Coupe du monde de rugby: On a parlé à l'agent américain qui recrute des rugbymen pour la NFL

RUGBY Il est très sérieux et continue de faire son marché...

Antoine Maes (avec R.B.)

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Le joueur fidjien Nemani Nadolo, courtisé par le NFL, le 23 septembre 2015, contre l'Australie.
Le joueur fidjien Nemani Nadolo, courtisé par le NFL, le 23 septembre 2015, contre l'Australie. — Huw Evans/REX Shutterst/SIPA

Dans notre petit cerveau étriqué d’Européen, un fan de NFL (National Football League, la Ligue national de football américain), c’est un type qui se lève en pleine nuit pour regarder des Américains pratiquer un sport incompréhensible, dont le seul intérêt est de voir des gros gars se rentrer dedans. En clair, une sorte de sous-rugby, l’argent en plus, les valeurs en moins. Alors, forcément, on est un peu tombé de notre chaise ces derniers jours, quand on a découvert ce papier d’ESPN, qui raconte comment un agent de la ligue américaine écume les stades de la Coupe du monde de rugby pour débaucher des rugbymen.

Le type en question s’appelle Jack Bechta, et il ne s’est pas caché derrière son petit doigt : Il n’est pas là pour recruter n’importe qui. La rumeur le met même en contact avec le surpuissant fidjien Nemani Nadolo. « Je suis un agent certifié de la NFL, et je représente des joueurs depuis vingt-cinq ans. Mon job, c’est de préparer les joueurs à une carrière en NFL, les faire correspondre avec des coachs voire avec une équipe. Et ensuite maximiser leurs contrats sur et en dehors du terrain », nous a-t-il répondu par mail. En somme, un gars sérieux.

C'est lui, lors d'une interview à une télé australienne a regarder par ici.

Il n’a rien inventé, puisque le foot américain allait déjà puiser dans l’Australian Rules dans les années 1980. Mais c’est lui, déjà, qui est à l’origine de la signature chez les San Francisco 49ers du treiziste Jarryd Hayne. L’adaptation de l’Australien ne s’est pas faite du jour au lendemain. Mais l’expérience est plutôt payante pour le moment. La preuve…

Malgré tout, Bechta ne croit pas à un exode massif des rugbymen vers le foot US. Il faut dire qu’il a déjà tenté - et raté - le coup. C’était avec l’Américain Hayden Smith, passé des Saracens au New York Jets, mais pas vraiment avec beaucoup de succès. A tel point qu’il est retourné au rugby un an après avoir tenté la conversion. Bechta l’avait pourtant « entouré des meilleurs entraîneurs ». Mais aujourd'hui, il assure que c’est « à ce moment-là que j’ai su que c’était possible, et à d’autres positions que « punter » (celui qui ne fait que dégager au pied, ndr) ». Le voilà donc parti par le premier avion pour squatter les tribunes de Twickenham et du Millenium Stadium.

Pour y chercher quoi, exactement ? « La vitesse d’abord, c’est le critère n°1. La NFL est un sport rapide. Quelle que soit sa taille, un joueur doit avoir de la vitesse. De la dureté aussi ! Et enfin, le désir d’intégrer les codes d’un transfert. Le joueur doit avoir envie de tout risquer et d’y aller ». Ah oui… Si vous croyiez que le foot US n’était qu’un sport de poids lourds lancés à pleine vitesse les uns contre les autres, vous vous fourrez le doigt dans l’œil : Le « playbook » d’une franchise peut être aussi compliqué à ingurgiter qu’un traité de géométrie en araméen.

Un exemple de playbook sorti par le Bleacher Report dans cet excellent papier.

On a demandé à quelques joueurs de l’équipe de France si l’expérience pouvait les tenter. Et bien figurez-vous qu’ils ne trouvent pas cela si dingue, même si passer de Castres à New York, ça doit quand même faire un choc. « C’est possible de passer l’un à l’autre, assure le pilier Eddy Ben Arous. Sur certains postes, tu retrouves des points communs dans l’effort, comme sur les appuis, ou l’explosivité au poste de running-back. Un joueur comme Louis (Picamoles) en serait capable. Ou même un arrière-ailier comme Brice (Dulin). Je pense qu’ils pourraient se débrouiller. »

« C’est une énorme scène, qui peut amener pas mal d’argent et de sponsors »

Bref, Jack Bechta continue son marché, et ne lâchera pas le nom de ses cibles. « Je suis intéressé par cinq joueurs jusqu’à maintenant. D’ici à la fin du tournoi, il y en aura peut-être davantage. Mais je ne crois pas que ce soit juste de donner des noms, ça pourrait déconcentrer les joueurs ou les équipes. » Sur ces cinq cibles, il reconnaît avoir discuté de vive voix avec trois joueurs. Et l’argumentaire est rodé. Convaincre un rugbyman, « ce n’est pas si compliqué » : « La NFL est l’événement sportif le plus regardé au monde après la Coupe du monde de foot. C’est une énorme scène, qui peut amener pas mal d’argent et de sponsors. Et puis, elle a aussi le meilleur système de retraite de tous les sports pros », détaille l’agent américain. En revanche, il doit savoir que ça peut coûter cher en tickets restos.