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Comment les biathlètes françaises sont en train d’assommer la concurrence

JO 2026 - Biathlon : Après leur relais en or record, les Bleues sont bel et bien imbattables, non ?

Reines olympiquesMalgré un relais initial de Camille Bened très compliqué, l’équipe de France féminine a survolé la suite de l’épreuve, permettant ce mercredi au biathlon tricolore de s’offrir un triplé olympique inédit, lors des JO de Milan-Cortina 2026
Jérémy Laugier

Jérémy Laugier

L'essentiel

  • L’équipe de France féminine de biathlon a brillamment remporté son relais, ce mercredi aux JO de Milan-Cortina 2026. Une grande première pour les Bleues depuis les Jeux d’Albertville en 1992. Cette 10e médaille du biathlon à Anterselva est synonyme de triplé sur les relais olympiques, après le mixte et celui des hommes la veille. Du jamais vu sur des JO.
  • Malgré les grandes difficultés de Camille Bened sur le tir debout, et un sérieux retard de 55,8 secondes après le premier relais, les Françaises ont su vite s’envoler devant grâce à Lou Jeanmonnot, Océane Michelon et Julia Simon.
  • L’hégémonie actuelle du biathlon féminin français est le fruit d'« un travail collectif hallucinant » selon l’entraîneur Cyril Burdet, qui loue la densité des biathlètes de haut niveau.

De notre envoyé spécial à Anterselva,

Le DJ du site olympique d’Antholz pourrait prendre soin de demander aux groupes de supporteurs français leur playlist. Car les épreuves passent et ceux-ci restent les derniers dans l’enceinte de biathlon, bouillants à chaque podium, prêts à lancer une Marseillaise en bonus et à s’enthousiasmer pour les dédicaces musicales de l’organisation, de L’Hymne à l’amour mardi aux Champs-Elysées ce mercredi.

Après le sacre des Bleues dans le relais féminin de ces JO de Milan-Cortina 2026, une formule a été scandée par le public à de nombreuses reprises : « Et un, et deux, et trois relais ». Pour la première fois dans l’histoire des Jeux olympiques, une nation est en effet parvenue à claquer un triplé sur les relais. Inédit côté masculin, ce titre collectif remontait aux Jeux d’Albertville 1992 pour l’équipe féminine.

Bened peine au tir debout comme Fabien Claude

Comment ce sacre a-t-il pu vite sembler être une évidence implacable, quatre ans après avoir fini seulement 6e à Pékin, avec Julia Simon comme seule trait d’union ? C’est le fruit d’un « travail collectif hallucinant », selon l’entraîneur de cette équipe Cyril Burdet. OK, le premier relais ressemblait au scénario des garçons la veille, avec Camille Bened dans le rôle de Fabien Claude pour son tour sur l’anneau de pénalité post-tir debout, et le gros retard transmis à Lou Jeanmonnot derrière (16e, 55,8 secondes derrière la Suède).

Mais la suite a tourné à la démonstration, avec au final 51,3 secondes d’avance sur les Suédoises, Julia Simon prenant au passage le temps de récupérer le drapeau tricolore pour franchir la ligne d’arrivée. « Plus les choses semblent faciles et plus ça démontre du travail », insiste Cyril Burdet, qui souligne notamment qu'« Océane Michelon a écrasé le très relevé troisième relais ».

C’est là la principale confirmation du jour pour les Bleues : elles ne dépendent pas uniquement de Lou Jeanmonnot et de Julia Simon, qui avaient été grandioses sur le relais mixte en début de JO. « C’est le travail de plusieurs générations, un mélange entre des cadres qui ont pris en maturité et les jeunes qui arrivent et qui veulent nous pousser dehors, analyse Julia Simon. Ça donne une émulation incroyable en équipe de France. »

Des choix très durs à faire pour Cyril Burdet

Cyril Burdet poursuit : « Il y a une formation française qui marche bien, on peut s’appuyer sur des gros talents chez les titulaires, les remplaçantes ou les filles d’IBU Cup. Aujourd’hui, elles sont quatre sur la piste mais elles pourraient potentiellement être dix sur ce relais. Ça nous donne des cheveux blancs, à nous les coachs, pour faire des choix parmi ce qui se fait de mieux au niveau international ». Que dit exactement la concurrence de cette domination qui est apparue outrageuse ce mercredi, avec à la clé le plus gros écart dans un relais féminin olympique depuis les JO de Lillehammer 1994 ?

