Euro 2016: Payet, le tricard devenu superstar entre l’Albanie 2015 et l’Albanie 2016

FOOTBALL La star de ce début de compétition revient de très trèèèèèèèèèèèès loin en équipe de France…

Julien Laloye

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Dimitri Payet en larmes après le but vainqueur contre la Roumanie.
Dimitri Payet en larmes après le but vainqueur contre la Roumanie. — Frank Augstein/AP/SIPA

Le destin est taquin, quand on y pense. Il y a un an jour pour jour, Dimitri Payet sortait à la mi-temps d’un match amical affreux contre l’Albanie et on pensait bien ne plus le revoir avant un bail en équipe de France. Aujourd’hui, à deux jours de retrouver les Albanais à l'Euro 2016, c’est limite si on ne lui donnerait pas le Ballon d’Or d’office. Comment diable le garçon est-il revenu des enfers ? Retour sur un petit miracle.

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Albanie, 13 juin 2015 : le match qui a failli tout foutre l’air

Elbasan, l’an passé à la même époque. Déjà battue par la Belgique au Stade de France, l’équipe de France se rend en Albanie pour le dernier match amical d’une saison à rallonge. L’occasion pour les doublures comme Payet de se montrer. Le Réunionnais est d’ailleurs titularisé en numéro 10 derrière un trio Griezmann-Giroud-Lacazette pas dégueu du tout. Sauf qu’il fait une chaleur de bouc, que les Albanais sont remontés à bloc, et que les Bleus ont surtout envie de se la coller à Ibiza.

Résultat ? Une défaite 1-0 et une attitude pour le moins mollassonne de certains, dont Payet, sorti à la mi-temps.Derrière, Evra allume tout le monde. « Des gens vont dire que c’est parce qu’il faisait chaud, parce que c’était l’Albanie en face, mais c’est un manque de respect par rapport au maillot de l’équipe de France. Tu ne peux pas trouver des excuses comme ça. Il y a eu un manque d’investissement. Si le coach prend des décisions, il ne faudra pas venir pleurer ». Deschamps, lui, « ne veut fustiger personne mais analyser le match avec le recul ». Payet, remplacé à la mi-temps par Pogba, fait partie des joueurs visés.

Pendant le mercato d’été : la polémique de sa vente à l’OM

Fin juin, alors que l’OM a déjà laissé filer Ayew, Gignac, et Imbula,Labrune déchaîne les enfers en annonçant le départ de Payet ET en mettant tout sur le dos de l’intéressé. « Le joueur et son agent discutent avec West Ham et ils ont une proposition financière sur laquelle nous ne pouvons pas nous aligner. Maintenant qu’ils ont cette offre, ils veulent une augmentation considérable pour rester à l’OM. Cela représente, au total, 18 millions d’euros d’engagements pour. Il demande le plus gros salaire de l’histoire de l’OM. » S’ils ne tombent pas tous dans le panneau, certains supporters marseillais crient à la haute trahison. Payet ne se démonte pas et file chez le 12e de Premier League dans le scepticisme général.

Septembre 2015 : Interview à Canal où Payet dézingue Deschamps

Malgré un début de saison convaincant avec West Ham, le meilleur passeur du championnat de France précédent n’est pas convoqué par Deschamps pour les matchs amicaux de septembre. C’est le moment que Payet choisit pour se payer le sélectionneur dans une interview accordée à Pierre Menes.

 

LE MEILLEUR DU CFC - Interview de Dimitri Payet - version intégrale

 

« On a parlé lors des derniers rassemblements. Il m’a dit qu’en L1 on avait plus de temps que dans les autres championnats. Je finis meilleur passeur, là je pars en Angleterre, ça se passe bien. On gagne à Liverpool, je suis buteur contre Arsenal… Franchement, c’est difficile pour moi à encaisser de pas être appelé. J’ai l’impression que c’est plus compliqué pour certains que pour d’autres. J’ai du mal à comprendre ce que le sélectionneur attend vraiment de moi alors que je suis dans la meilleure période de ma carrière ».

