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« Quasiment pro depuis qu’il a 15 ans »… Aux origines du phénomène Paul Seixas

La Flèche Wallonne : « Il est quasiment pro depuis qu’il a 15 ans »… Aux origines du phénomène Paul Seixas

récitOn vous raconte les années dans les catégories jeunes du petit prodige Paul Seixas, engagé sur la Flèche Wallonne ce mercredi, avant de défier Tadej Pocar dimanche sur Liège-Bastogne-Liège
Nicolas Camus

Nicolas Camus

L'essentiel

  • Quelques jours après avoir remporté de main de maître le Tour du Pays basque, Paul Seixas est aligné au départ de la Flèche Wallonne ce mercredi, avec des ambitions évidemment toujours élevées.
  • Le nouveau phénomène du cyclisme français, 19 ans, épate tout le monde par ses résultats depuis son arrivée dans le peloton professionnel l’année dernière.
  • Et avant, c’était comment ? Pour mieux comprendre d’où vient celui que la France rêve de voir en successeur de Bernard Hinault au palmarès de la Grande Boucle, « 20 Minutes » est parti à la recherche de personnes qui l’ont vu courir chez les jeunes ou qui ont partagé ses courses.

«Mais d’où il vient celui-là ? » Cela fait quelques mois maintenant que la France du vélo – et pas seulement – reste bouche bée devant les performances d’un petit prodige qu’il est bien difficile de ne pas regarder comme l’Elu. Paul Seixas, 19 ans, a déboulé comme une balle dans le peloton professionnel. Il n’a rien fait pour qu’on évite de s’emballer l’année dernière, et encore, ça n’était qu’un échauffement avant cette année 2026 qui doit être celle du vrai décollage de la fusée.

Les premiers tests effectués par le centre opérationnel de Décathlon-CMA CGM se sont parfaitement déroulés, puisque le Lyonnais a écrasé la concurrence sur le Tour du Pays basque début avril, signant la première victoire française sur une course World Tour à étapes depuis 19 ans. Alors, avant qu’il ne se présente ce mercredi au départ de la Flèche Wallonne, on répète la question : « mais d’où il vient celui-là ? »

« Phénomène par sa polyvalence »

Pour mieux le savoir, on est allés parler à celles et ceux qui l’ont vu courir lors de ses jeunes années, depuis le bord des routes jusqu’au cœur du peloton. Paul Seixas a été pensionnaire du Lyon Sprint Evolution de ses 9 à ses 14 ans, puis du Vélo Club Villefranche Beaujolais (VCVB pour les intimes) pendant deux ans, avant d’intégrer la structure Decathlon-AG2R, qui l’a fait passer pro directement à la sortie des Juniors (U19). « On se connaît depuis les minimes [13-14 ans]. Dans toutes les catégories jeunes, on parlait de lui, il a toujours été très bon », raconte Camille Charret, qui fait partie de la même génération.

L’actuel coureur de la Cofidis, après avoir été son adversaire, avait rejoint Seixas au VCVB. Il décrit « un phénomène par sa polyvalence ». « Il était vraiment fort sur tous les types de terrain. Que ce soit en contre-la-montre, en montagne, en descente, peu importe la météo, il n’avait aucune lacune, poursuit-il. Même tactiquement. C’est fou, il découvrait les courses et on aurait dit qu’il les avait déjà faites cinq ou six fois. On retrouve encore tout ça aujourd’hui. »

Charret se souvient du sentiment de puissance qui animait leur équipe au départ des courses. « Quand on l’avait avec nous, on savait qu’il y aurait un résultat à la fin », assène-t-il. Et il ne parle pas forcément de ceux de Seixas. Car le « capitaine de route naturel » de la troupe n’était pas un vorace sans pitié. Il avait ses objectifs, mais savait aussi se mettre à la planche pour les copains.

Celui qui vient de disputer son premier Paris-Roubaix chez les pros est bien placé pour en parler. Sacré champion de France junior en 2024, il avait bénéficié du boulot de Seixas, qui « avait écœuré tous ceux qui essayaient de rentrer » dans le final pour permettre à son pote du comité Auvergne-Rhône-Alpes de l’emporter.

« S’il avait voulu, il aurait pu revenir sur moi et gagner le titre, a conscience Charret. Il a mis son ego de côté, privilégié le côté collectif. Il a énormément de respect pour ses équipiers. Ça se voit dans les interviews qu’il donne après les courses, il remercie toujours son équipe. Dans les catégories jeunes, c’était déjà ça. »

Autre exemple, la même année, sur le Tour du Pays de Vaud, une épreuve importante qui fait partie de la Coupe des Nations Juniors. Camille Charret était maillot jaune au matin de la 3e et avant-dernière étape, celle qui déciderait de la victoire finale. « Je savais très bien que ça allait être dur pour moi, retrace ce dernier. Paul était notre meilleure chance, mais il est quand même venu me voir pour me demander s’il pouvait y aller. Parce que si j’avais envie d’essayer de garder le maillot, il était prêt à se sacrifier. Ça décrit bien quel garçon il est. » Le soir, Seixas avait relégué la concurrence à plus d’1’30 avant de s’adjuger l’épreuve le lendemain.

Génétique et temps d’avance

S’entendre parler de Paul Seixas, c’est ça. Découvrir un coureur aux capacités hors norme, qui gagne souvent mais qui n’a pas besoin de le faire tout le temps, et surtout qui fédère sans bousculer. Plutôt discret, avec son air de ne pas y toucher mais la détermination qui anime les plus grands. Il ne s’est jamais réclamé leader, il l’est juste devenu, naturellement.