Les Françaises Julia Simon, Camille Benet, Lou Jeanmonnot et Océane Michelon posent avec leurs médailles d'or et tout le staff des Bleues, ce mercredi à Antholz.
Les Françaises Julia Simon, Camille Benet, Lou Jeanmonnot et Océane Michelon posent avec leurs médailles d'or et tout le staff des Bleues, ce mercredi à Antholz. - M. Elshamy/AP/SIPA

Victorieuse du sprint de ces Jeux olympiques, Maren Kirkeeide était tout sourire, la médaille de bronze autour du cou (à 1'07''6 de la France) : « C’est vraiment impressionnant de voir ce que les Françaises ont accompli. Je leur ai dit que leur tour de pénalité avait été une bonne chose, sinon on n’aurait à aucun moment pu chercher à s’accrocher à elles ». Même si c’est sur le ton de l’humour, cette réflexion de la Norvégienne en dit long sur l’habitude de voir les Françaises régner sur le relais en Coupe du monde.

Quasiment 60 % des médailles bleues à Milan-Cortina

« Elles ne sont pas imbattables mais c’est une équipe super forte et inspirante, explique de son côté Linn Gestblom, vice-championne olympique avec la sélection suédoise ce mercredi. Nous sommes extrêmement satisfaites de notre médaille. La France est très dure à battre mais c’est possible de le faire. » Le Suisse Jean-Marc Chabloz, justement entraîneur de la Suède, s’est tout de même senti impuissant sur ce relais des JO d’hiver 2026.

« On ne part pas dans l’idée de se battre seulement pour la 2e ou la 3e place. On a quatre filles qui peuvent lutter avec la France, sur le papier... C’est juste qu’aujourd’hui, la France est tout là-haut et nous en dessous, c’est comme ça. C’est vrai qu’une fois que l’équipe de France a pris la tête aujourd'hui, malgré son lourd retard sur le premier relais, je savais qu’elle serait imbattable. Le gros travail effectué actuellement en France m’impressionne. Mais ça peut vite tourner en biathlon. »

Jean-Marc Chabloz, entraîneur de la Suède

Les nouvelles championnes olympiques en sont conscientes, et elles veulent savourer leur forme éclatante en Italie, matérialisée par 10 médailles dont 5 titres pour le biathlon. Soit 59 % du bilan total de la délégation française sur ces Jeux.

Des Bleues « jamais à l’abri d’une défaillance », vraiment ?

« Il y a eu des moments difficiles dans le biathlon français, avec des hauts et des bas, rappelle ainsi Julia Simon. Le haut niveau, ça n’est pas linéaire et je pense qu’on est dans les très bons moments, profitons-en. D’autant que même aujourd’hui, on n’est jamais à l’abri d’une défaillance. Mais c’est vrai que c’est agréable de ne pas avoir besoin de se faire mal sur un dernier tour et de finir comme Eric [Perrot] hier. »

Enorme pour creuser un écart qui s’avérera définitif, Océane Michelon apprécie elle aussi ce scénario moins zinzin que chez les hommes : « Gagner ainsi, ça témoigne d’une réalisation collective pleine. On a actuellement une densité qui nous permet de tout le temps repousser nos limites. On ne sent pas des adversaires résignées et on ne part jamais en se disant qu’on a de la marge. Le biathlon, c’est un éternel recommencement. On l’a bien vu cet hiver en faisant une fois 6es et une fois 4es en relais. On n’est pas parfaites. »

Certes, mais l’impression de marge sur la concurrence était criante sur ce relais olympique. A tel point que l’enjeu autour de l’identité de la dernière relayeuse de l’équipe, entre Camille Bened et Justine Braisaz-Bouchet, est à relativiser avec l’actuel trio « cheat code » de médaillées en individuel sur ces Jeux (Simon-Jeanmonnot-Michelon), comme le formulaient des biathlètes norvégiens et allemands après le relais mixte.

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Fabien Saguez a été « très inquiet » pour le groupe

Il reste tout de même un talon d’Achille dans cette équipe de France féminine : la vie de groupe pour le moins délicate depuis le début de l’affaire Julia Simon fin 2022. Présent à Anterselva pour ce sacre des biathlètes féminines, le président de la Fédération française de ski Fabien Saguez est revenu là-dessus.

« Il y a eu des situations à gérer, à assumer, et tout le monde a pris sa part de responsabilités, indique-t-il. Le staff a fait un boulot extraordinaire pour tenir la situation. Humainement, la situation a été extrêmement bien gérée, elle a permis de conserver une équipe solidaire comme on le voit sur ces JO ».

Notre dossier sur les JO d'hiver 2026

Pour autant, a-t-il pu lui-même douter de la réussite sur ces Jeux olympiques au vu des tensions entre plusieurs biathlètes tricolores ? « La mécanique humaine est la plus compliquée à gérer, reprend Fabien Saguez. Personnellement, j’ai été très inquiet et très attentif à la situation. On n’a jamais abandonné personne et les biathlètes nous le rendent bien sur ces Jeux. »