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Pourquoi l’aventure de Boris Diaw avec Biscarrosse crispe le basket landais

« Un torrent de violences verbales »… Pourquoi l’aventure de Boris Diaw avec Biscarrosse crispe le basket landais

LANDES OF BROTHERSPensionnaire de Départementale 3 renforcé par l’ancien capitaine des Bleus et ses amis quadras, le club néo-aquitain est devenu le favori d’une Coupe des Landes déclenchant autant de passion que de tensions
Jérémy Laugier

Jérémy Laugier

L'essentiel

  • La très attendue demi-finale de la Coupe des Landes de basket entre Biscarrosse et l’Elan Tursan va se disputer dimanche (16 heures) dans les arènes de Gamarde-les-Bains, devant 2.000 spectateurs.
  • Cette compétition de basket amateur est une immense institution dans les Landes, au point que la finale est programmée le 1er juin dans des prestigieuses arènes du Plumaçon de Mont-de-Marsan (8.000 places) qui seront blindées.
  • Si le petit club de Biscarrosse fait salle comble depuis le début de l’épreuve, c’est qu’il compte dans ses rangs l’ancien capitaine de l’équipe de France Boris Diaw (42 ans), ainsi que ses amis d’enfance, dont plusieurs ex-pros. Mais cette aventure « Bisca » ne ravit pas tout le basket landais, loin de là.

EDIT du samedi 1er juin : Grâce à sa victoire en demi-finale, le 12 mai contre l’Elan Tursan (99-77, avec 11 points de Boris Diaw), Biscarrosse (Départementale 3) va disputer ce samedi 1er juin à 21 heures (en direct sur la chaîne Skweek) la finale de la Coupe des Landes contre l’ESMS (N2). « Bisca » aura 49 points d’avance au coup d’envoi dans des arènes de Mont-de-Marsan bondées (8.000 spectateurs).

« Un dernier tour de kif entre potes d’enfance. » C’est ainsi que la bande à Boris Diaw décrit son projet « Bisca » 2024. Dix ans après avoir remporté le titre NBA avec les Spurs, l’ancien capitaine de l’équipe de France vise un ultime trophée : la Coupe des Landes. Ou plutôt « la Coupe du monde des Landes », comme tout basketteur landais tient à l’appeler.

A savoir, une compétition rassemblant tous les clubs de niveau amateur du 40, avec cette année à la clef une finale programmée le 1er juin dans des arènes du Plumaçon de Mont-de-Marsan forcément bouillantes pour l’occasion, avec pas moins de 8.000 spectateurs.

Sorti de sa retraite sportive prise en 2018 pour rejoindre le petit club de Biscarrosse Olympique Basket (Départementale 3), l’intérieur de 42 ans, qui a passé son enfance dans les Landes, s’est entouré en septembre 2023 de dix amis de longue date pour tenter d’accomplir son ultime rêve sportif. Dans le casting, on trouve une majorité de quadras « un peu rouillés », ayant pour la plupart joué jusqu’en National 1 ou Pro B, et même en Pro A dans le cas de Simon Darnauzan (43 ans).

La ferveur entourant les matchs de la Coupe des Landes de Biscarrosse est impressionnante cette saison.
La ferveur entourant les matchs de la Coupe des Landes de Biscarrosse est impressionnante cette saison. - Gaizka Iroz/ AFP

Une série YouTube pour l’occasion

Cette aventure très sympa à suivre, marquée par quatre qualifications de Biscarrosse avant la demi-finale contre l’Elan Tursan (Régionale 1), dimanche (16 heures) aux arènes de Gamarde-les-Bains (2.000 places), a droit à sa websérie, la bien nommée Landes of brothers. Les quatre épisodes sur YouTube, produits par Skweek, montrent la partie émergée de l’iceberg « Bisca ». A savoir l’ambiance festive des bandas dans les arènes de Parentis-en-Born blindées pour le quart de finale (4.000 spectateurs) ou d’intéressants échanges entre Boris Diaw et des jeunes passionnés de basket. On voit aussi l’ex-champion d'Europe 2013, cheveux grisonnants et silhouette à des années-lumière de ses saisons NBA à Phoenix, se marrer en confiant qu’il n’a plus tenté le moindre dunk depuis 2018.

