Cyrille Guimard: «Si vous tombez, c'est de votre faute»

CYCLISME Le directeur sportif évoque Paris-Roubaix, à trois jours de la classique...

Recueilli par François Launay à Lille

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Avec le forfait de Cancellara, Boonen apparaît comme le grand favori du 110e Paris-Roubaix qui se court dimanche.
Avec le forfait de Cancellara, Boonen apparaît comme le grand favori du 110e Paris-Roubaix qui se court dimanche. — M.LIBERT/20MINUTES

Hinault, Fignon, Lemond, il les a tous eus sous ses ordres. Aujourd'hui directeur sportif de l'équipe continentale Roubaix Lille Métropole, Cyrille Guimard connaît parfaitement tous les trucs et astuces du cyclisme professionnel. A trois jours de Paris-Roubaix, l'ancien cycliste évoque l'Enfer du Nord.

Paris-Roubaix est-elle la plus belle des classiques?
Ca dépend dans quel pays vous vivez. Les Belges vous diront que c'est le Tour des Flandres, les Italiens Milan-San Remo et les Français Paris-Roubaix. Chaque grande classique a sa personnalité et son caractère. Elles font partie des monuments du vélo. Même si Paris-Roubaix fait souvent l'unanimité.

Quelle est la clé pour gagner cette course?
D'abord, il faut l'aimer. Même si Hinault l'a gagné (1981) en disant que c'était «une course de merde». Il faut être très puissant, très adroit. Il n'y a pas de physique particulier à avoir. Regardez Van Summeren l'an passé. Il est très grand [1,97m] et il a gagné la course.

Il faut aussi avoir de la chance?
La chance, ça n'existe pas, on la provoque. Si vous tombez, c'est que vous faites une faute. Si vous crevez, c'est que vous n'êtes pas passé où il fallait. Il n'y a qu'à voir les meilleurs. Ils ne crèvent quasiment jamais.

Avec le forfait de Cancellara, Boonen peut-il perdre cette année?
C'est le super favori, mais ce sera peut-être plus difficile pour lui de gagner. Si Cancellara avait été là, leurs deux équipes auraient roulé toute la journée. Là, les Omega Pharma vont devoir tout contrôler. C'est moins facile.

En 109 éditions, un seul Nordiste a gagné cette course. Alors que les Flamands gagnent très souvent le Tour des Flandres. Pourquoi?
Parce qu'ils ne sont pas assez forts. Stablinski aurait pu gagner. Wojtinek a fait 2e à 22 ans en 1985, mais après il a «brouté». C'est une course de longue haleine qu'il faut bien préparer. Et puis il ne faut pas croire tout ce qu'on lit dans les journaux. Pour pouvoir être à ce niveau-là, le travail ne suffit pas. Il faut surtout avoir des qualités génétiques. Il faut que le Père Noël vous apporte quelque chose dans le fond de la chaussure. Aujourd'hui, il y a deux bons jeunes formés dans la région: Sénéchal, qui a gagné Paris-Roubaix juniors l'an passé, et Demare. Mais bon, lui il est Picard. Après est-ce que les Picards sont aussi des Ch'tis? A vous de voir...