Euro 2016: Un tabloïd anglais traque une prostituée marseillaise

FOOTBALL Alors que 70.000 supporters britanniques sont attendus pour le match contre la Russie, samedi...

C.L.
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Une prostituée dans son camion, à Lyon en 2012
Une prostituée dans son camion, à Lyon en 2012 — PHILIPPE DESMAZES / AFP

De notre envoyée spéciale à Marseille

« Je savais que c’était louche ». Quand on montre l’article du tabloïd à Aline*, les souvenirs remontent instantanément. L’homme, anglais mais « qui parlait très bien français », qui l’a approché et l’autre, « caché dans le coffre », qu’elle a cru apercevoir. Le premier s’est fait passer pour un client, venant d’un côté puis de l’autre de son camion, pour mieux laisser le loisir au second de la photographier.

Sosie d’héroïne de télé

C’est qu’Aline aurait, selon le tabloïd, une troublante ressemblance avec une héroïne de soap britannique, « un des personnages de télévision les plus célèbres outre-manche », argue l’auteur de l’article, interrogé par 20 Minutes. A la demande de la concernée, nous ne vous dirons pas quel programme télévisé est concerné, ni ne donnerons d’éléments permettant de la localiser.

Installée au volant dans sa robe cyan, la travailleuse du sexe est perplexe. Elle n’a pas la télé, n’a jamais entendu parler de la série, inconnue en France. Aline tourne et retourne le smartphone (le nôtre) sur lequel défilent des photos de son soi-disant sosie. « Je trouve pas que c’est flagrant », lâche-t-elle finalement, dans une moue dubitative.

Dans son papier, pourtant, le journaliste présage que les 70.000 Anglais attendus à Marseille avant leur entrée en jeu contre la Russie, samedi, pourraient se laisser tenter. « Il est venu un soir, il y a une semaine, me demandant si je ferai un prix aux Anglais, raconte Aline, agacée. Je lui ai dit que non. Pour moi, Anglais, Turcs ou Français, c’est le même prix. Puis il est revenu le lendemain et m’a donné 30 euros, sans rien vouloir en échange. Trop timide, il m’a dit ».

A deux pas du Vélodrome

Au bar irlandais qui jouxte la rue où est stationné son van, on connaît bien Aline. « Elle est là depuis des années, nous dit une serveuse, la main droite sur la tireuse à bière. Au début j’ai cru qu’elle vivait dans son camion. Puis mes collègues m’ont dit que c’était une "dame de joie" ».

Cette fin d’après-midi là, au comptoir, l’ambiance tient plus de l’after-work que de la beuverie de supporters. Le rush de l’Euro devrait débouler en fin de semaine, avec son lot de Britanniques assoiffés. D’autant que le zinc trône à quelques encablures du Stade Vélodrome. « Je ne veux surtout pas qu’elle soit embêtée », s’inquiète la jeune femme.

« S’il a le culot de revenir… »

Dans un communiqué publié fin avril le Haut Conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes, alertait de l’arrivée de centaines de milliers de supporters, « hommes en vacances, sans leur famille ». L’instance consultative craint la consommation de masse et les « violences machistes », « lorsque faire la fête légitime tous les débordements. »

Aline, elle, est confiante. Les clients font les malins entre potes, mais « une fois devant moi, ils sont bien trop timides », assure-t-elle, ses yeux largement encadrés de khôl noir. Le journaliste, lui, est prévenu. « Dans ma vie privée, personne ne sait ce que je fais, s’il a le culot de revenir, prévient-elle, moi aussi je vais le prendre en photo. » Dans l’article en question, le visage d’Aline est affiché en gros plan. Celui du journaliste, qui risque une amende de 3.500 euros depuis l’adoption de la pénalisation du client, est flouté.

*Le prénom a été changé