Mais le parcours inédit de Biscarrosse, lancé vers le premier sacre d’une équipe de niveau départemental dans cette prestigieuse épreuve, agace pas mal de monde dans les Landes. A commencer par les clubs sortis de la Coupe par cette atypique armada de vieux briscards. « On a très mal vécu notre élimination contre eux. Ça reste le point noir de notre saison et je n’ai pas envie d’en dire davantage », lâche ainsi froidement un dirigeant de club landais.

Champion d'Europe 2013, champion NBA 2014, et bientôt vainqueur de « la Coupe du monde des Landes » 2024, le triptyque parfait pour Boris Diaw ?
Champion d'Europe 2013, champion NBA 2014, et bientôt vainqueur de « la Coupe du monde des Landes » 2024, le triptyque parfait pour Boris Diaw ? - Romain Perrocheau / AFP

« Tous les clubs auraient dû boycotter cette édition »

Le point de crispation principal se trouve dans la stricte application du règlement historique de la compétition : on bénéficie de 7 points d’avance par division d’écart, ce qui vise à tenter de laisser une chance aux équipes de niveaux modestes. Autrement dit, en tant que club de D3, « Bisca » attaquera dimanche sa demi-finale à 35-0, après avoir compté jusqu’à 42 points d’avance d’emblée lors des deux tours précédents contre des équipes de N3. Joueur du Real Chalossais (N3), tenant du titre de cette Coupe des Landes et éliminé en janvier en huitièmes par Biscarrosse (82-103), Yohan Cambon est encore remonté sur le sujet.

« Le projet en lui-même ne me déplaît pas, c’est très gratifiant d’affronter un tel joueur. Mais à l’image de Freddy Fauthoux qui avait remporté la Coupe des Landes en 2010 en disputant toute la saison en N2, Boris Diaw aurait pu tenter de remporter le titre en jouant par exemple avec le Stade Montois (N3). Là, ça n’a rien à voir, il s’est construit toute une équipe en D3. Il ne faut pas vraiment être des compétiteurs pour débuter un match à +42, surtout quand il s’agit d’anciens pros. Ils font en plus les malins à chambrer sur le terrain, alors qu’on l’emporte de 21 points au final et que ça aurait été l'exploit du siècle de se qualifier… Je comprends l’énorme polémique les concernant et les sifflets d’une partie du public. Tous les clubs auraient même dû avoir le courage de boycotter cette édition dans ce contexte. »

Yohan Cambon

Coéquipier de Boris Diaw à Biscarrosse, « seul club des Landes prêt à tous nous recevoir », Cédric Beesley (41 ans, ex-Pro B) est conscient que ce n’est actuellement pas « La La Landes » pour son équipe : « Au départ, les gens étaient conquis, le projet de Boris était bien perçu par tout le monde. Avec le temps, les équipes qui s’imaginaient remporter le trophée râlent de voir débarquer un nouveau prétendant. Mais le règlement est comme ça, ce n’est pas de notre faute, on enfreint rien du tout ». En première ligne, on trouve plutôt le comité départemental des Landes de basket, qui se refuse de toucher aux « points de handicap », pour Biscarrosse en 2024 comme pour les prochaines saisons.

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Quatre entraînements en deux mois avant la demie

Par contre, la perspective de voir cette équipe de D3, qui fait tant causer, soulever le Graal le 1er juin a poussé l’organisateur de cette Coupe des Landes à un changement majeur. Il va imposer aux joueurs, à partir de l’année prochaine, de disputer au moins 75 % des matchs de championnat avec leur club pour pouvoir prendre part à l’épreuve reine. Et ce afin d’éviter qu’il y ait « une équipe de Coupe et une équipe de championnat ».

