Seville-Lyon: Sampaoli, l’homme qui utilise la PlayStation pour préparer son équipe

LIGUE DES CHAMPIONS L’entraîneur sévillan s’aide d’un logiciel qui lui permet de tester les réactions de ses joueurs sur console avant les matchs, comme celui qui aura lieu ce soir à 20 h 45…

Julien Laloye
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Jorge Sampaoli est le nouvel entrâineur du FC Séville.
Jorge Sampaoli est le nouvel entrâineur du FC Séville. — Bagu Blanco/BPI/Shutter/SIPA

De notre envoyé spécial à Séville,

C’est le dernier totem de la camarilla sud-américaine à la mode . Jorge Sampaoli a bon sur toute la ligne, reconnaissons-lui ça. Il est Argentin, il fait gagner des équipes dont tout le monde se fout en jouant en 1-2-3-4-1 ou un truc obscur du genre, et il se prosterne devant une statue de Bielsa chaque soir avant d’aller se coucher. On ne plaisante pas, l’entraîneur de Séville l’explique dans le dernier So Foot, il fut un temps  



Dans cette interview fort enrichissante, le bonhomme nous vend même les anecdotes qui escorteront sa légende . Un jour, il monte aux arbres pour souffler ses consignes à son équipe (littéralement), un autre, il échappe par miracle à une descente de la junte militaire, et le septième, il écoute des discours du général Peron pour se donner la pêche.

Voilà pour la surface. Il faut gratter un peu pour tomber sur le genre de traits de génie qui font de Sampaoli un des grands penseurs du jeu actuel. , une fonction, faire bosser tactiquement ses joueurs en amont… comme s’ils jouaient à PES. On vulgarise, mais c’est l’idée. A l’origine, Matias Manna, un type un peu spécial qui criait son amour pour Guardiola avant tout le monde  .

La révélation lui tombe dessus lors d’une rencontre avec un inventeur de jeux vidéos à Rosario. « J’avais remarqué lors d’expériences en club que les joueurs décrochaient rapidement quand l’entraîneur faisait ses causeries sur et expliquait sa mise en place tactique sur le fameux tableau blanc. Je me suis toujours demandé ce qu’ils en retenaient au final. D’où l’idée de changer de modèle de communication pour que les consignes soient vraiment intégrées. »

Le raisonnement est simple. Les joueurs passent leur temps à jouer à Fifa ? Il suffit d’inventer un « jeu » équivalent qui prenne en compte les préoccupations tactiques de l’entraîneur et qui amuse ses troupes. Sampaoli est séduit et embauche Manna comme analyste vidéo.  se voit chargée de la réalisation avec le budget qui va avec (550 000 euros). « Les graphismes sont beaucoup plus grossiers qu’un jeu de foot traditionnel, explique David, qui a supervisé le projet. On nous a demandé de privilégier l’intelligence des comportements et la variété des options sur le terrain. » Ensuite, c’est du cousu main. Mode d’emploi

  • Le staff observe l’adversaire et adapte ses caractéristiques sur le logiciel. Manna : « Si l’équipe d’en face joue en 4-3-3 avec deux ailiers qui ne défendent pas très bien, ce sera pris en compte dans le repli défensif »
  • Le joueur, à titre individuel, est briefé sur les particularités du bloc adverse sur l’écran. « On lance une partie et ça lui permet de se familiariser avec les mouvements et la disposition tactique de l’adversaire »
  • Enfin, le joueur prend la manette et s’exerce. « Ça lui permet d’anticiper son rôle lors de telle situation qui pourrait se produire lors du prochain match »

 

Sampaoli se tient juste derrière, prêt à interrompre la simulation si le joueur ne réagit pas comme il l’entend. « Au début, certains l’ont pris à la rigolade, mais au fur et à mesure, cette nouvelle interaction a fait en sorte que les joueurs se trompent avant le match et pas pendant. Surtout, cela nous permet de travailler sur la tactique avec des joueurs qui ne sont pas physiquement avec nous »,  lors d’un de ses rares apartés sur le sujet.



Vidal ou Medel, retenus jusqu’au dernier moment par leur club, avaient ainsi révisé leurs basiques sur Sandball avant de rejoindre le groupe chilien lors de la dernière Copa America, . Guardiola lui-même aurait conseillé à Sampaoli de déposer un brevet quand son collègue lui a montré le bébé en 2015. Peut-être a-t-il oublié, car le coach sévillan n’utilise plus Sandball depuis qu’il est arrivé en Andalousie. « On réfléchit à autre chose », élude Manna. Il est vrai aussi que ce jeu magique n’est pas indispensable pour comprendre   : dix derrière, Fekir devant, et Dieu pour tous. On a vite fait le tour.