Affaire Pierre-Ambroise Bosse: «C'était un moment très difficile», le champion du monde était jugé pour une violente bagarre

JUSTICE Le tribunal a requis 500 euros d’amende contre l’athlète français

Clément Carpentier

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Pierre-Ambroisse Bosse quelques minutes avant son audience.
Pierre-Ambroisse Bosse quelques minutes avant son audience. — Clément Carpentier / 20 Minutes
  • Pierre-Ambroise Bosse était jugé par le tribunal correctionnel de Bordeaux après une violente bagarre en 2017.
  • Le procureur général a requis une amende de 500 euros contre l’athlète.
  • Un champion du monde qui affirme que cette affaire l’a profondément changé.

Pas même un regard. Pierre-Ambroise Bosse - alias «PAB» - et Anthony Etcheverry s’ignorent devant la 5e chambre du tribunal correctionnel de Bordeaux. Comme si aucun des deux jeunes hommes ne voulait baisser les yeux devant l’autre. Droits dans leurs bottes, ils répètent chacun dans les grandes lignes leur version après la bagarre qui les a opposés en août 2017 sur le parking du casino de Gujan-Mestras en Gironde après une soirée arrosée. Et notamment sur la question principale : Qui a déclenché celle-ci ?

  • Acte 1 : Une gifle d’Anthony Etcheverry ? « Je passe une bonne soirée. On me demande des selfies mais je finis par partir car c’est oppressant. Au volant de ma voiture, je fais des blagues et là je prends une claque d’un coup », explique PAB. Qui est-ce ? L’ancien rugbyman pour lui. Problème, ce dernier dément et aucun témoin ne confirme cette gifle.
  • Acte 2 : Le jet de bouteille de Pierre-Ambroise Bosse ? « Je me suis dit, il n’y a pas de respect (après la gifle). Il fallait faire quelque chose. J’ai jeté cette bouteille en sortant de la voiture mais spontanément et pas vers lui », affirme-t-il. Son adversaire a une autre version : « Je venais de sortir de la boîte, j’attendais mes amis à une voiture et là, j’ai reçu une bouteille sur le biceps. » Anthony Etcheverry fera constater un hématome sur son bras quelques jours plus tard.
  • Acte 3 : La bagarre entre les deux hommes : « Quand je suis arrivé vers lui (après le jet de bouteille), il n’y a pas eu d’échange. J’ai reçu direct un coup qui m’a mis K.O ! », rappelle PAB. Une version que ne nie pas l’auteur de celui-ci : « Je ne conteste pas non plus les coups de pied (alors que Bosse est au sol) mais je ne me vois pas les répéter avec mon handicap à la jambe. J’ai joué au rugby, on ne tape pas des drops avec la tête de quelqu’un. »

Une amende de 500 requis contre PAB

Le président se demande alors si les violences auraient pu aller plus loin sans l’intervention des témoins notamment de femmes comme le fait remarquer la procureure générale : « L’une d’elles a parlé à propos de la scène de mort d’homme évitée. »

La procureure souligne aussi qu’Anthony Etcheverry « a continué sa soirée dans une autre boîte de nuit comme si de rien n'était, il a même dragué une jeune fille » avant de requérir :

Il y a celui qui aurait pu tuer et celui qui a réagi par orgueil. Je demande six mois de prison avec sursis contre Anthony Etcheverry (poursuivi pour « violence par une personne en état d’ivresse manifeste suivie d’incapacité supérieure à 8 jours ») et je vous demande aussi de reconnaître coupable Pierre-Ambroise Bosse et de le condamner à une amende de 500 euros (poursuivi pour « violence avec usage ou menace d’une arme sans incapacité »).

Lors de sa plaidoirie, Maître Louisa Antenni, a réclamé la relaxe pour PAB et près de 700.000 euros de dommages et intérêts (140.000 euros pour perte de gains professionnels, 40.000 euros pour dépenses de santé, 500.000 euros pour perte de gains de sponsoring, 20.000 euros pour préjudice corporel et 20.000 pour préjudice moral). De son côté, Maître Arnaud Dupin s’est attaqué à Pierre-Ambroise Bosse : « Vous n’assumez pas vos actes. Vous ne vous comportez pas en grand homme. Si c’était le cas, les sponsors n’auraient pas fui. » Le jugement a finalement été mis en délibéré au 28 mai prochain.

« La notoriété m’amuse moins »

Cette affaire ne sera pas sans conséquence pour Pierre-Ambroise Bosse, qui s'est confié à la sortie du tribunal :

J’ai moins envie de déconner même avec vous (les journalistes). La notoriété m’amuse moins. On va dire que j’étais jeune et que cette affaire, ça m’a donné un coup de vieux. J’ai plus tendance à fuir la notoriété malheureusement.

Alors que l’avocat d’Anthony Etcheverry « juge les réquisitions dans l’ordre des choses » et se dit « satisfait car le président du tribunal est allé au fond de l’histoire avec Bosse », l’athlète lui parle d’un moment « très difficile où il y avait tout d’abord beaucoup de tension et où son coeur a battu vite. » Un PAB qui « aurait aimé avoir le délibéré après après un an et demi déjà compliqué ». Il faudra patienter pour le champion du monde du 800 mètres.