Cet « excellent état d’esprit » a également marqué Bernard Catel, véritable mémoire du Trophée Centre Morbihan, une des deux épreuves françaises de la Coupe des Nations avec Paris-Roubaix juniors. Lors de la dernière étape, Seixas avait été à la manœuvre pour déposséder le Belge Jasper Schoofs du maillot jaune et faire triompher son copain de l’équipe de France, Axel Bouquet. « Du grand art », se souvient celui qui suit la course depuis ses débuts en 1983.

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Si Seixas n’avait pas « écrasé la concurrence comme avait pu le faire Evenepoel [vainqueur avec 3 minutes d’avance en 2018] », il avait tapé dans l’œil de Bernard par « son gros moteur ». Et son sens du collectif, donc. « Ça ne m’a pas surpris quand il a laissé gagner Nicolas Prodhomme l’année dernière [sur le Tour des Alpes en avril], ajoute notre témoin. C’est quelqu’un qui pense aux autres, et ces qualités humaines c’est aussi ce qui fait qu’il ira loin, je pense. »

La magie a opéré tout de suite. De sa première course lorsqu’il avait 9 ans à sa dernière année chez les juniors, le Lyonnais a toujours été un cran au-dessus. En 2024, dernier arrêt avant le grand saut chez les pros, Seixas a couru 31 jours, remportant neuf des 17 courses auxquelles il a participé, notamment le contre-la-montre des championnats du monde, une grande première pour un Français. Mais l’apprentissage a toujours été plus important que les victoires.

Paul Seixas sur le podium après sa victoire sur le contre-la-montre des championnats du monde sur route de Zurich, le 23 septembre 2024, à Zurich, en Suisse.
Paul Seixas sur le podium après sa victoire sur le contre-la-montre des championnats du monde sur route de Zurich, le 23 septembre 2024, à Zurich, en Suisse. - JASPER JACOBS/BELGA MAG/Belga via AFP

Car dans tout ça, il y a une bonne part de génétique, mais aussi de travail acharné. Adolescent, le Lyonnais calculait déjà tout, se montrait pointilleux dans sa préparation et vivait à fond sa passion, sans avoir besoin de se demander jusqu’où elle le mènerait. Juste avec l’envie de faire le mieux possible, ce qui chez lui se traduisait par un engagement total. Pas pour rien qu’Alexandre Chenivesse, son manager chez AG2R en U19, l’avait surnommé « Texas Instrument », comme le rapportent nos confrères de L’Equipe dans leur podcast « Echappés » consacré au phénomène.

Axel Bouquet, qui fut son adversaire et son équipier à partir des U13, confirme :

« Dès le plus jeune âge, il savait déjà lire les courses. On sentait qu’il connaissait déjà très bien le métier. Il est quasiment pro depuis qu’il a 15 ans, en fait. Par rapport à un mec comme moi, il avait trois ou quatre ans d’avance. Le projet Seixas est écrit depuis plusieurs années. »

Et comme il a l’esprit d’équipe, il n’a jamais rechigné à partager. « Il donnait des conseils facilement. J’ai appris beaucoup en roulant avec lui », apprécie Bouquet, qui perçoit Seixas comme « une source d’inspiration » pour toute cette génération 2006. Celui qui découvre le peloton pro cette année sous les couleurs de la Continentale Saint-Michel-Auber 93 est tout de même bluffé par les débuts dans le grand monde du Lyonnais, qui fait déjà partie selon lui « du top 5 mondial ». Et avec le recul, il a moins de regrets sur toutes ces courses où il s’était fait lâcher à la pédale. Au Grand Prix Fernand Durel, par exemple.

Sur cette course juniors de niveau fédéral disputée autour de Gavray (Normandie), Seixas avait remporté le chrono le matin en battant le record de l’épreuve, puis s’était imposé en solitaire sur la course en ligne l’après-midi après avoir déposé Bouquet dans la plus grosse rampe du circuit.

« Un Bernard Hinault en puissance »

« Paul est parti au train, il l’a dépoté et on n’avait pas l’impression que c’était un effort pour lui, alors que c’est un vrai mur, souffle Florent Lenouvel, aux premières loges ce jour-là, sur la moto qui suivant les hommes de tête. C’était comme si Axel avait ralenti, alors que pas du tout. C’est typiquement le genre de scène qu’on peut voir avec Pogacar, qui d’un seul coup dans une montée met trois coups de pédale et part au train tout en étant assis sur sa selle. »

Commissaire sur des courses juniors depuis sept ans, Lenouvel « en a vu passer des coureurs ». Il l’assure, « des jeunes qui sortent du lot comme ça, c’est rare et impressionnant ». L’organisateur de la course, Philippe Durel, va plus loin. Pour cet ancien pro, qui a participé à trois Grandes Boucles à la fin des années 70, Seixas fait la même impression sur un vélo qu’un de ses illustres contemporains.

« On a un champion. Comme un Bernard Hinault. Je l’ai connu, je sais de quoi je parle, s’enthousiasme le sexagénaire, qui parle sous le contrôle de sa femme Dany. C’est pas le même caractère, mais ils sont faits du même bois. On le cherche depuis longtemps, et je suis persuadé que lui a le potentiel pour gagner n’importe quelle course. »

Notre dossier sur Paul Seixas

Aujourd’hui, Philippe ne rêve que d’une chose. Enfin, plutôt de deux : « Qu’il nous gagne le Tour de France un jour. On l’attend tellement ! Vous imaginez, un vainqueur du Tour qui est passé par ici ? Franchement, je donnerais bien ma maison pour qu’il revienne nous voir. » On jurerait qu’il est sérieux en disant ça. Heureusement, Dany veille. « Peut-être pas quand même... On verra s’il y a une autre solution », l’entend-on réagir derrière. Difficile de résister à la folie des grandeurs avec le phénomène Paul Seixas.