JO 2024 – Basket : Jeu soporifique et usure du groupe… Vincent Collet et Didier Deschamps, même combat ?
Banc d’essai•Le destin des entraîneurs des équipes de France de basket et de foot présente des points communs troublantsNicolas Stival
L'essentiel
- L’équipe de France de basket de Vincent Collet se heurte ce mardi au Canada, un énorme morceau en quart de finale des Jeux olympiques.
- Les Bleus sortent d’un premier tour mal maîtrisé, un an après une Coupe du monde complètement ratée.
- Le parcours de leur entraîneur fait beaucoup penser à celui de Didier Deschamps, autre sélectionneur en poste depuis une éternité.
A Villeneuve-d’Ascq,
Ils sont tous les deux nés sous la présidence du général de Gaulle et ont déjà battu des records de longévité à leur poste respectif. Ils ont souvent mené leur équipe très loin dans les compétitions internationales, mais aujourd’hui, ils suscitent un rejet croissant. Didier Deschamps (55 ans) et Vincent Collet (61 ans) pourraient monter un groupe de parole pour sélectionneurs contestés.
Voici quelques semaines, le premier a réussi l’exploit d’amener les Bleus du foot dans le dernier carré d’un Euro sans susciter plus d’émotions qu’une partie de Mölkky entre potes fatigués au lendemain d’un mariage. Le second se retrouve au pied du mur avant un quart de finale olympique mardi contre le Canada, face auquel sa formation semble avoir autant de chances que le trop léger Sud-Coréen Lee Joon-hwan contre Teddy Riner. 20 Minutes a tenté de pousser un peu plus loin la comparaison.
Une trop grande dépendance à son « Lider maximo »
Sur le terrain, comme en dehors lorsqu’il s’agit de causer sponsors, Kylian Mbappé est le capitaine des Bleus du foot. Une omnipotence à double tranchant. Côté pile, Kyky a ressuscité une équipe menée 2-0 en finale de Coupe du monde face à l’Argentine au Qatar en plantant un triplé, performance invraisemblable bien qu’insuffisante.
Côté face, l’ex-attaquant du PSG a plombé l’équipe de France lors de l’Euro en Allemagne, en aimantant le ballon comme à ses beaux jours alors que, cloison nasale déviée ou pas, il a traversé la compétition telle une ombre. Sa sortie à la mi-temps de la prolongation contre le Portugal en quart de finale a surpris. On a appris très vite que ce n’était pas un choix de l’entraîneur, mais que le néo-Madrilène en personne avait demandé à être remplacé…
Son équivalent au basket s’appelle Victor Wembanyama. Dans l’optique des Jeux olympiques, Collet, qui avait déjà dirigé le prodige chez les Metropolitans 92, en a fait l’alpha et l’oméga du jeu tricolore, bouleversant ses schémas pour intégrer le géant des San Antonio Spurs.
« Avec les Mets, on avait vécu ça, se rappelait avant les JO Steeve Ho You Fat, ancien joueur de feue la formation francilienne. L’équipe devait comprendre que c’était celle de Victor et il fallait apprendre à jouer autour de lui. Lui-même essayait de savoir comment il fallait jouer. Et nous, on devait faire encore plus d’efforts. On a réussi à le faire, avec des joueurs qui avaient beaucoup moins d’expérience que ceux en équipe de France. »
Seulement, si le prodige de 2,24 m domine les colonnes de stats de sa formation, il reste un joueur de 20 ans encore loin de sa plénitude physique. Cela se ressent particulièrement dans ce tournoi olympique soumis aux règles FIBA, plus sympas avec les défenseurs que la NBA. « Wemby » se fait bouger et éloigner du cercle quand les intérieurs adverses sont aussi solides que les colosses allemands. Or, quand le rookie de l’année dans la ligue nord-américaine prend froid, c’est toute l’équipe de France qui tousse.
Un style très (trop ?) défensif
On va l’écrire comme ça, pour ne pas choquer leurs thuriféraires, même s’il s’agit d’espèces en danger critique d’extinction : le jeu prôné par les deux techniciens a rarement fait lever les foules. DD n’est jamais aussi heureux que lorsqu’il voit évoluer une équipe « équilibrée ». Si vous tapez cet adjectif sur Google traduction en langue « Deschamps », vous obtiendrez en français : « qui n’a pas pris de but ». De l’autre côté du terrain, il y aura bien un penalty à récupérer, ou bien un défenseur adverse malchanceux pour filer un coup de main.
Du côté des parquets, Collet voue un culte à la défense, et partage sa foi ardente dès qu’un micro se tend devant lui. « J’aime bien voir Vincent Collet comme un joueur d’échecs, compare Steeve Ho You Fat. Son basket est élégant, mais il peut ne pas plaire à tout le monde. Ça peut amener de la frustration. »
Et cela, jusqu’au sein de l’équipe, puisque Evan Fournier, que l’on a senti sur la retenue pour ne pas déraper, a lâché, après la rouste contre l’Allemagne, une petite bombinette dans les pieds de son coach. « Par moments, je pense qu’on se trompe dans la façon dont on veut jouer, et on en paie les pots cassés, avait lâché vendredi soir l’un des cadres des Bleus. De nos jours, la meilleure défense reste l’attaque. Ce n’est plus le jeu des années 1990 ou des années 2000, où tu pouvais défendre demi-terrain. Ton attaque est primordiale pour l’équilibre, pour la transition. »
L’arrière de 31 ans a assuré samedi ne pas avoir voulu blesser Collet. Raté, car celui-ci a très mal pris d’être assimilé à un technicien dépassé et il a déploré « une déclaration regrettable et inacceptable dont [Fournier] porte la responsabilité. »
La compétition de trop ?
Sanction ou pas ? La menace plane au-dessus de Fournier avant le quart de finale contre le Canada, probable terminus des rêves bleus. Si l’aventure s’arrête mardi, loin de la finale atteinte à Tokyo, il s’agira du deuxième échec consécutif des Bleus, après une Coupe du monde 2023 conclue à une indigne 18e place.
Dans la foulée de ce fiasco, le président de la Fédération Jean-Pierre Siutat avait affirmé sur RMC Sport : « Sincèrement je pense que Vincent restera l’homme de la situation pour mener l’équipe en 2024. » Siutat avait aussi indiqué que Collet lui avait proposé à deux reprises sa démission (refusée chaque fois), en 2016 (déjà après un quart de finale olympique perdu, à Rio) puis en 2017 (élimination en 8es de finale de l’Euro par l’Allemagne). Mais cette fois, le Normand arrive au terme de son contrat…
Deschamps, lui, est lié à la FFF jusqu’à la Coupe du monde 2026. Le verbe « démissionner » ne fait pas partie de son vocabulaire, et le président Philippe Diallo l’a confirmé dans ses fonctions au lendemain de l’élimination en demi-finale du championnat d’Europe contre l’Espagne.
Après l’échec de l’Euro 2021, terminé face à la Suisse en 8es de finale, DD avait su relancer son équipe, sur le plan des résultats, en tout cas. Mais l’épisode allemand pourrait marquer une rupture, notamment avec son ancien chouchou Antoine Griezmann, baladé un peu partout, y compris sur le banc de touche.
Une chose semble certaine toutefois : le sélectionneur des Bleus du foot sera toujours sur leur banc à la rentrée. Pour celui du basket, en revanche, le match contre le Canada servira probablement de juge de paix.



















