JO 2024 Basket : Des prisons russes au stade Pierre-Mauroy… Brittney Griner a impressionné face au Japon
Destinée•La pivot américaine de 2,06 m a activement participé au carton face aux Nippones (102-76), lundi soirNicolas Stival
L'essentiel
- En 2022, Brittney Griner a été détenue neuf mois en Russie, dans une affaire aux répercussions mondiales.
- De retour avec la sélection américaine, la pivot du Phoenix Mercury (33 ans, 2,06 m) vise un troisième titre olympique, qui serait le huitième de Team USA.
- Lundi soir, Griner a réussi un bon match, sans forcer, face à des Japonaises dépassées (102-76).
A Villeneuve-d’Ascq
Un « ooooh » s’élève des tribunes du stade Pierre-Mauroy, tard dans la soirée de lundi. Au coeur du quatrième quart-temps de cet Etats-Unis-Japon à sens unique (102-76), Brittney Griner vient se récupérer un rebond défensif avec sa seule main droite, sans sauter. Lorsqu’on mesure 2,06 m, tendre le bras s’apparente à de la concurrence déloyale, face à des adversaires dont la « géante », Maki Takada, culmine à 1,85 m. Mais le règlement est formel, rien ne l’interdit. Donc ça joue, et la scène marque durablement la rétine.
A 33 ans, l’impressionnante pivot du Phoenix Mercury a traversé l’Atlantique afin de glaner un troisième titre olympique, après Rio 2016 et Tokyo 2021, où les Nippones, en finale, avaient bien mieux résisté qu’à Villeneuve-d’Ascq (90-75). Un simple trajet en avion de plus pour ses coéquipières, mais un énorme choc émotionnel pour Griner.
La basketteuse n’avait plus vu le Vieux Continent depuis décembre 2022 et sa sortie de prison en Russie, après neuf mois de détention. Au mois de février précédent, alors qu’elle venait d’atterrir à Moscou afin de piger dans le championnat russe, comme elle en avait l’habitude, Griner avait été arrêtée pour avoir transporté une vapoteuse et du liquide contenant du cannabis.
Icône LGBT+
Condamnée à neuf ans de prison, elle a finalement été échangée contre le trafiquant d’armes russe Viktor Bout, à l’issue d’une affaire en mondiovision, remontée jusqu’à la Maison-Blanche et au Kremlin.
Car Griner n’est pas seulement une basketteuse exceptionnelle, la première à avoir réussi un dunk en Coupe du monde, contre la Chine en 2014. La Texane polytatouée jouit aussi du statut d’icône de la communauté LGBT+, depuis qu’elle a révélé son homosexualité en même temps que le harcèlement subi dans son enfance en 2013, dans un entretien au magazine Sports Illustrated.
En 2020, elle s’est également engagée corps et âme dans la lutte contre les violences policières dont sont victimes les Afro-Américains, dans la foulée de la mort de George Floyd et Breonna Taylor.
Aujourd’hui, Griner apparaît sereine, alors qu’elle avait confié le 1er mai dans une interview à la chaîne ABC combien elle avait souffert pendant sa détention en Russie, allant même jusqu’à envisager le suicide. « Tout le monde se demande ce que cela me fait de revenir ici après tout ce que j’ai vécu, mais je me sens bien, en sécurité en France, donc j’ai simplement hâte de jouer », avait-elle déclaré jeudi dernier, après le premier entraînement des Américaines au stade Pierre-Mauroy.
La « fierté » de sa coéquipière Breanna Stewart
Lundi en revanche, après une partie sans accroc (11 points, 9 rebonds et 3 passes en un peu moins de 16 minutes), l’Américaine ne s’est pas arrêtée dans la zone mixte qui jouxte le parquet. Elle l’a toutefois traversée avec un grand sourire.
« C’est incroyable pour elle d’être de retour aux Jeux olympiques, a témoigné Breanna Stewart (22 points, 8 rebonds), autre star du trio intérieur de Team USA avec A’Ja Wilson (24 points, 13 rebonds). La manière dont elle se comporte, le fait d’être ici, à l’étranger, d’être dominante dans la raquette… Je suis vraiment fière d’elle. »
Les Américaines invaincues depuis les JO 1992
Joueuse très technique malgré sa taille, Griner souffre parfois d’un déficit de vivacité, visible face aux feux follets japonaises. Mais rien ni personne ne semble pouvoir empêcher la belle histoire de s’écrire jusqu’à la finale le 11 août à Paris, et de s’afficher dans quelques mois dans un documentaire Netflix ou Prime Video.
Notre dossier JO 2024Car les basketteuses américaines sont encore plus dominantes que leurs homologues masculins, à la manière d’un Mondo Duplantis en saut à la perche. Jeudi, contre la Belgique, elles enregistreront une 57e victoire olympique d’affilée sur la route d’un huitième sacre consécutif. Les héritières des joueuses de la défunte CEI, les dernières à les avoir battues (73-79), en demi-finales des Jeux de Barcelone, ne sont peut-être pas encore nées.


