Ce qui est globalement le cas cette saison, puisque Boris Diaw et ses potes respectent simplement leur « engagement moral » à participer à deux matchs minimum de D3. Faute de temps et de motivation dans ce qui restera à coup sûr un « one shot » pour eux, ils n’en ont pas fait davantage.

« On ne s’est entraîné que quatre fois depuis le quart de finale du 16 mars. Boris revient par exemple tout juste de deux mois de traversée sur son bateau. Quand on sait qu’il y a parfois des pros dans les équipes d’en face qui s’entraînent deux fois par jour, avec des gamins qui courent de partout, je ne vois pas pourquoi elles n’auraient aucune chance de remonter une quarantaine de points à des vieux. » »

Cédric Beesley
Cédric Beesley (au centre, numéro 10), fête la qualification de Biscarrosse lors du huitième de finale de la Coupe des Landes, le 20 janvier contre le Real Chalossais (103-82).
Cédric Beesley (au centre, numéro 10), fête la qualification de Biscarrosse lors du huitième de finale de la Coupe des Landes, le 20 janvier contre le Real Chalossais (103-82).  -  GAIZKA IROZ / AFP

« J’aurais préféré que Boris Diaw reste sur son bateau »

Après avoir infligé un 25-0 à Biscarrosse durant le quart de finale, Coteaux du Luy (N3) est l’équipe qui a le plus flirté avec une remontada, pour une défaite assez serrée (79-92) au bout du compte, au vu de l’écart initial de 42 points. Yohan Cambon tient tout de même à préciser : « Croyez-moi, ce ne sont pas du tout des papys cassés en deux ». Landes of brothers montre clairement que tous ont de beaux restes sur le terrain. Assez pour soulever le trophée dans trois semaines contre l’ESMS (N2), avec donc un + 49 au coup d’envoi jamais vu à ce stade de la compétition ?

A écouter la déception de Yohan Cambon, même cinq mois après son élimination, on comprend la flamme qui anime « Babac » et les siens pour aller au bout de l’aventure sur leurs terres d’enfance. « En tant que Landais, je ne suis revenu dans la région que pour cette Coupe. Je rêve de ce titre depuis que je suis gamin. J’ai quand même serré la main de Boris Diaw à la fin de notre match, mais j’aurais préféré qu’il reste sur son bateau et qu’il me laisse gagner ma Coupe des Landes », sourit l’arrière du Real Chalossais.

« Le procès fait à Boris est catastrophique »

Le comité départemental des Landes aimerait bien ne voir que ce type de dérision sur le sujet, comme la récente vidéo parodique Land of Tursan publiée par le futur adversaire de Biscarrosse. Mais malheureusement, sa présidente Barbara Canlorbe a dénoncé en mars sur son compte Facebook « un torrent de violences verbales ». « Les lendemains de tour de Coupe des Landes sont de plus en plus violents. Les mots ont un sens. Ils restent, ils vous réveillent la nuit, ils vous poursuivent la journée. Ils vous blessent, vous choquent, vous abîment. Je refuse de me plier à la dictature de la minorité haineuse et je refuse qu’elle puisse salir impunément le comité et la Coupe des Landes », pointe la dirigeante, très marquée par certaines réactions.

L’euphorie généralisée entourant le retour dans les Landes de Boris Diaw, qui fait salle comble à chacun de ses matchs, s’est donc sacrément effritée depuis septembre. « Ça a pris des proportions démentes sur les réseaux sociaux, tout ça pour du basket, regrette son ami Cédric Beesley. Ça nous fait de la peine pour Barbara Canlorbe, et le procès qui est fait à Boris est catastrophique. » Et s’il était finalement encore plus rude de résister à la pression extérieure entourant la quête d’un sacre dans « la Coupe du monde des Landes » qu’en NBA ?