Cyclisme : «C’est de plus en plus dangereux de s’entraîner sur route », déplore Jimmy Engoulvent

ACCIDENT Le directeur sportif de Direct Energie a croisé certains coureurs de Giant avant leur grave accident en Espagne samedi…

Propos recueillis par Julien Laloye

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Jimmy Engoulvent en discussion avec Anthony Geslin sur le dernier Tour de France.
Jimmy Engoulvent en discussion avec Anthony Geslin sur le dernier Tour de France. — ERIC FEFERBERG / AFP

Il a confié son effroi sur Twitter quelques minutes après avoir appris la nouvelle. Jimmy Engoulvent, le directeur sportif de Direct Energie (anciennement Europcar), qui s’entraîne également en Espagne cet hiver, a croisé sur le vélo ses collègues de Giant peu avant que ces derniers ne soient renversés par une voiture ce samedi, entraînant plusieurs blessures assez lourdes, notamment pour John Degenkolb et Warren Barguil. Il nous fait part des difficultés de cohabitation avec les automobilistes lors des sorties d’entraînement.

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Vous vous êtes croisés juste avant l’accident, c’est bien ça ?

On s’est retrouvés sur le même tronçon de route pour faire des sprints, une heure avant l’accident. On est là depuis 8 ou 9 jours, mais on n’est pas les seuls, beaucoup d’équipes viennent faire leur stage de présaison en Espagne pour profiter de la douceur du climat. Les Giant en font partie, ça fait deux jours qu’ils étaient là. On en a croisés certains juste avant l’accident. Il n’y a pas beaucoup de routes dégagées où on peut faire des sprints longs, avec une bonne visibilité, tout le monde connaît les bons spots.

Toute l’équipe roulait ensemble ?

Non, ils étaient quatre ou cinq, on s’est salués brièvement. D’ailleurs, je ne savais même pas que Warren était là, je l’ai appris plus tard quand j’ai vu pour l’accident. Il devait travailler avec les grimpeurs sur un autre tronçon, c’est comme ça que ça fonctionne.

S’agit-il d’un accident isolé ou bien vous faites-vous quelques frayeurs également à l’entraînement ?

C’est assez extrême là, ce qui s’est passé, quand même. De ce que j’ai vu, il y a des circonstances particulières. C’était une conductrice anglaise qui a oublié qu’elle ne conduisait pas chez elle… J’imagine que c’était à la sortie d’un virage et que personne n’a eu le temps de freiner.

La cohabitation avec les automobilistes est-elle de plus en plus difficile ?

Au contraire, on se disait justement qu’on était agréablement surpris par le respect des automobilistes en Espagne. Ici, ils adorent le vélo, ils en font et ils ont l’habitude de voir des équipes s’entraîner, ils attendent de pouvoir nous doubler tranquillement, ça se passe vraiment bien.

Ce n’est pas toujours le cas ?

Tous les pays n’ont pas la culture du vélo de l’Espagne, c’est évident. Quand je m’entraîne sur la Cote d’Azur, les gens ont du mal à comprendre qu’on puisse rouler à 30 à l’heure à deux de front sur la même route qu’eux. Je peux comprendre que patienter comme ça derrière un gros groupe c’est pénible, mais quand j’en vois certains qui doublent en nous rasant… Parfois, il y a de quoi s’énerver.

Comment faites-vous pour vous adapter ?

On est obligés de s’entraîner sur la route, mais on ne fait pas n’importe quoi. Tous les coureurs respectent le code de la route, et quand on est un gros groupe comme ça, il y a souvent une voiture à l’avant et une autre à l’arrière pour nous protéger. Si c’est juste quelques allers-retours en sprint, à quatre ou cinq, on fait ça entre nous, entre deux ronds-points, mais on ne prend pas toute la route, on reste de notre côté.

Avez-vous eu du mal à reprendre la route ce dimanche ?

C’est sûr qu’on en a beaucoup parlé, mais bon, on ne peut pas se permettre de penser à des choses comme ça ! Ça fait pas mal de temps que c’est de plus en plus dangereux de s’entraîner à cause la circulation. Mais à part faire en sorte d’être le plus vigilant possible, ça ne dépend pas trop de nous.