Parité des gains hommes-femmes: Le tennis est-il réellement un cas unique?

SPORT Côté dotations, d'autre sports appliquent la parité...

Romain Scotto

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Les vainqueurs de Roland-Garros 2012, Maria Sharapova (à g.) et Rafael Nadal lors de leur remise de trophée.
Les vainqueurs de Roland-Garros 2012, Maria Sharapova (à g.) et Rafael Nadal lors de leur remise de trophée. — REUTERS

Si Maria Sharapova entendait aujourd’hui l’avis du Baron de Coubertin sur le sport féminin, le pauvre homme finirait sûrement avec une raquette encastrée dans le crâne. «Une olympiade femelle serait impratique, inintéressante, inesthétique et incorrecte. Les JO doivent être réservés aux hommes, le rôle des femmes devrait être avant tout de couronner les vainqueurs», avançait en 1912 le père des Jeux modernes. Un siècle plus tard, Gilles Simon n’est pas allé aussi loin en réclamant la fin de la parité hommes – femmes sur les gains en Grand Chelem. Mais il a quand même bien énervé la numéro 1 mondiale.

Pour lui, le circuit masculin mérite plus de retombées en «prize money» dans la mesure où il drainerait plus de sponsors, attirerait plus de public et serait plus «attractif» que le circuit WTA. Simon affirme aussi que le tennis est le seul sport où la parité est imposée, chose qui n’est pas totalement fausse, à quelques aménagements près.

Egalité parfaite en patinage

Dans le golf, qui fonctionne également en «circuit» professionnel avec des Grands Chelem, la parité est une chimère. Les filles gagnent 2,5 à 3 fois moins que les hommes. L’explication est simple, selon Patrice Barquez, l’agent des meilleurs joueurs français, dont Thomas Levet: «Chez nous, les économies sont dissociées. Il y a bien un US Open, un British Open masculin et féminin, mais les deux épreuves n’ont pas lieu en même temps ni au même endroit. Je pense que ça ne bougera pas. A la limite, c’est aux organisateurs de trouver plus de sponsors.» Les hommes ne peuvent donc reprocher aux femmes de  profiter sans justification des recettes de billetterie.

Pour trouver un cas de parité dans un sport individuel, il faut se tourner vers les disciplines hivernales. Le patinage ou le ski par exemple. «Depuis l’apparition des Grand Prix, tout le monde gagne exactement la même chose», indique Katia Krier, cadre d’Etat au patinage artistique. Chez nous, les stars sont des hommes aujourd’hui, Chan ou Plushenko, mais il n’y a pas ce genre de débat.» Pour une victoire dans une épreuve du Grand Prix, comme le Trophée Bompard, les vainqueurs touchent 18.000 euros (soit autant qu’une défaite au premier tour de Roland-Garros).

«Les nanas, elles skient devant 20.000 spectateurs au mieux. Sinon, c’est 500 personnes.»

En ski aussi, les «prize-money» sont établis sur une base commune imposée par la fédération internationale. Mais certains organisateurs d’épreuves de Coupe du monde de prestige réévaluent les dotations dans les courses masculines, ce qui crée une légère disparité, pas forcément injustifiée, selon les skieurs. «Je comprends totalement Gilles Simon, avoue le jeune retraité Pierre-Emmanuel Dalcin. Nous, on fait 60.000 entrées payantes à Kitzbühel. Les nanas, elles skient devant 20.000 spectateurs au mieux. Sinon, c’est 500 personnes.»

Le cas de l’athlétisme est encore différent. Dans les stades, le public paie pour un spectacle global et la répartition des gains est identique entre les épreuves de Diamond League. Selon Leslie Djhone, spécialiste du 400m, «personne ne s’en plaint. En plus d’une égalité hommes – femmes, on a une égalité totale entre les disciplines de courses, de lancers. Tout le monde est logé à la même enseigne.» Enfin presque. Les organisateurs de meetings arrosent en amont les athlètes les plus réputés, ce qui biaise légèrement le sujet. Pour un Usain Bolt, comptez au moins cinq zéros sur la prime d’engagement. Et pour les matchs à rallonge de Gilles Simon, c’est combien?