France - Maroc : « Quoi qu’il arrive, j’aurai une équipe à supporter en finale », se réjouissent les binationaux

FRATERNITE La demi-finale entre la France et le Maroc ce mercredi (20 heures) est déjà une victoire pour tous les Franco-Marocains, avant d’être un dilemme

Adrien Max
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Une supportrice célèbre sur les Champs-Elysées la qualification du Maroc pour le dernier carré de la Coupe du monde après la victoire face au Portugal (1-0).
Une supportrice célèbre sur les Champs-Elysées la qualification du Maroc pour le dernier carré de la Coupe du monde après la victoire face au Portugal (1-0). — Francois Mori/AP/SIPA
  • La France et le Maroc s’affrontent ce mercredi en demi-finale de la Coupe du monde 2022.
  • Pour beaucoup de Franco-Marocains, ce match est déjà une victoire puisque l’une des deux équipes ira en finale du Mondial au Qatar.
  • Mais difficile de faire un choix, même si le petit poucet semble remporter la faveur des témoignages que nous avons reçus, grâce à leur parcours historique depuis le début de la compétition.

« Je suis franco-marocaine, cette demi-finale de la Coupe du monde s’annonce fabuleuse. Quoi qu’il arrive, je sais que je ne serai pas déçue ce mercredi soir en sachant que l’un de mes deux pays sera forcément en finale. J’ai hâte de voir mes deux pays se confronter et notamment deux joueurs que j’affectionne beaucoup, Hakimi et Mbappé. » Comme Leïla, de très nombreux Franco-Marocains, Marocains vivant en France et Français d’origine marocaine, trépignent d’impatience avant la demi-finale inédite entre la France et le Maroc, ce mercredi (20 heures).

Un match pour l’histoire, le Maroc est la première nation africaine à atteindre le dernier carré, entre deux nations intimement liées. Ce qui est déjà une victoire. « Quoi qu’il arrive c’est déjà une immense fierté pour moi de retrouver mes deux pays en demi-finale », confie Selim, un Franco-Marocain qui ne peut « souhaiter la défaite d’une des deux équipes ».

Ilies, résume à lui seul ce sentiment particulier, que quoi qu’il arrive mercredi, il est déjà en finale : « C’est déjà une victoire pour moi, fils de parents marocains, mais qui suis né et qui a grandi en France. Mon histoire est surtout française, je supporte les Bleus depuis longtemps, mais quoi qu’il arrive j’aurai une équipe à supporter en finale. C’est une rencontre des records. Pour les Marocains, avec cette possibilité d’entrer encore dans l’histoire et pour la France, qui pourrait rejoindre le Brésil avec deux Coupes du monde consécutives. Que la fête soit belle », souhaite-t-il.

« Comme choisir entre sa mère ou son père »

Sami, ressent lui, « une grande fierté de retrouver [ses] deux pays en demi-finale d’une Coupe du monde, c’est historique ». Mais difficile de choisir entre les deux pays, « ce serait comme choisir entre sa mère ou son père » : « D’un côté le pays où je suis né, où j’ai grandi, où j’ai été éduqué et de l’autre celui de mes origines que j’aime également énormément ».



Ce tiraillement revient d’ailleurs souvent dans les nombreux témoignages, presque tous bienveillants, que 20 Minutes a reçu. « Mon cœur balance entre mon pays, la France, et celui de mes origines, le Maroc ! Je suis un peu frustrée de me retrouver dans cette situation, de passer pour quelqu’un qui renie ses origines si je supporte la France ou pour quelqu’un " qui oublie ce que la France a fait pour moi ". Dans les deux cas, c’est vrai. Alors je dis, que le meilleur gagne ! », confie Ilhame. « C’est impossible pour moi de souhaiter la défaite d’une des deux équipes », résume Selim.

Une légère préférence pour « le petit poucet »

S’il ne peut souhaiter la défaite d’une des deux nations, Selim a quand même une petite préférence : « Pour l’Histoire, le Maroc qui gagne la coupe du monde ce serait le plus grand exploit sportif du siècle, donc mon cœur penche un petit peu vers le petit poucet quand même… ».

De nombreuses personnes s’identifient au parcours historique des Lions de l’Atlas, et à leur exploit de battre la Belgique, l’Espagne et le Portugal pour retrouver l’Equipe de France. Sans oublier les émotions procurées. « Pour être honnête, j’ai été plus concerné par le parcours du Maroc, car je retrouve une équipe pleine de générosité, d’abnégation, une solidarité sans faille et un grand sens du sacrifice. Sortir d’un groupe aussi relevé, éliminer l’Espagne au bout du suspense et battre le Portugal d’un Cristiano Ronaldo anéanti, c’est juste incroyable de vivre ça », savoure Sami.

Ines « supporte toujours la France dans les compétitions », elle était notamment sur les Champs-Elysées en 2018 pour accueillir le bus des Bleus, et les a supportés dans tous les matchs depuis le début de cette Coupe du monde. Mais mercredi, son cœur penchera pour le Maroc. « La coupe doit être gagnée par l’Afrique pour une fois, les Bleus l’ont déjà gagnée deux fois, ils n’ont plus rien à prouver ».

« On a beaucoup souffert pour réaliser nos rêves »

Pour Mohamed, le parcours du Maroc en Coupe du monde, rappelle celui de nombreux Marocains : « C’est un moment d’anthologie, c’est tout simplement légendaire donc je dirais qu’on est extrêmement chanceux de vivre ce moment inédit qui risque de ne pas se reproduire avant longtemps. Je suis à fond derrière le Maroc car les joueurs marocains incarnent le parcours de tous les Franco-Marocains. On a beaucoup souffert pour réaliser nos rêves. »

Mais quoiqu’il arrive, la majorité des personnes clament « leur fierté » de voir ces deux nations s’affronter pour une place en finale de Coupe du monde, de par « les valeurs » que transmettent les deux équipes. « Place au Maroc désormais de marquer l’histoire comme l’ont bien fait les joueurs jusqu’à présent. Il faut prouver au monde que les équipes africaines peuvent se démarquer et rendre fière leur peuple. Je n’ai point de mot pour définir le stress et l’excitation que je ressens à l’idée de penser à match, qui sera mémorable. Que le meilleur gagne. Vive le Maroc et vive la France ! », conclut Leïla.