France-Brésil: Dunga s’en remet au joga mochito pour faire oublier le 7-1

FOOTBALL Déjà en poste entre 2006 et 2010, le sélectionneur auriverde tente de reconstruire une équipe traumatisée par la demi-finale de la dernière Coupe du monde…

Julien Laloye

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Dunga, lors de sa première liste en tant que nouveau sélectionneur du Brésil, le 19 août 2014.
Dunga, lors de sa première liste en tant que nouveau sélectionneur du Brésil, le 19 août 2014. — Silvia Izquierdo/AP/SIPA

La douleur s’estompe peu à peu, évidemment, mais le souvenir de l’humiliation est toujours là. «Il a fallu aider les joueurs à retrouver la confiance. Leur montrer à quel point ils sont bons. On a affaire à des êtres humains qui ont affronté un flot de critiques incroyables». Ces sages paroles sont de Dunga, l’homme qui a été choisi pour redonner au football brésilien sa fierté perdue après la fessée allemande du 9 juillet. Elles sont drôles, quelque part. Dunga, dit «le grincheux» - c’est vrai qu’il y a quelque chose - n’a jamais brillé par ses qualités de psychologue hors-pair. Ni par ses qualités de sélectionneur tout court.

Au pays, d’ailleurs, personne n’a compris qu’il succède à nouveau à Luiz Felipe Scolari l’été dernier. Enfin, personne à part lui. «C’était peut-être une surprise de la manière dont la fédération a tenu bon malgré l’opinion publique et la presse. Mais si on pense en termes de résultats, c’est un choix logique». Les résultats, on les connaît : champion du monde en 94 et finaliste en 98 en tant que joueur, vainqueur de la Copa America et de la Coupe des confédérations en tant que sélectionneur, avant une défaite frustrante – le Brésil avait roulé sur les Pays-Bas pendant une heure - en quarts de finale du mondial 2010. Propre. Non, le souci, c’est la méthode. Dunga entraîne comme il jouait et il en retire une certaine fierté, comme il l’a réitéré dans une interview donnée à O Globo avant les fêtes.

 «Le Brésil a une tradition de football offensif et entraînant. Mais cela fait référence à 1958. Aujourd’hui, c’est quoi le foot offensif? Empiler des attaquants, comme on le fait chez nous? La clé, c’est d’être en supériorité numérique quand on attaque mais aussi quand on défend. L’équipe doit être plus compétitive des deux côtés du terrain». S’il reste huit demi-finalistes du dernier mondial dans la liste des 23 contre la France,  la reprise en mains a été virile. Plus de brassard pour Thiago Silva, plus de Marcelo tout court, et plus de passe-droits, même pour un retard de rien du tout. Dunga a ressorti du placard à vieilleries la sainte trinité «éthique, hiérarchie, collectif».

Il faut dire que c’est le bon moment pour faire sa peau au joga bonito et l’enterrer bien profondément, au niveau de la croûte terrestre: hormis Neymar, et à un degré moindre, Coutinho, la source à génies s’est drôlement tarie ces dernières années. «Avant, nous avions des joueurs qui étaient des références en Europe. Aujourd'hui, personne ne sort du lot, mis à part Neymar, déplore Dunga. On n’a plus de joueurs capables de ralentir et de comprendre le jeu, de donner la cadence. Ça dérange de voir que le foot brésilien en est arrivé là». Il en est arrivé, par exemple et par dépit, à refaire de Kaka et de Robinho des internationaux. A ce train, peut-être va-t-on finir par revoir Fred, qui sait.