Fails du mercato (3/5): Beckham, Tevez, Pato, l’hiver maudit des fausses annonces au PSG

FOOTBALL En un seul mercato, la presse française a annoncé l’arrivée certaines de trois stars, sans qu’aucune ne se fasse réellement…

B.V.

— 

L'hiver crade du PSG, comme le montage de 20 Minutes
L'hiver crade du PSG, comme le montage de 20 Minutes — Montage 20 Minutes

Puisque la saison est terminée et qu’il ne reste plus que le mercato pour parler foot, 20 Minutes a décidé de profiter de ce « temps mort » pour vous offrir une petite série d’été d’une semaine sur les vrais-faux transferts du mercato. Ceux qui ont foiré, ceux qui ne se sont jamais faits pour telle ou telle raison.

Aujourd’hui troisième épisode : Quand Beckham, Tevez et Pato ont faussement été annoncés au PSG à l’hiver 2011-12

Rou-rrrrrouuuu. Vous reconnaissez ce chant ? C’est celui du pigeon de service. Nous sommes en décembre 2011, le PSG est le nouveau trop riche du football mondial et tout le monde se voit bien faire du pognon sur son dos. En même temps c’est le jeu : quelques mois plus tôt, pour leur premier mercato à la tête du club parisien, les Qataris arrosent de billets toute l’Europe, dont 42 millions (!) pour le sympathique Javier Pastore.

Autant dire que n’importe quel clampin ayant un jour enfilé des crampons est annoncé à Paris cet hiver-là : soit parce qu’effectivement le PSG de Leonardo est dessus, soit parce qu’un agent compte se servir d’un pseudo-intérêt de Paris pour obtenir un nouveau contrat à son joueur, soit parce qu’un club veut faire monter les enchères. Et dans ce grand jeu de mercato-n’importe-quoi, la presse française va annoncer avec quasi-certitude la venue de trois grands noms du football à quelques jours d’intervalle : Beckham, Tevez et Pato.

>> A lire aussi : EN DIRECT. Mercato: Mangala sur les tablettes de Lyon... Une nouvelle pépite à Monaco... Suivez ce live avec nous

Sauf qu’aucun ne signera vraiment au PSG. Enfin si, David Beckham, mais un an plus tard. L’idée n’est pas de s’en prendre à la presse spécialisée dans le mercato, dont le travail ingrat remplit le vide de nos vacances, mais plutôt de comprendre comment Paris est passé pour une buse cet hiver-là.

Le PSG s’emballe

Commençons par l’Anglais. Parce que c’est le plus connu, mais aussi parce que c’est le premier de notre trio à être annoncé à Paris. Et pas qu’à moitié : le 21 décembre 2011, à dix jours de l’ouverture du mercato, l’Equipe fait claquer une Une gigantesque titrée « Il arrive ». Le Parisien égalise avec son « Beckham à Paris : Il a dit oui ». Un contrat d’un an et demi l’attend au Parc des Princes.

Les Unes des journaux Parisiens avant Beckham
Les Unes des journaux Parisiens avant Beckham - Capture d'écran PSG

Depuis une interview où Leonardo évoque à la BBC son intérêt pour le « Spice Boy », cela fait trois mois que les journalistes couvrant le PSG pour ces deux quotidiens sont sur l’affaire. Des sources en interne comme dans l’entourage du joueur confirment l’intérêt commun. A tel point que tout le monde se met à y croire : club, médias, supporters.

Un des journalistes sur le coup se souvient :

Le PSG était à fond et Beckham lui a donné envie d’y croire. Paris s’est mis en situation de penser que c’était fait et lui a déroulé le tapis rouge ".

Oui, mais non. La situation traîne quelques jours avant que finalement, le 2 janvier 2012,Leonardo assure que le joueur des Los Angeles Galaxy « ne viendra pas » et remballe du coup son tapis rouge. Un retournement de dernière seconde ? « Pas vraiment, poursuit notre journaliste. Il semble plutôt que Beckham n’ait jamais vraiment pensé à venir dès cette année-là et que le PSG ait exagéré l’intérêt du joueur ».