La charge est d’autant plus violente que dire du mal d’un sélectionneur dans les médias sert assez peu souvent la cause de l’intéressé.. La réponse de DD est cinglante. « Les joueurs peuvent dire ce qu’ils veulent. Je ne vais pas m’épancher dans les médias pour leur répondre. Ce n’est pas le premier ni le dernier. Il est en stage, je discute avec lui et je lui dis ce que j’attends de lui sur le terrain. Après il comprend, il fait ou il ne fait pas. Il a le droit de ne pas comprendre, ce n’est pas mon problème à la limite. » A l’époque, l’idée de voir Payet à l’Euro ressemble à une utopie.

L’été indien en Angleterre : Dimitri fait un carton à West Ham

Ce n’était pas gagné au départ mais la symbiose entre le Français et son club londonien est totale, au point que Payet deviendra dès le début d’année 2016 le joueur le mieux payé de l’histoire du club. Les supporters, eux, l’ont adopté dès l’automne : la fameuse chanson we’ve got Payet est entonnée pour la première fois après un déplacement à Crystal Palace en octobre

En VO, ça donne ça : "We’ve got payet, Dimitri payet. I just don’t think you understand. He’s super Slaven’s man. He’s better than Zidane. We’ve got Dimitri Payet".

Dans l’Equipe de dimanche, son coach Slaven Bilic explique assez simplement cette adaptation parfaite : «  Ce qui a été crucial, c’est son travail sur le terrain. Ses équipiers ont vu qu’ils ne s’occupaient pas que de la balle mais qu’il faisait aussi le sale boulot. Ses équipiers se sont dit « Sil l’est pas capable de ça pour l’équipe on va le protéger ».

La discussion avant les Pays-Bas au printemps

Un mois avant la liste des derniers amicaux avant l’Euro,Deschamps snobe encore Payet sur le plateau de Canal : « Il a des statistiques très intéressantes, mais à gauche, j’ai du monde aussi. La concurrence s’appelle Griezmann, Martial, Valbuena ou même Ben Arfa, Coman et Fekir ». Pourtant, à la surprise générale, DD rappelle l’ancien lillois plutôt que Ben Arfa avant les Pays-Bas et la Russie, fin mars.

Titulaire contre les Pays-Bas, Payet perd ses trois premiers ballons mais il ne plonge pas. Au contraire, sa deuxième mi-temps est assez formidable, même s’il n’est pas directement décisif (une frappe sur le poteau). C’est son meilleur match en sélection, et le garçon l’associe à sa discussion avec le sélectionneur plus tôt dans la semaine. « On a discuté oui, évidemment. Il m’a dit ce qu’il attendait de moi et je lui ai dit qu’il fallait qu’on se dise les choses. On se les est dites. Et ça a eu l’effet d’un déclic sur mon match contre les Pays-Bas. Il n’y a jamais eu de malaise entre nous ».

Le coup franc contre la Russie au Stade de France

Le tournant de la carrière internationale de Payet a lieu le 27 mars à Saint-Denis. Enfin, le premier tournant avant cette superbe frappe contre la Roumanie. Remplaçant après les Pays-Bas, le meneur des Hammers entre en jeu face aux Russes dans une atmosphère pleine d’enthousiasme. Sur son premier ballon, ou son deuxième,il expédie un coup franc mémorable en lucarne. Son talent sur coup de pied arrêté saute à la figure : en l’absence de Valbuena, le seul à savoir tirer un coup franc lointain à peu près correctement, c’est une qualité qui le rend d’un seul coup indispensable à l’équipe de France.

« J’ai une préférence pour mon coup franc contre la Russie avec la sélection, dira d’ailleurs l’intéressé après coup quand on lui demandera quel est son plus beau but de la saison. Déjà parce que c’était un jour particulier pour moi, c’était mon anniversaire. Et aussi parce que c’était celui où j’étais le plus loin. Pour moi, c’est le plus beau ». Le fiston est d’accord. Si la France n’était pas encore totalement amoureuse de Dimitri Payet, Noah, son petit garçon de 8 ans, s’est chargé de convaincre les derniers sceptiques : « mon papa, il tire les plus beaux coups francs du monde ». Il n’est pas non plus en frappe du gauche.