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Et si Paul Seixas était déjà prêt à assumer ses grandes ambitions ?

Et si Paul Seixas était déjà prêt à assumer ses ambitions sur les grands Tours l’an prochain ?

hypeAuteur de Mondiaux réussis dans la lignée de son Dauphiné, Paul Seixas a définitivement réussi son passage chez les pros. Les championnats d’Europe et le Lombardie vont-ils le préparer à rêver très grand en 2026 ?
Cyclisme : En fait-on déjà trop avec Paul Seixas
William Pereira

William Pereira

L'essentiel

  • Paul Seixas repart pour les championnats d’Europe de cyclisme en Drôme-Ardèche, une semaine après sa prometteuse 13e place pour ses premiers championnats du monde à Kigali.
  • Ses excellents débuts dans le circuit professionnel laisse à croire qu’en 2026, le coureur qui vient de fêter ses 19 ans sera déjà à même d’obtenir de grands résultats avec son équipe. Une participation au Tour de France est loin de paraître ubuesque.
  • Le sélectionneur de l’équipe de France Thomas Voeckler lui fait une confiance totale : « Paul Seixas, pour moi, c’est un coureur comme un autre mais avec un talent qu’on n’a pas connu en France », et souligne que le cyclisme moderne n’attend plus la maturité tardive traditionnelle.

Du haut de ses 18 ans, Paul Seixas a-t-il réellement besoin d’être protégé ? Du vent, oui, à la rigueur, comme n’importe qui. Pour le reste, il se dégage une force tranquille du coureur 19 ans, sur qui tout semble glisser. Un savant mélange de talent, d’audace et de décontraction dans lequel se forgent les plus grands champions et poussent à l’enthousiasme.

A sa 8e place sur l’un des critériums du Dauphiné les plus relevés de ces dernières années et un Tour de l’Avenir où il a brillamment porté le costard de favori, Seixas a ajouté à son tableau de chasse de bizut une 13e place aux championnats du monde de Kigali, franchissant au passage une nouvelle barrière, celle de la souffrance maximale. « J’ai atteint un point de souffrance que j’ai rarement connu, sûrement la course la plus dure de ma vie, partageait le coureur de l’équipe de France après la course. Je pense que ça va me faire passer un cap. »

Finie la découverte, bientôt l’heure des grands résultats

Dans ce grand escalier qu’est sa première saison chez les grands, Paul Seixas s’apprête désormais à goûter au rôle de co-leader des Bleus sur les championnats d’Europe de Drôme-Ardèche au côté Romain Grégoire. Un statut qu’il doit autant au retrait de Julian Alaphilippe qu’à la foi inébranlable de Thomas Voeckler à son égard, assez bien résumée par une phrase adressée par le sélectionneur au micro d’Eurosport. « Paul Seixas, pour moi, c’est un coureur comme un autre mais avec un talent qu’on n’a pas connu en France. »

Il faut donc le traiter Polo pour ce qu’il est, un crack générationnel. A son âge Remco Evenepoel remportait la Classique de San Sebastian et les championnats d’Europe de chrono et à 20 ans, Tadej Pogacar s’installait sur le podium de la Vuelta. Voilà ce à quoi il doit aspirer - sans perdre de vue que la concurrence est plus féroce aujourd’hui qu’elle ne l’était quand le Belge et le Slovène débarquaient - surtout dans un cyclisme qui n’attend plus et où l’âge de la maturité physique a été drastiquement revu à la baisse. La formation se perfectionne, les meilleurs juniors travaillent comme des pros, font de l’hypoxie à domicile et sont suivis par des nutritionnistes. Le passage dans l’élite se fait plus naturellement sur le plan physique.

Paul Seixas a ramené une impressionnante 13e place des championnats du monde de Kigali, où il a laissé dans son rétroviseur son leader Pavel Sivakov mais aussi d'autres grands noms comme Marc Hirschi ou Jay Hindley
Paul Seixas a ramené une impressionnante 13e place des championnats du monde de Kigali, où il a laissé dans son rétroviseur son leader Pavel Sivakov mais aussi d'autres grands noms comme Marc Hirschi ou Jay Hindley - /SIPA

« Nous tous pensions que le vélo était un sport à maturité tardive : 27-32 ans, les meilleures années, il faut encaisser avant d’être fort, ajoutait ainsi Voeckler. On a compris que ce n’était plus le cas. » Contacté par 20 Minutes, le jeune retraité Lilian Calmejane revoit dans la gestion de Paul Seixas l’un des précieux conseils que l’actuel sélectionneur lui avait jadis donné du temps où les deux hommes s’étaient croisés à Direct-Energie. « Il me disait que dans le vélo, quand on a un temps fort et qu’on est très en forme, il ne faut pas se fixer de limites. En ayant tendance à croire que l’on va progresser de manière exponentielle, on peut passer à côté des meilleures années de sa carrière. Thomas a bien compris que le cyclisme a changé et sa gestion de Seixas le démontre. Rien ne nous assure qu’un Paul Seixas sera meilleur à 23 ans qu’à 19 ans. »

Le Tour de France dès 2026 ?

Tout, en revanche, indique qu’il sera plus expérimenté. C’est l’essence même du projet Seixas chapeauté par l’équipe de France et Decathlon-AG2R. Après les Europe, le jeune coureur découvrira les classiques sur le Tour de Lombardie, l’un des nombreux terrains de prédilection de Pogacar, avant de tamponner une bonne fois pour toutes son passeport de néopro sur le Tour de France 2026. L'intéressé lui-même faisait part ce samedi de la nécessité de faire « plus de courses par étapes » dans une interview à L'Equipe, en accord avec le plan imaginé par son directeur général, Dominique Serieys. Ce dernier se disait favorable à jeter le prodige dans le grand bain dès l'année prochaine en vue d’un objectif classement général en 2028-2030, dans une déclaration qui paraît aujourd’hui moins farfelue qu’à l’époque de sa prise de parole sur RMC. « Si vous ne le faites pas [le Tour], vous ne prenez pas de l’expérience. Dans le projet sur le Tour, il sera protégé. On est à même de réguler Paul pour éviter d’arriver à un seuil de limite. La troisième semaine, il pourra la faire de façon moins exposée. Mais l’objectif est qu’il fasse la troisième semaine du Tour. »

Maintenant qu’on l’a vu regarder droit dans les yeux des Roglic et des Pidcock sur ses premiers championnats du monde - parmi les plus difficiles du siècle - la tentation de sauter l’étape « un premier Tour pour du beurre » est grande, très grande. Paul Seixas sur le podium de la Grande Boucle pour sa première ? Inaccessible : ça impliquerait de faire mieux qu’un des trois ovnis. Top 5 ? Il lui faudra passer sur le corps de son leader Felix Gall, 5e du Tour de France 2025 (et 8e de la Vuelta dans la foulée), mais aussi du nouveau venu Matthew Riccitello chez Décat' (meilleur jeune sur le Tour d’Espagne). Nourrir une rivalité interne avec ses coéquipiers, ça aussi, ça forge un champion. Mais on n’en est pas encore là.