ceux qui ne respectent pas ce qu’il veut. Je me souviens d’un jour où il n’était pas content de moi et, avant un match contre Mönchengladbach, il m’a pris à part pour me dire "je veux que tu donnes tout aujourd’hui sinon c’est terminé pour toi". »

Il y a une image qui nous a plus marqué que d’autres dans ce que nous ont raconté ses anciens joueurs. Plutôt que le dictateur, Allagui préfère celle du professeur. « C’est un vrai caractère mais c’est aussi quelqu’un de très droit. Il a une certaine aura, quand il rentre dans un vestiaire, ça fait un peu comme un prof qui rentre dans une classe et que le silence se fait. »

« On a vu à qui on avait affaire »

Et parfois, ça pète. Tuchel version Mugabe, c’est ça. Allagui, encore : « Miroslav Karan, un Slovaque, qui avait longtemps été capitaine mais qui jouait beaucoup moins avec Tuchel, avait donné une interview dans la presse pour se plaindre. Le lendemain, quand on est entrés dans les vestiaires, il y avait une feuille de papier posée sur la table avec des noms écrits dessus. Il lui a demandé ce que c’était selon lui. Miroslav lui répond qu’il ne sait pas, que ça ressemble à une compo d’équipe, et il lui a dit : "non, ça c’est la liste de tous les joueurs qui ont moins joué que toi cette saison et qui pour autant n’ouvrent pas leur gueule dans la presse pour se plaindre". On a tous été surpris par cet épisode, ça nous a montré le caractère très fort de Thomas Tuchel. On a vu à qui on avait affaire. »

Alors évidemment, transposer le modèle Tuchel au PSG, vu d’ici, ça fait un peu drôle. Si on voit bien l’idée de prendre un mec droit comme la justice pour dresser la frivole jeunesse parisienne, on a surtout peur qu’il foute le feu au vestiaire après une jérémiade de Neymar, une chialade de Thiago Silva où une chichade de Rabiot.

« Il prend tout le monde de la même façon, il s’en fiche qu’un joueur vienne de tel ou tel club, assure Bancé. Quand tu arrives, tu fais partie d’un tout, il cherche à créer un vrai groupe, il ne veut pas s’appuyer sur le boulot de deux ou trois joueurs. Il ne va pas regarder le statut de la personne à qui il s’adresse, que ce soit Neymar, Cavani ou Rabiot, peu importe. »

Alligui confirme et conclut : « A un degré moindre, il y avait aussi des stars à Dortmund et ça ne l’a pas empêché de rester le même, de dire les choses quand il fallait les dire. Ça m’étonnerait qu’il change sa manière de faire au PSG. Mais je pense que ça peut très bien fonctionner à Paris car, à partir du moment où les joueurs comprennent que l’exigence qu’il exige d’eux au quotidien n’a qu’un seul but : en faire la meilleure équipe possible, qui prend du plaisir à jouer au foot et qui gagne, alors ils peuvent faire de grandes choses. »

Wir können nicht warten (allemand LV1 mon pote).