En effet, jamais le joueur n’a donné le moindre accord au PSG. Lui voyait plutôt Paris comme l’occasion de finir sa carrière par une petite pige en Europe (ce qu’il fera l’année d’après), mais ne s’y imaginait pas sur un si long terme. Surtout qu’à l’époque, on parle quand même d’envoyer des centres à Hoarau et Erding devant. Et puis, il était impensable pour ses multiples business qu’il devienne résident fiscal français. Bref, dans cette histoire, le club s’est enflammé et a entraîné certains médias avec lui.

Quand l’AFP annonce Tevez et Pato

Rebelote quelques jours plus tard. Alors que Leonardo vient de boucler l’arrivée de Maxwell, l’AFP claque le 12 janvier à 16h13 un urgent « Paris SG et Milan sont d’accord pour le transfert de Pato ». Même dispositif cinq jours plus tard, un autre urgent évoque « un accord entre Paris et Manchester City pour le transfert de Tevez ».

Capture d'écran du site de 20 Minutes.fr le 12 janvier 2012
Capture d'écran du site de 20 Minutes.fr le 12 janvier 2012 - Capture d'écran 20 minutes

Dans le milieu journalistique, un urgent de l’AFP, c’est du solide. Le genre d’information que les médias français reprennent sans sourciller. Sauf que ce coup-ci, c’est raté. Ni le Brésilien ni l’Argentin ne signeront à Paris. Si la piste Pato était visiblement très chaude autour d’un transfert à 35 briques, elle a été refroidie d’un coup par le propriétaire de Milan, Silvio Berlusconi, qui voulait garder son joyau.

« Le PSG avait contacté mon agent et m’avait offert un contrat pour signer là-bas. Il y avait bien un contrat sur la table. Je voulais en parler avec ma famille et mon agent. Un jour après, Silvio Berlusconi m’appelle et me dit que je dois rester à Milan », expliquait l’attaquant brésilien au Telegraph l’an passé.

Pour Tevez, c’est moins évident. Dans sa dépêche, l’AFP parle d’un accord entre son club de Manchester City et Paris « sous réserve de l’accord du joueur », avant de nuancer en « incertitudes sur le transfert » trois heures plus tard sous le poids d’un démenti cinglant du club anglais.

>> A lire aussi : Real Madrid: Ronaldo est «beaucoup plus puissant et plus important que tous ceux qui sont ici»

Un journaliste suiveur du PSG précise d’ailleurs qu’à aucun moment Carlos Tevez n’avait envisagé le PSG comme un point de chute crédible (Hoarau – Erding en pointe, souvenez-vous).C’est même par politesse envers Carlo Ancelotti, fraîchement nommé entraîneur de Paris, que son agent se serait déplacé à Paris.

Certaines rumeurs assurent que City, sous pavillon émirati, s’était servi des « voisins » qatariens de Paris pour faire monter les enchères. Peu importe : l’AFP est alors vertement critiquée et aujourd’hui encore, plusieurs journalistes de l’agence refusent de parler de cette histoire sensible.

Leonardo et Ancelotti évoquaient régulièrement ces deux joueurs, il y avait donc effectivement quelque chose et peut-être que Paris a aussi servi aux agents pour avancer ailleurs, avance-t-on du côté de l’agence. Nos dépêches annonce un accord, pas un transfert. Mais comme on est l’AFP et que l’AFP n’annonce que des trucs sûrs, c’était sûr pour tout le monde. Du coup, on en a pris plein la gueule. Sur l’Equipe ou Foot-Mercato, ce serait passé.

La conclusion, c’est que Paris n’a pas fait signer de grande star lors de ce mercato-là. Un mois après ces échecs, Nasser Al-Khelaifi a pourtant un peu réécrit l’histoire en affirmant que « les trois joueurs voulaient venir au PSG ». Et quand le président parisien a enfin réussi à attirer de la star à Paname l’année suivante (Ibrahimovic, Thiago Silva et donc Beckham), la presse mercato s’est montrée plus prudente. « On a tous été refroidis par ces histoires », termine l’un de nos témoins. Sauf le PSG.

>> Pour relire l'épisode 1: Fails du mercato (1/5): Le vrai-faux transfert dinguo d'Hakan Yakin au PSG

>> Pour relire l'épisode 2 : Fails du mercato (2/5): De Tapie à une chambre d'hôtel marseillais, le transfert foiré de Mario Jardel à l'OM

Demain : quand Adriano a été présenté sur la pelouse du Havre (mais n’y a jamais joué)