Euro 2016: «Il y a des gens qui n'aiment pas l'équipe de France», assure Didier Deschamps

INTERVIEW Le sélectionneur des Bleus refuse de parler des propos de Benzema, mais note le climat étrange autour de l'équipe nationale...

Propos recueillis par l'AFP

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Didier Deschamps, le sélectionneur de l'équipe de France, à Clairefontaine le 26 mai 2016.
Didier Deschamps, le sélectionneur de l'équipe de France, à Clairefontaine le 26 mai 2016. — J.E.E/SIPA

«Il y a des gens qui n'aiment pas l'équipe de France», a déclaré jeudi à l'AFP le sélectionneur Didier Deschamps, soulignant qu'il y a «l'union sacrée quand il y a une équipe qui gagne». Le technicien a en revanche refusé de répondre à Karim Benzema, qui a déclaré mercredi que sa non-sélection pour l'Euro était dûe à la «pression d'une certaine partie raciste du pays».

Quelle est votre réaction aux déclarations de Karim Benzema ?

Je n'ai pas de réaction. Je ne veux pas rentrer dans ce débat, je ne suis pas là pour ça.

Ne vous sentez-vous pas trahi par un joueur que vous avez longtemps défendu et qui vous associe au racisme?

Je n'ai rien à dire là-dessus. Je suis concentré sur la compétition et ce qui nous attend.»

Le groupe n'est-il pas perturbé par cette énorme polémique?

Sincèrement non. Les joueurs sont heureux d'être là. Après, ils parlent entre eux, ils ont leur propre vision, leur propre analyse. Tous les joueurs sont soumis dans leurs clubs à des exigences de haut niveau et ils savent faire abstraction de ce qui se passe à côté.

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Les joueurs doivent quand même être au courant de l'ampleur qu'a prise cette affaire en France...

En ce qui me concerne, je ne regarde pas les télés, je ne lis rien, et je n'écoute rien. Comme ça, je suis tranquille. Après, je ne vais pas leur interdire parce que si je leur dis "ne le faites pas", ils le feront quand même. Ils peuvent en parler ou pas entre eux, c'est la vie du groupe. Mais moi, à aucun moment je n'ai à leur parler de ça et je ne leur parlerai pas de ça.

Au-delà des polémiques, il y a cette cascade de forfaits, notamment en défense. Globalement, vous attendiez-vous à une préparation aussi compliquée?

Non. On a eu des défections et en nombre. J'ai dû réagir par rapport à chaque situation. Évidemment que c'est embêtant mais j'ai 23 joueurs, j'ai confiance en eux et on va se battre. Ce que je retiens, et les joueurs aussi en sont conscients, c'est de voir la ferveur, le soutien populaire que l'on a vu à Biarritz, à Nantes ou à Clairefontaine. Cela fait plaisir et les joueurs ont besoin de ça.

Vous n'avez pas peur justement que les polémiques actuelles sur le racisme mettent à mal cette union sacrée que vous recherchez autour des Bleus?

Je ne sais pas si elle a existé un jour. Il y a l'union sacrée quand il y a une équipe qui gagne. Dans le succès, on aime tout le monde. Après il y a des débats divers et variés. Ce n'est pas mon rôle de rentrer là-dedans. Je prends vraiment beaucoup de recul, je sais pourquoi je suis là, avec mon staff et pour les joueurs. Après, il y a plus ou moins de perturbations, de tout temps d'ailleurs. Cela n'a jamais été un long fleuve tranquille. Mais depuis plusieurs mois, j'ai dû faire face à pas mal d'impondérables qu'il était difficile de prévoir. Aujourd'hui, il y a des gens qu n'aiment pas l'équipe de France et ils ne l'aimeront pas. On n'est pas là pour faire l'unanimité mais ceux qui sont là l'aiment et ont envie de vibrer et de la voir la plus performante possible.

Cette préparation compliquée change-t-elle l'objectif et sentez-vous votre équipe toujours aussi compétitive?

Elle reste compétitive. Après que ce soit embêtant de perdre des joueurs, bien évidemment. Mais bon, ce n'est pas pour ça qu'on doit commencer la compétition en se disant "on va faire de notre mieux". Non. On va tout faire pour aller le plus loin possible, garder l'ambition. Je ne me fixe pas d'objectif, mais quand on commence une compétition on a l'ambition d'aller le plus loin possible.

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Le gros chantier concerne la défense...

Vous étiez inquiets, il y a six mois, il y a un an. Cela ne change pas grand-chose. On a peu de temps. Après ce n'est pas que la défense ou que la charnière centrale. On a ce pouvoir de mettre des buts, de mettre l'adversaire en difficulté, quel qu'il soit. Quand ça coince un petit peu, on arrive à mettre un coup de booster pour faire la différence. Après le haut niveau, c'est bien défendre.

Le défenseur central des Bleus Adil Rami.
Le défenseur central des Bleus Adil Rami. - FRANCK FIFE / AFP

L'identité du compère de Laurent Koscielny en charnière est-elle claire à vos yeux?

Dans ma tête c'est clair. Après je ne veux pas communiquer.

Le match contre le Cameroun vous a-t-il conforté dans cette idée?

Cela m'a donné des enseignements. On a été en difficulté mais tant mieux. On a fait des erreurs individuellement, il y aussi des corrections collectives à faire aussi. Mais c'était un passage.

Avec les forfaits et les absences pour des raisons extra-sportives, cette équipe ne risque-t-elle pas de manquer de leaders?

Non. Je n'ai pas perdu tous les joueurs non plus. Certains ont de l'expérience, un vécu. Mais les jeunes sont là aussi pour tirer le groupe vers le haut.

Cela ne donne-t-il pas plus de responsabilités à Paul Pogba et à Antoine Griezmann?

Non. J'attends d'Antoine qu'il marque des buts et que Paul soit le plus performant dans le domaine créatif. Mais ils font partie d'un collectif. Ils ne sont pas là pour faire des choses extraordinaires. Ce n'est pas parce qu'ils ont fait une grande saison que je vais leur donner plus de responsabilités que celles qu'ils doivent avoir. L'Allemagne a été championne du monde mais il n'y avait pas de Zidane ou de Platini.

Vu le contexte actuel, n'y a-t-il pas plus de pression autour du match d'ouverture?

Il n'y a pas de pression. La pression, c'est négatif. Cela ne peut que faire déjouer. On va mordre à pleines dents. On s'est préparé, on connaît l'objectif depuis deux ans, mais il ne faut pas y aller avec le frein à main ou sur la pointe des pieds. On va se lâcher et aller au bout de nos idées. Ce premier match sera très important. Le gagner nous mettrait dans de meilleures dispositions.