Nous sommes tous un peu la Coupe du monde. Qu’on adore ou qu’on déteste le foot, qu’on le suive régulièrement ou une fois tous les quatre ans, qu’on soit né un soir de juillet 1998 ou trente ans avant, nous avons tous une expérience singulière et collective liée à la Coupe du monde. Durant tout le Mondial en Russie, 20 Minutes vous propose de l’explorer chaque jour à travers des témoignages, des interviews, des anecdotes, des jeux, des reportages ou des portraits. Parce que la Coupe du monde, c’est bien plus que juste du foot.

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>> Aujourd’hui : Où se cachent celles et ceux qui n’aiment pas le foot pendant une Coupe du monde ?

« Le football. Quel sport est plus laid, plus balourd et moins gracieux que le football ? Quelle harmonie, quelle élégance l’esthète de base pourrait-il bien découvrir dans les trottinements patauds de 22 handicapés velus qui poussent des balles comme on pousse un étron, en ahanant des râles vulgaires de bœufs éteints ».

Cet extrait du texte, « A mort le foot », enregistré en juin 86 par l’humoriste Pierre Desproges résonne-t-il encore aujourd’hui ? Quelle place existe-t-il pour celles et ceux qui n’aiment pas le football ? Comment un événement aussi massif qu’une Coupe du monde est-il vécu par les pourfendeurs de ce sport qu’on dit devenu « roi » dans nos sociétés ? Toutes ces questions, nous les avons posées à Juliette Keating, auteure et chroniqueuse pour le journal satirique Zelium.

Le 9 juin 2016, à la veille de l’ouverture en France de l’Euro, la journaliste publie sur Mediapart une «chronique d'une haine extraordinaire». Inspiré du travail de Desproges, le texte énumère toutes les raisons de cette détestation footballistique. On a voulu aller plus loin, et revenir avec Juliette sur ce rapport parfois violent que de nombreux Français entretiennent avec le foot.

  • Comment vit-on le Mondial quand on n’aime pas le foot ?

« C’est un très, très long moment à passer pour les personnes qui n’adorent pas le foot. On mange du foot matin, midi, goûter, souper, dîner tout le temps, toute la journée et même la nuit si on veut donc grosse indigestion pour les personnes allergiques à ça », raconte la journaliste. Mais ce n’est pas l’omniprésence de ce sport qui heurte, c’est l’impossibilité d’exprimer une quelconque critique immédiatement assimilée à un snobisme ou un mépris de classe.

  • Comment expliquer cette détestation ?

« Ce n’est pas une détestation du foot en tant que sport, ce serait ridicule d’ailleurs (…) le problème c’est la place colossale que prend l’industrie du foot dans nos sociétés et au niveau mondial (…) Tout est question d’argent, y’a évidemment le problème du dopage, la violence dans les stades même si les clubs essaient d’agir (…) le racisme, l’homophobie et dans les compétitions internationales c’est le nationalisme exacerbé », justifie Juliette Keating. Si les médias et certaines personnalités sportives tentent parfois de s’emparer de ces sujets, la chroniqueuse déplore une « hypocrisie » et une représentation biaisée de ce sport.

  • Au fond, est-ce que détester le foot, c’est pas un peu du snobisme ?

Un argument rejeté en bloc par notre invitée: « Je crois pas du tout que ce soit du mépris de classe (…) on oppose souvent les footeux aux intellectuels mais c’est pas très sérieux. Des intellectuels ont aimé le foot, Albert Camus, et c’est une critique qui va dans le sens d’un anti-inellectualisme. C’est vrai que le foot est un sport populaire mais les classes populaires qu’est-ce qu’elles ont à voir avec les grands argentiers du foot ? Qu’est-ce qu’elles ont à voir avec les princes Qataris ? Ou les pontes de la FIFA ? (…) Non, cette critique-là, c’est trop facile, ce n’est pas juste ».