Propos de Benzema: « L’équipe de France ne peut pas être le miroir parfait de la société »

ANALYSE L’attaquant du Real Madrid a relancé la polémique sur le racisme supposé du sélectionneur des Bleus…

V.V.

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L'équipe de France qui a disputé le match face au Cameroun, le 30 mai 2016.
L'équipe de France qui a disputé le match face au Cameroun, le 30 mai 2016. — FRANCK FIFE / AFP

Il y a quinze ans, elle était « black-blanc-beur » et championne d’Europe. A dix jours de l’ouverture du championnat d’Europe de football sur ses terres, l’équipe de France est-elle devenue un symbole du racisme ambiant ? Après Eric Cantona et Jamel Debouzze, Karim Benzema a remis, ce mercredi, une pièce dans la machine à polémique en assurant dans une interview que Didier Deschamps avait « cédé à une partie raciste de la France » en ne le sélectionnant pas dans son équipe.

>> Les faits : Benzema n’était « ni haineux ni rancunier », assure son intervieweur

Après la cascade de forfaits dans son effectif, le sélectionneur se serait volontiers passé de cette nouvelle saillie médiatique. La faute à un sport qui capte un peu trop la lumière ? « Le football, c’est le café du commerce, réagit William Gasparini, professeur de sociologie spécialisé dans le sport à l’université de Strasbourg (Bas-Rhin). Tout le monde s’imagine ce qu’il ferait à la place du sélectionneur. Et puis, surtout, ce sport est un lieu de visibilité pour les Français issus des immigrations. »

« Votre couleur de peau devient un souci d’intégration »

Ces derniers n’ont donc pas manqué de s’interroger quand ils ont appris les non-sélections de Karim Benzema puis d’Hatem Ben Arfa – oubliant au passage celle d’Adil Rami. « Il est difficile de se mettre dans la tête de Deschamps, réagit Louis-Georges Tin, président du Conseil représentatif des associations noires (Cran). Mais je remarque qu’il n’y a pas d’Arabes dans l’équipe. Karim Benzema aussi et il en vient à se poser des questions… »

Portent-elles sur ses origines ou sur ses démêlés avec la justice qui peuvent, à eux seuls, expliquer la décision du coach ? « Karim Benzema ne renie rien de ce qu’il est, martèle Alain Jakubowicz qui est à la fois son ancien avocat et le président de la Licra. Mais, regardez bien, c’est le seul joueur pour qui les médias sont allés jusqu’à fouiller dans la vie de ses amis. »

Et cela ne serait sans doute jamais arrivé pour Olivier Giroud ou Hugo Lloris, selon Louis-Georges Tin. « Etre noir ou arabe ne pose pas de problème pour être en équipe de France. Mais quand vous avez un souci comme celui de la sextape, votre couleur de peau ajoute un doute et devient un problème d’intégration. » Autrement dit, deux poids, deux mesures…

« L’équipe n’est quand même pas toute blanche »

William Gasparini n’adhère pas à la théorie. « L’équipe de France n’est quand même pas toute blanche. J’ai du mal à comprendre que l’on parle de racisme. » Un paradoxe que décrypte facilement Louis-Georges Tin. « C’est la conséquence du racisme social, poursuit le président du Cran. Les noirs et arabes pensent que beaucoup de métiers leur sont fermés. Ils investissent donc massivement les domaines du sport et de la musique. »

La lumière des projecteurs s’occupe du reste. Et les extrémistes de tout bord ne voient plus que ça. « Il y a des lobbys racistes décomplexés qui sévissent en France, assure ainsi Alain Jakubowicz. J’ai reçu des tonnes de lettres sur les origines de Benzema quand j’étais son avocat ! »

De quoi raviver la question des quotas pour lesquels militent certaines associations ? « Ce serait contre notre histoire, rappelle William Gasparini. Et puis, si l’on veut respecter l’histoire de l’immigration française, il faudrait alors des joueurs d’origine espagnole, italienne, portugaise, arménienne… L’équipe de France ne peut pas être le miroir parfait de la société. » Si elle pouvait gagner le championnat, ce serait déjà pas mal.