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En NBA, pourquoi les joueurs américains ne sont plus prophètes en leur pays

NBA : « Fossé générationnel » ou « problème de maturité », pourquoi les Américains ne sont plus prophètes en leur pays

BasketDepuis 2019, aucun joueur américain n’a remporté le titre de MVP de la saison régulière. Et ce n’est pas parti pour changer
Antoine Huot de Saint Albin

Antoine Huot de Saint Albin

L'essentiel

  • Alors que les play-off commencent ce week-end, le titre de meilleur joueur de la saison régulière devrait être désigné dans les prochains jours.
  • Quatre Européens, Luka Doncic, Nikola Jokic, Giannis Antetokounmpo et Shai Gilgeous-Alexander sont les grands favoris pour ce titre.
  • Depuis 2019, aucun Américain a remporté ce trophée.

Donald Trump n’aime pas trop la NBA. Et la réciproque est vraie. Pourtant, le slogan du dernier homme orange présent sur terre, « Make America Great Again », pourrait bien se transposer à la meilleure ligue de basket du monde, tant les joueurs américains semblent être passés au second plan, dépassés par un reste du monde qui montre les muscles. En effet, depuis 2019, aucun yankee n’a remporté le trophée de MVP de la saison régulière.

Et ce n’est pas cette année, alors que les play-off démarrent ce week-end, que la donne va changer. Le trophée Maurice-Podoloff, devrait se jouer entre le Serbe Nikola Jokic (deux fois vainqueur), le Slovène Luka Doncic, le Grec Giannis Antetokounmpo (2 titres aussi) et le Canadien Shai Gilgeous-Alexander. Pas de bannière étoilée à l’horizon. Et autant dire que ça commence à titiller l’ego de nos lointains voisins, pas habitués à être éloignés des projecteurs sur la durée.

Face à l’évidence, les Américains tentent quand même le coup de poker en sortant la carte Joël Embiid, sacré l’année dernière : « Non, mais Jojo, il a la nationalité américaine. » Oui, et il a aussi un passeport français, n’est-ce pas Emmanuel Macron et Vincent Collet, et camerounais. « Mais, il est, dans une certaine mesure, un produit du système de développement américain, ayant joué plusieurs années au lycée dans ce pays, comme Shai Gilgeous-Alexander », développe Seth Partnow, ancien directeur des opérations basket aux Milwaukee Bucks, qui livre aujourd’hui des analyses et des stats pour The Athletic.

Un problème générationnel ?

Au-delà de ces problématiques techniques, comment expliquer qu’un « vrai » américain, cher à ce bon Donald, n’ait plus été désigné MVP de la saison depuis autant de temps et ne le sera pas avant une bonne vingtaine d’années, vu que Victor Wembanyama va tout rafler dès la saison prochaine ? « Je pense surtout que nous sommes dans un bref fossé générationnel entre les stars des années 2010, comme LeBron James, Kevin Durant ou Steph Curry, et la prochaine vague de leaders de la ligue », résume Seth Partnow.

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« Parmi les joueurs dominants, aux postes clés, il y a peu de joueurs américains, comme au poste 5, analyse Chris Singleton, consultant pour beIN Sports, qui diffuse la NBA. On ne revoit plus des Shaquille O’Neal par exemple. Des joueurs grands comme Jokic, même Wembanyama, ont une avance technique qui fait des différences. Les Européens qui débarquent dans la ligue ont une maturité que les jeunes Américains n’ont pas. » Sans doute le fait d’avoir côtoyé, très souvent, des championnats professionnels avant de traverser l’Atlantique.

Ainsi Luka Doncic, avec le Real Madrid, a disputé et gagné l’Euroligue. Nikola Jokic, lui s’est frotté à des grosses écuries comme le Partizan ou l’Etoile Rouge en Serbie. De quoi vous forger un homme. Pas comme la NCAA, où vous êtes déjà chouchoutés, dans un environnement quasi professionnel.

« Le problème, c’est que la NCAA, c’est souvent une année et après le joueur sort en NBA, donc la formation est quasi inexistante, reprend Singleton. Leur formation, c’est quand ils arrivent en NBA et le jeu n’est pas pareil, c’est plus physique. Les joueurs sont tellement cadrés en universités, que quand ils arrivent dans la Ligue, ils ne savent plus comment faire ». »

Trop de matchs trop jeunes aux Etats-Unis

Selon Seth Partnow, le problème commence même bien avant l’université. Pour l’ancien membre du staff des Bucks, qui prend l’exemple du foot où « les Etats-Unis ont du mal à trouver des joueurs qui les feraient passer pour des outsiders à la Coupe du monde », le problème est global. Et il évoque deux théories :

  • « Nous comptons les points à un âge trop jeune. Le type de tactiques et de skills qui permettront de remporter les championnats des moins de 12 ans n’a pas grand-chose en commun avec ceux qui permettent aux joueurs d’exceller face à des niveaux de compétitivité plus élevés. »
  • « On joue trop de matchs. Les jeunes joueurs ont des maladies chroniques et des blessures dues au surmenage. J’ai vu cela aux Bucks, où nous avions régulièrement des prospects de 20 ans pour des séances d’entraînement et le rapport médical était plein de signaux d’alarme, avec des signes avant-coureurs de problèmes à long terme au genou ou à la cheville. »

Opération décrédibilisation

Alors, face au déclin de l’empire américain, certains grands noms du basket US se sont lancés dans une entreprise de démolition des Européens, à l’image de Gilbert Arenas. L’ancien meneur des Wizards, qui s’est lâché dans son podcast Gil’s Arena, a accusé les joueurs du Vieux Continent de tous les maux, ou presque, sans aucun fondement : « Il faut que la ligue se débarrasse des Européens ! Les joueurs doivent aller à la fac pour apprendre à défendre. Ils ne sont pas athlétiques, pas rapides, ils ne sautent pas haut et ce sont des points faibles en défense. »

Même Paul Pierce, la légende des Boston Celtics, a déversé son fiel contre les héritiers de Dirk Nowitzki, Tony Parker et Pau Gasol : « Ils ne passent pas pour des durs à cuire. Je ne les vois pas s’en prendre aux autres, ce n’est pas dans leur culture, assure The Truth dans l’émission "Undisputed". Ça, c’est la culture américaine. On a grandi dans les quartiers pauvres, on a joué dans la rue, on trash-talkait, ça pouvait partir en bagarre. » Oui, bon, après, le but est de jouer au basket Paul, pas de partir dans un octogone. C’est peut-être bien pour ça que les joueurs américains n’arrivent plus à la cheville des Européens.