Capture d'écran du coup de gueule de Philippe Saint-André, le 23 septembre 2015
Capture d'écran du coup de gueule de Philippe Saint-André, le 23 septembre 2015 — capture d'écran

XV DE FRANCE

Coupe du monde de rugby: C’est quoi une bonne gueulante à la française?

Philippe Saint-André avait de qui tenir avant se s’énerver dans le vestiaire français à la mi-temps du match contre la Roumanie…

Qu’on nous apporte l’énergumène qui a pensé à filmer la causerie de Philippe Saint-André face aux Roumains en coupant le son. A cause lui, PSA n’aura pas sa place au panthéon youtube des coups de gueule les plus mémorables des entraîneurs français. Les connaisseurs auront reconnu la fameuse série de la diplomatie du sport, où Laporte, Jacquet, Deschamps et Onesta jouent à celui qui crie le plus fort. 20 Minutes a depuis longtemps choisi son maître en la matière : Laurent Sciarra et son inénarrable « Des dauphins, t’en fais pas des requins » avec Vichy. L’ancien meneur de jeu de Sidney 2000 nous délivre les secrets d’une bonne gueulante.

Bien choisir son moment (garder l’effet de surprise)

Les plus beaux coups de gueule sont ceux qu’on attend le moins. Si la colère froide (et muette) de PSA fait tant parler, c’est parce que le sélectionneur sort rarement de sa réserve plaintive. Avant la Roumanie, un seul débriefing était sorti des rails, après une énième défaite dans le tournoi, et « les starlettes » du XV de France en tremblent encore. En comparaison, le coup de chaud mythique de Bernard Laporte contre l’Italie ressemble davantage à un sketch qui a mal vieilli qu’autre chose. C’est plutôt quand « Bernie le dingue » reste calme qu’il faut s’inquiéter.

Le conseil de Laurent Sciarra : « Il ne faut pas le faire tout le temps sinon le ressort gueulante, crier, menacer, s’affaiblit. Le cerveau des mecs s’y habitue et il n’y a plus d’effet. Un entraîneur doit être entraînant. Les joueurs doivent ressentir ton envie de gagner, que tu es un passionné, qu’il y a une part de folie en toi. Ils ont besoin de sortir d’une routine. L’objectif, c’est qu’ils comprennent que tu leur amènes de l’aide : ‘je sais que c’est dur, que le contexte est contre nous, mais tâchons de régler les problèmes qui sont devant nous’. »   

A faire

A ne pas faire

Elever la voix comme au cours Florent (sans surjouer la colère)

La vraie gueulante ne doit pas être préparée en amont, ou alors elle fait un flop total, comme celle de Roger Lemerre en 2002, dont le remontage de bretelle après le Sénégal a eu les résultats que l’on sait. Il faut dire que le coup du « je suis trop énervé pour continuer » n’avait pas du tout été répété devant le miroir de sa salle de bain. Aimé Jacquet, au contraire, maniait la rupture de ton comme personne. Sa causerie piano piano à la mi-temps de la Croatie reste un modèle indépassable : « Vous avez peur de quoi, vous avez peur de qui ? »

Le conseil de Laurent Sciarra : « Les acteurs, ce sont les joueurs. Ce qu’ils attendent, c’est de la sincérité, que tu crois en ce que tu dis, parce que ça veut dire que tu crois en eux. Une gueulante, ça ne se prépare pas avant. Ça doit être naturel. Tu peux éventuellement noter un petit condensé de ce qui ne t’as pas plu, mais ça ne s’écrit pas. Tu ne peux pas t’inventer grand philosophe d’un coup : tu es entraîneur comme tu es dans la vie. Si tu ne l’es pas, les joueurs le sentent et tu perds toute ta crédibilité. »

A faire

A ne pas faire

Insulter ses joueurs (avec tact et parcimonie)

Evidemment, quand vous venez de voir vos gars faire exactement l’inverse de ce que vous aviez décidé en amont, l’envie est forte de distribuer un ou deux jurons bien sentis pour piquer la troupe. Mais l’équilibre entre l’appel à l’orgueil réussi et l’humiliation publique contre-productive est fragile. Ainsi, Claude Onesta reste du bon côté de la ligne quand il pourrit Christophe Kempé lors d’un débrief vidéo. Philippe Lucas, lui, dépasse (un peu) les bornes avec Amaury Leveaux.

Le conseil de Laurent Sciarra : « Certains coachs ne vont jamais cibler d’individu et toujours parler de l’équipe. D’autres vont ne s’attaquer qu’aux « plus faibles », les jeunes par exemple. Moi je suis plutôt du genre à taper en haut de la pyramide, sur les cadres, pour que ça fasse caisse de résonnance jusqu’en bas. Il ne faut pas que tes propos sortent du terrain. Si un coach est obligé de parler de la coupe de cheveux du joueur ou de sa femme, c’est qu’il a rien compris. Evidemment, parfois le seul moyen de redresser la barre c’est de sortir la kalachnikov sur tout le monde. Mais attention : tu peux allumer un joueur seulement si tu lui dis la vérité et qu’en amont tu es droit dans tes bottes. Si t’es une putasse dans la vie de tous les jours et que tu veux arriver dans le vestiaire et donner des leçons ‘il faut respecter le groupe’et tout, les mecs te suivront jamais. Quand tu mets du volume, il faut que ton joueur comprenne qu’il n’y a rien de personnel, mais que c’est pour le faire progresser sportivement et humainement. Que c’est pour lui et pas contre lui. Alors il sera prêt à t’écouter. »

A faire

A ne pas faire

Parler comme si c’était une classe de primaire en face (sans les prendre pour des imbéciles)

Résister à l’insulte facile, soit, mais traiter sa bande d’incapables du jour comme des adultes responsables, faut pas pousser non plus. Une bonne gueulante doit se construire comme un repas de famille avec le fiston insolent. Vincent Collet maîtrise remarquablement la colère paternaliste juste ce qu’il faut avec son extraordinaire « J’ai oublié qu’il fallait tout vous dire » au Mondial 2010. Emmanuel Da Costa, le coach de Quevilly, donne plutôt envie de se lever de son siège de lui claquer le beignet bien méchamment sur ce 8e de finale de Coupe de France.

Le conseil de Laurent Sciarra : « On est obligé par moments de remettre un peu le focus sur certaines valeurs. C’est important de rappeler la notion de groupe, le respect des autres. Sinon tu chies sur l’équipe et le collectif. C’est un passage obligé : le sportif est adulte mais reste un enfant gâté. La nouvelle génération on a parfois l’impression qu’ils ont mis les chaussures, le maillot et c’est bon je suis un joueur professionnel. Quand l’entraînement est à 16h, j’aime bien qu’ils arrivent un peu avant. Il ne faut jamais s’écarter du message essentiel : ce n’est qu’un sport, tu es un privilégié de la vie. On ne devrait à le répéter, ça devrait être dans le bagage du joueur, mais… »

A faire

A ne pas faire