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France-Argentine : Deschamps pourrait-il partir sur cette défaite en finale de Coupe du monde ?
FOOTBALL•En fin de contrat le 31 décembre prochain, Didier Deschamps est le seul maître de son destin après avoir atteint les objectifs fixés pour ce Mondial par le président de la FFF Noël Le GraëtAymeric Le Gall
L'essentiel
- Didier Deschamps n’est pas passé loin de réaliser un doublé historique qui l’aurait placé au sommet de l’histoire du foot mondial.
- S’il a rempli les objectifs fixés par Noël Le Graët avant le début du Mondial, le sélectionneur n’a pas encore dit s’il souhaitait prolonger son bail en Bleu.
- L’immense déception liée au scénario de la finale pourrait-elle le pousser à dire stop ? Ses dernières prises de paroles ne vont pourtant pas en ce sens.
De notre envoyé spécial à Doha,
Pour Didier Deschamps, l’immense déception après la défaite des Bleus en finale de la Coupe du monde aux tirs au but contre l’Argentine, dimanche, est à la hauteur des espoirs qu’il avait placés en son groupe. Elle est aussi fonction du scénario de ce match complètement fou, qui aura vu les Bleus espérer presque miraculeusement une issue glorieuse alors qu’ils n’avaient pas touché une bille pendant toute la première période et qu’ils étaient au bord du gouffre à la pause. Paradoxalement, c’est cette remontada inespérée qui a fait le plus mal au sélectionneur à l’heure de dresser le bilan d’un match comme on n’en verra sans doute jamais plus.
« C’est ce qui donne encore plus de regrets, dira-t-il au micro de TF1 après la défaite. Si on prend un troisième, il n’y a rien à dire. Mais ça se joue à une dernière occasion à la 120e, puis la séance de tirs au but qui est difficile à vivre quand on n’est pas du bon côté. » A l’écouter, il aurait presque préféré sortir de manière propre et nette plutôt que comme ça, après un retournement de situation qui, de notre point de vue, à chaud pendant le match, aurait dû faire pencher la balance du côté des Bleus.
Des choix payants mais le point noir des t.a.b.
Il n’y a pourtant pas de quoi rougir, surtout le concernant. Car, dimanche, Deschamps ne s’est pas caché, contrairement à la moitié de son équipe (au bas mot) pendant les 45 premières minutes. Quand il a fallu sortir deux de ses cadres avant même la pause, en l’occurrence Ousmane Dembélé et Olivier Giroud, ou leurs fantômes, on se demande encore, DD n’a pas hésité un seul instant. Et ses choix de faire entrer les inexpérimentés Marcus Thuram et Randal Kolo Muani, à un moment où les Bleus semblaient K.-O. debout, ont été aussi payants que couillus.
« Il ne faut pas culpabiliser Olivier et Ousmane, qui ont fait beaucoup pour qu’on en arrive là. Mais là, je les voyais moins bien. Je n’ai même pas attendu la mi-temps, car on n’allait pas y arriver. Il fallait secouer le cocotier et faire en sorte d’inverser la tendance. On n’avait pas toutes nos capacités athlétiques et c’est arrivé contre une équipe qui jouait une finale de Coupe du monde, alors que nous, je n’en avais pas l’impression. » »
Des vrais choix d’entraîneur pour le coup, qui rappellent que le Basque n’est pas simplement qu’un GO de Club Med, comme beaucoup veulent le faire croire. Reste un point, et non des moindres, qui fait clairement tache au tableau : c’est la deuxième fois en même pas un an que son équipe se fait taper lors des fameuses séances de tirs au but, après celle perdue lors de l’été 2021 à l’Euro face à la Suisse. Or, sur ce sujet, Deschamps ne s’en est jamais caché : pour lui, les pénos ne sont rien d’autre qu’une loterie, une pièce qu’on jette en l’air en priant pour qu’elle retombe du bon côté. Pour quelqu’un d’aussi professionnel dans sa gestion des petits détails qui font les grandes différences, cette philosophie a de quoi interroger.
A une époque où le moindre geste technique est répété jusqu’à l’épuisement (les touches, par exemple, du côté de Liverpool) afin d’intégrer ça dans le logiciel des joueurs, le travail des tirs au but en amont d’un match n’a rien de secondaire. Ce devrait même être une pratique à part entière dans la préparation d’une rencontre à élimination directe. Et si cela ne rendrait certes pas Hugo Lloris invincible dans l’exercice, peut-être qu’un travail spécifique lui permettrait au moins d’apprendre à ne pas plonger une demi-seconde (au moins) avant la frappe de son adversaire. En l’état actuel des choses, c’est triste à dire, mais on n’avait que peu de doutes sur l’issue de la séance de dimanche, sachant que cet exercice est historiquement frappé du sceau de la lose pour notre équipe de France au 21e siècle.
