ASSE: Fumigènes, interdictions parfois «absurdes»… Pourquoi les supporters stéphanois sont-ils «dans l’œil du cyclone»?

FOOTBALL Les groupes de supporters de l’ASSE, qui seront au Parc des Princes ce vendredi (20h45), sont ceux qui subissent le plus d’interdictions de déplacement et de huis clos en France…

Jérémy Laugier

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Les supporters stéphanois, ici face à Lille lors du dernier match de Ligue 1 de la saison passée.
Les supporters stéphanois, ici face à Lille lors du dernier match de Ligue 1 de la saison passée. — JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP
  • L’ASSE, qui reste sur deux matchs à huis clos partiel dans le Chaudron, pourra compter pour la première fois depuis la saison 2012-2013 sur ses supporters pour le choc contre le PSG, ce vendredi (20h45) à Paris.
  • 20 Minutes se penche sur la récurrence des sanctions de la commission de discipline et des arrêtés préfectoraux concernant le peuple vert.

Pour la première fois depuis le 3 novembre 2012 (et un surprenant succès 1-2), des supporters stéphanois seront présents dans le parcage visiteurs au Parc des Princes ce vendredi (20h45). Convaincus par des billets vendus par le PSG un peu moins cher que les saisons précédentes et par la possibilité de faire à nouveau entrer mégaphones et bâches, ils pourraient être près de 300 à défier le public parisien.

Depuis de longs mois, ces fans des Verts ont beaucoup de mal à assister aux matchs de leur équipe de cœur. A commencer par les rencontres dans le Chaudron, où la saison a repris avec deux rencontres à huis clos partiel, à savoir une suspension des deux kops contre Guingamp puis du kop nord face à Amiens.

L’ASSE a été privée de cinq déplacements en 2017-2018

Contactée par 20 Minutes, l'Association nationale des supporters (ANS) nous apprend même que les Stéphanois ont été interdits de déplacements à cinq reprises en 2017-2018 à la suite d’arrêtés préfectoraux, soit plus que tout autre club de L1 (trois pour l’OM et Bordeaux, deux pour l’OL). De même, seule l’ASSE a eu ses deux kops fermés à trois reprises la saison passée. Finalement, le peuple vert ne symbolise-t-il pas plus que tout autre club les galères des supporters en France ?

« La spécificité de l’ASSE est d’avoir l’un des plus importants contingents de supporters en France et de se déplacer en nombre partout, indique Nicolas Hourcade, sociologue spécialiste des supporters de football. Ils mobilisent donc forcément beaucoup de forces de l’ordre. Et s’ils sont dans l’œil du cyclone auprès de la LFP et des préfectures, c’est surtout lié à leur importante utilisation de fumigènes. Cette pyrotechnie régulière joue sur les sanctions de la Ligue. »

« Les pétards sont en fait beaucoup plus dangereux que les fumigènes »

Une problématique pyrotechnique essentielle dans la culture ultra qui « empoisonne le football français » selon Régis Juanico, député Nouvelle Gauche. « Travaillons sur des solutions alternatives, avec des fumigènes moins dangereux ne montant pas au-dessus de 700 degrés, insiste le conseiller départemental de la Loire. De même, on pourrait préserver un certain nombre de sites dans le stade pour en allumer en toute sécurité. » Un groupe de travail du ministère des Sports va justement se pencher sur ces éventualités en décembre.

« Il est intéressant de noter que les fumigènes illustrent des articles à la fois sur les ambiances festives dans les stades et sur la violence qui peut s’y produire, remarque Nicolas Hourcade. Les pétards sont en fait beaucoup plus dangereux et causent de plus graves blessures que les fumigènes. »

Le festival de craquages de fumis au stade Geoffroy-Guichard, en mai, avait incité la commission de discipline à sanctionner l'ASSE de deux matchs à huis clos partiel.
Le festival de craquages de fumis au stade Geoffroy-Guichard, en mai, avait incité la commission de discipline à sanctionner l'ASSE de deux matchs à huis clos partiel. - JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP

Quand un Monaco-ASSE « atteint des sommets d’absurde »

Parmi les épisodes les plus improbables vécus par les fans de l’ASSE ces derniers mois, l’arrêté ministériel de la Principauté de Monaco pour la rencontre ASM-Sainté du 12 mai « a atteint des sommets d’absurde », selon Nicolas Hourcade. Mettant notamment en avant l’organisation du Grand Prix Historique, celui-ci interdisait tout déplacement du peuple vert sur le Rocher.

Régis Juanico n’a pas manqué d'interpeller le ministère de l’Intérieur sur les moyens publics « disproportionnés » déployés (80 forces de l’ordre), de Menton à Vintimille (Italie), pour empêcher les 200 supporters des Verts ayant bravé cet arrêté d’accéder au stade Louis II. La réponse, qui date du 4 septembre, pointe étrangement… « un fort antagonisme entre les supporters des deux clubs ». « C’est une réponse à côté de la plaque, c’en est dramatique, soupire Régis Juanico. Ça montre bien que les arrêtés sont pris sur des considérations très floues. »

L’arrivée d’un référent supporters à l’ASSE pourrait « rassurer les préfectures »

Et si ce Monaco-ASSE symbolisait un tournant pour les droits des supporters en France ? « Cet épisode a en tout cas marqué les esprits car il a montré aux pouvoirs publics que des supporters pouvaient se déplacer sans provoquer le moindre débordement, et ce même en se voyant refuser l’accès au stade », souligne Pierre Barthélémy, avocat défend notamment les intérêts de l’Association nationale des supporters.

Si bien que nos différents interlocuteurs évoquent désormais « une dynamique plutôt positive », avec « plus de dialogue entre les différents acteurs », la création de l’instance nationale du supportérisme et l’expérimentation des tribunes debout à Sochaux, Lens, Amiens… et Saint-Étienne. De même, l’arrivée d’un référent supporters à l’ASSE (Florian Merle, supporter liaison officer-SLO) depuis quatre mois « est de nature à rassurer les préfectures », assure Pierre Barthélémy.

« Ce ne sont pas des hordes sauvages »

Nicolas Hourcade résume cette « période charnière » en ciblant les contours clés de cette nouvelle saison de Ligue 1.

« Augmenter l’affluence dans les stades est un enjeu crucial pour le football français. Dès qu’un match oppose deux équipes rivales, l’interdiction des supporters visiteurs sera-t-elle automatique ? Ou parviendra-t-on à organiser un déplacement en le préparant avec les clubs et les supporters concernés ? Les fans visiteurs forment en général de petits groupes qu’on doit être capable d’encadrer. A quelques rares exceptions près, ce ne sont pas des hordes sauvages. »

Et si le chant systématiquement entonné par les Magic Fans stéphanois, « Liberté pour les ultras », trouvait un début d'écho cette année ?