Fails du mercato (2/5): De Tapie à une chambre d'hôtel marseillais, le transfert foiré de Mario Jardel à l'OM

FOOTBALL Mario Jardel est devenu une légende vivante du mercato français...

William Pereira
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Jardel à l'OM, ou presque
Jardel à l'OM, ou presque — SIPA

Puisque la saison est terminée et qu’il ne reste plus que le mercato pour parler foot, 20 Minutes a décidé de profiter de ce « temps mort » pour vous offrir une petite série d’été d’une semaine sur les vrais-faux transferts du mercato. Ceux qui ont foiré, ceux qui ne se sont jamais faits pour telle ou telle raison.

 

Aujourd’hui deuxième épisode : le transfert foiré de Jardel à l’OM.

Eté 2001. Le soleil rayonne sur la Canebière, un peu moins sur le Vélodrome. L’Olympique de Marseille sort de deux saisons indignes de son rang au point de faire passer Michel Gonzalez pour José Mourinho : deux 15e places. A une époque où le championnat de France se jouait à 18, on parle de deux saisons terminées dans la position du premier non-relégable. Loin, très loin de l’OM Champions project de 2017. Pour redresser cette situation cataclysmique, Robert-Louis Dreyfus appelle Bernard Tapie en renfort au printemps 2001 et le charge de s’occuper de toute la partie sportive du club. Pour Harold Marchetti, journaliste au Parisien et spécialiste mercato pour le quotidien à l’époque, le projet Tapie 2 ressemble plus à un projet de recrutement façon Fifa 17 qu’à une vraie stratégie sportive.

« Dès qu’il arrive, le grand n’importe quoi commence. Je me souviens à l’époque que le pauvre Tomislav Ivic, entraîneur de l’équipe, ne comprenait rien à ce qui était en train de lui arriver. Des mecs débarquaient dans tous les sens. Alors oui, il y avait des gars qui ont fait carrière comme Van Buyten par exemple, mais aussi des mystères comme Cyril Rool. »

Dans la catégorie « bon coup », l’homme d’affaires a une idée qui va faire rêver les fans phocéens le temps d’un mercato estival : recruter la machine à planter des cacahuètes du Galatasaray, Mario Jardel. « Il y avait une volonté de l’OM de recruter une star. L’impact sportif mais aussi sur les abonnements aurait été réel », analyse Marchetti. Sauf que le Brésilien ne viendra jamais et cet échec entrera dans la postérité. Aujourd’hui, quand un joueur ne signe pas à l’OM, on dit qu’il fait une Jardel.

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Mario qui ?

On parle là d’un temps que les moins de 20 ans peuvent difficilement connaître, à moins d’avoir une culture foot très solide. Mario Jardel est, à la fin des années 1990, l’un des meilleurs buteurs des championnats européens. Pendant cinq grosses années, il tient la dragée haute à des buteurs de classe mondiale comme Ronaldo (l’ancien), Henrik Larsson ou encore Roy Makaay dans la course au soulier d’or, qu’il remportera d’ailleurs deux fois. Pour Harold Marchetti, c’était « un peu le Lewandowski de l’époque ». Avec moins de technique mais un meilleur jeu de tête. On lui prêtait une détente verticale d’1m20. « Au Sporting, c’était le seul à battre Cristiano Ronaldo sur les jeux qu’on faisait pour travailler l’habileté de la tête », nous illustrait même Lazlo Boloni il y a quelques années.

Montage financier et agent mystérieux

Retour à nos moutons. On est en juin 2001 quand Super Mario prend connaissance de l’intérêt de l’OM. Il sort d’une très bonne saison à 34 buts avec le Galatasaray mais ne s’acclimate pas forcément à la vie turque. Trop d’ébullition, trop de pression. « Le projet de l’OM vu de l’extérieur fait rêver les joueurs, d’autant qu’en face il n’y a pas de grand PSG comme aujourd’hui », précise le journaliste du Parisien. Bref, Jardel est vraiment intéressé. Voilà ce qu’il disait à nos confrères de Foot Mercato en 2010.

Je regrette beaucoup, sincèrement. J’aurais beaucoup aimé jouer en France à Marseille. À l’époque, je disputais la Copa America avec la Seleção et je n’avais pas pu signer le contrat. Il y a eu quelques problèmes avec certains agents.

 

On a essayé d’en savoir plus sur cette histoire d’agents auprès de Jardel, désormais député de Porto Alegre. Sans réponse, malgré les petits « check bleus » sur Whats App. Après quelques recherches, on est tombés sur José Veiga, une sorte de Jorge Mendes à l’ancienne. Outre Jardel, le Portugais a géré des grands noms comme Zinédine Zidane ou Luis Figo. On lui prête une grande amitié avec Bernard Tapie mais aussi le président congolais Sassou Nguesso. Là encore, impossible de retrouver l’ex-agent, condamné à de multiples reprises dans des histoires pas nettes.

Quand Jardel était enfermé dans une chambre d’hôtel à Marseille

Harold Marchetti ajoute un « r » au problème de l’agent : l’argent, donc. « L’idée de Tapie était de financer le transfert de Jardel en faisant un montage financier avec Sport Five [agence de marketing sportif de Lagardère France] », précise-t-il. L’idée tient la route et le transfert semble bien parti pour se faire. Mais l’histoire traîne en longueur, notamment parce que la Seleção refuse que Jardel quitte le regroupement pour aller signer son contrat. « A ce moment-là, la piste est vraiment crédible », insiste Marchetti.

Capture d'écran du faux-transfert de Jardel
Capture d'écran du faux-transfert de Jardel - Capture

Plus crédible qu’à la fin du mercato, quand toute la presse s’emballe. Entre les premières rumeurs et le 20 août, des attaquants comme Dill et Fernandao débarquent sur la Canebière. Si on ajoute à cela le fait que Bakayoko n’est finalement jamais parti, on devine assez aisément que la piste Jardel n’est plus autant d’actualité qu’elle ne l’a été deux mois auparavant. Paradoxal, quand on sait que c’est en août que Jardel réussit enfin à poser un pied sur le sol phocéen. José Anigo :

« Je n’étais pas encore chez les séniors, mais la seule chose que je sais sur Jardel c’est qu’ils l’ont caché dans l’hôtel le Petit Nice à Marseille, en attendant que ça se fasse. »

Comprendre : on isole le bonhomme avec un ou deux gardes du corps aux alentours de sa chambre d’hôtel pour qu’il ne signe nulle part ailleurs. On n’est pas loin du numéro de cirque, qui plus est totalement inutile, car le montage financier imaginé par Tapie avec Sport Five tombe à l’eau. Il n’y a plus d’argent pout acheter Mario Jardel. Ce qui nous amène donc au dernier mystère. Marchetti, toujours : « La question, c’est pourquoi Dreyfus n’a pas offert Mario Jardel à Bernard Tapie en guise de cadeau de bienvenue ? Il avait les moyens de l’acheter, de lui offrir un salaire et même une maison de rêve. »

Le meilleur joueur de tête du football moderne retournera finalement au Portugal, du côté du Sporting, où il plantera 42 buts en une seule saison et remportera son second Soulier d’Or. Et l’OM, dans tout ça ? Neuvième du championnat de France, dans l’anonymat le plus total. Avec seulement 34 buts marqués…

Demain : Beckham, Tevez, Pato, l’hiver cauchemardesque du PSG

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