Deschamps a la main
Ceci étant posé, cela ne conteste en rien (ou pas tout) le mérite de Deschamps à la tête de cette équipe au Qatar. Un an après avoir perdu pied lors de l’Euro, le double champion du monde a su reprendre en main son équipe et bâtir autour de lui un groupe soudé et convaincu de sa force, à un moment où peu de gens (nous compris) les voyaient aller loin dans cette compétition. Reste désormais à savoir de quoi son avenir sera fait, lui qui n’avait exceptionnellement pas été prolongé dans ses fonctions avant le début de la compétition, comme c’était le cas lors des précédentes éditions (Euro 2016, Coupe du monde 2018 et Euro 2021).
Avec un contrat qui prendra fin le soir du réveillon, entre les petits fours et le champagne, Deschamps sait qu’il a la main sur le dossier depuis la qualification des Bleus en demi-finale, objectif fédéral fixé par Noël Le Graët. Celui-ci a d’ailleurs clairement émis le souhait de le voir poursuivre l’aventure au moins deux ans, jusqu’à l’Euro 2024 dans un an et demi en Allemagne. De son côté, sans surprise, l’ancien capitaine de France 98 n’a pas donné de réponse claire à ce sujet après la défaite. Il a simplement donné rendez-vous à son boss dans son fief de Guingamp, au calme, à la campagne, pour faire le point.
« Même si le résultat avait été inverse ? Je n’aurais pas donné de réponse aujourd’hui, a-t-il assuré. J’aurai rendez-vous avec mon président en début d’année, vous saurez. » Si vous voulez notre avis, on le sait déjà. Passé maître dans l’art de la communication, Deschamps n’est pas du genre à lâcher des phrases malgré lui. Dès lors, quand il nous dit à la veille de France-Argentine qu’il se sent « bien, très bien même » à son poste, pas besoin d’avoir fait un doctorat en DD pour comprendre l’idée sous-jacente. Un mois avant le départ pour le Mondial, il avait par ailleurs assuré au journal L’Equipe avoir toujours besoin de l’« adrénaline » inhérente à ce poste de sélectionneur.
« Ça concerne son avenir. C’est une décision très personnelle, a expliqué Jean-Pierre Bernès, son agent, sur RMC lundi matin. Didier va rentrer en France, prendre quelques jours de repos, de réflexion. Début janvier, comme il l’a annoncé, il verra le président Le Graët pour lui annoncer sa décision. Je crois qu’il faut un temps pour tout. C’est une décision qui concerne un avenir professionnel, un avenir tout court. Ça ne se fait pas à la légère, dans un stade, après une finale et un tel scénario. C’est une décision qui doit être prise dans la sérénité. Bien sûr, tout le monde attend sa décision, mais je pense qu’il la prendra en temps voulu. C’est lui qui est maitre de sa décision. Il la prendra quand il souhaitera la prendre ».
Un nouveau cas nommé Benzema ?
S’il venait à prolonger, une autre question se posera rapidement, celle de la gestion du cas Benzema, que nos confrères de L’Equipe disent en froid avec lui depuis son exfiltration mystère de Doha, à six du mat', alors que tous les coéquipiers du Madrilène, à part Marcus Thuram, dormaient à poings fermés. Le joueur n’aurait pas aimé se voir indiquer la porte aussi vite alors qu’il pensait de son côté pouvoir rester soigner sa blessure au Qatar, tandis que, du côté du staff, on se serait montré sceptique quant à la sincérité de KB9 au sujet de son état physique réel à son arrivée à Clairefontaine, début novembre.
Et les posts énigmatiques de Benzema sur Instagram ces derniers jours ne vont clairement pas dans le sens d’une deuxième réconciliation entre les deux hommes. Si celui-ci venait à prolonger, pas sûr donc qu’on reverrait le Madrilène de sitôt en Bleu, lui qui fête ce lundi ses 35 printemps. D’autant que le parcours de son groupe au Mondial a prouvé au sélectionneur, s’il en était encore besoin, qu’il pouvait très bien se passer de lui pour aller loin dans une grande compétition. Pour le moment, tout ceci n’est que supposition, rendez-vous en janvier pour les premiers éléments de réponses.


















