France-Brésil: A part Neymar, pourquoi les artistes brésiliens ont disparu?

FOOTBALL Hormis Neymar, aucun joueur de classe mondiale n’émerge en attaque...

Romain Baheux

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Les joueurs du Brésil à l'entraînement à Charlety le 23 mars 2015.
Les joueurs du Brésil à l'entraînement à Charlety le 23 mars 2015. — KENZO TRIBOUILLARD / AFP

Ils s'appelaient Ronaldo, Romario ou Rivaldo et faisaient rêver tous les gamins qui tentaient de dribbler leurs potes dans la cour de l'école. Désolé de casser l'ambiance et de décevoir les gosses mais les artistes de la Seleçao ont vécu. Hormis Neymar, le Brésil, opposé à l'équipe de France jeudi en amical (21h), ne produit plus ces joueurs offensifs de très haut niveau dont les passements de jambes arrachent des frissons. Explications.

Parce que les jeunes filent trop vite

Connaissez-vous Vitinho? Non et c'est normal. En 2013, ce milieu offensif, alors âgé de 19 ans, est transféré au CSKA Moscou après une bonne saison à Botafogo. Un an et demi plus tard, retour au pays après quelques bouts de matchs en Russie. Pas l'idéal pour favoriser l'éclosion d'un phénomène. «L'un des problèmes est l'accélération de la maturité des joueurs, soulignait récemment le sélectionneur national Dunga. A 17 ans, celui qui se distingue passe professionnel directement.»

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«La fuite des talents est importante, beaucoup de jeunes sont très vite détectés par des clubs européens», appuie Charles Camporro, ex-directeur sportif des Girondins et recruteur au Brésil. Plus exposés que les défenseurs, les joueurs offensifs partent plus rapidement en Europe où l'acclimatation demeure difficile. Arrivé au Barça après plus de 200 matchs de championnat brésilien, Neymar a eu le temps de s'affirmer avant de filer en Catalogne en 2013.

Parce que le football brésilien tue ses génies

Qui sont les meilleurs joueurs du Brésil aujourd'hui? Neymar, OK. Mais sinon? Thiago Silva et David Luiz, tandis que les grands espoirs se nomment Danilo et Marquinhos. Bref, que des défenseurs. Preuve du désert offensif, la pointe de l'attaque de la Seleçao au Stade de France sera occupée par le joueur d'Hoffenheim Firmino. Rien d'effrayant dans l'absolu. «C'est très difficile de trouver un avant-centre d'excellent niveau dans le championnat brésilien, souligne Charles Camporro. Les équipes ont adopté un style plus européen en passant en 4-4-2 avec deux récupérateurs, avec une stratégie plus défensive. Ça a entraîné la disparition des meneurs de jeu et ça a nui à leurs attaquants traditionnels qui ont dû se mettre à défendre. Romario, personne ne lui demandait de défendre...»

Parce que le Brésil ne sait pas exploiter son énorme réservoir

«On a toujours pensé que comme on avait beaucoup de talents, on allait réunir les meilleurs et finalement gagner.» Lâchée par un Juninho amer sur l'antenne de RMC, la phrase résume à peu près la gestion de la Seleçao. Peu regardante sur l'exil de ses éléments quitte à perdre un Diego Costa en route, la Confédération brésilienne de football paie ses lacunes en détection de talent. «Si on avait des résultats, c'est parce que nos joueurs étaient naturellement doués. Et entre-temps en Europe, tous les pays se sont organisés, ont investi dans la formation, mais aussi dans le jeu, la stratégie, la connaissance de l'adversaire et la tactique, soulignait mercredi l'ex-directeur sportif du PSG Leonardo dans les colonnes de L'Equipe. Nous, on est restés derrière avec une fédération qui n'a ni vision sportive ni vision administrative.»

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«Le talent est toujours là et il est énorme. On parle des grandes villes comme Rio ou Sao Paulo mais dans le Nordeste (région rurale et pauvre), on ne connaît même pas certains joueurs, renchérit Charles Camporro. S'il y avait une grande politique de formation dans ce pays, ça serait la folie.»