Ferdinand Coly: «Le Sénégal était en dessous de tout lors de la CAN»

INTERVIEW L'ancien joueur emblématique et coordinateur de la sélection sénégalaise analyse l'échec des grandes nations africaines. Dont la sienne...

Propos recueillis par Romain Scotto

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Le Sénégalais Mohamed Diame lors de la défaite de son équipe à la Coupe d'Afrique des Nations, le 29 janvier 2012 à Bata contre la Libye.
Le Sénégalais Mohamed Diame lors de la défaite de son équipe à la Coupe d'Afrique des Nations, le 29 janvier 2012 à Bata contre la Libye. — A.Abdallah Dalsh/REUTERS

Quatre ans après sa retraite, Ferdinand Coly reste une figure du football sénégalais. Quart de finaliste du Mondial 2002, l’ancien défenseur de Lens, Châteauroux ou Parme occupe aujourd’hui la fonction de coordinateur de la sélection nationale. Il a donc vécu de l’intérieur l’élimination au premier tour des Lions de la Teranga dans une CAN où les cartes semblent redistribuées…

Comment expliquez-vous les trois défaites au premier tour de votre équipe?

C’est un échec cuisant. On attendait le Sénégal en finale, au moins en demi-finale. C’était largement dans ses cordes quand on voit la valeur des joueurs qui composent cette équipe. Forcément ces défaites remettent quelques chose en question. Le travail de deux ans est remis en cause. Là il y a eu un déficit énorme. On ne le comprend pas. Jusqu’à maintenant, même si le jeu n’était pas léché, les occasions étaient là et on gagnait. Dans cette CAN, il y a eu un nombre incalculable d’occasions ratées. Ça s’est retourné contre nous. On était en dessous de tout. Avec un peu de fierté, on aurait pu sauver les meubles.

Certains ont-ils pris la compétition de haut en arrivant avec le statut de favori?

Oui, on peut penser ça. Quand on voit l’engagement dans les duels de certains dès le premier match… On l’a souligné lors de briefings. Personnellement j’en ai pris certains en chambre. Ça n’a pas suffi. Là, ça remet beaucoup de choses en question. Le coach, forcément, et les critères de sélection. Quand on voit le peu d’implication et la légèreté de certains, on se pose des questions. On a fait preuve de suffisance. C’est un naufrage collectif. J’en veux à certains, mais ça restera à l’intérieur du groupe. J’espère que chacun fera son autocritique et fera profil bas.

Un joueur comme Moussa Sow avait-il vraiment la tête à la CAN avec son transfert à Fenerbahce?

C’est vrai qu’avec Moussa, on peut parler de ça aussi. Si on se fixe sur lui, il n’était pas à 100% dans les duels. Un transfert, ça perturbe, quoi qu’on en dise. Mais quand on porte le maillot de l’équipe nationale, il faut jouer pour ceux qui souffrent et pour qui le football apporte un peu d’oxygène.

Comment expliquez-vous la faillite des grosses équipes comme la vôtre ou celle du Maroc?

En Afrique, le nom ne suffit pas, il faut cavaler, se bagarrer, tacler, mordre. Oui, c’est un combat de tous les jours. En face, il y a des équipes, comme la Zambie ou le Soudan, qui se connaissent, évoluent pour la plupart en Afrique. Ils sont habitués au combat. Tous les duels sont âpres. Athlétiquement, beaucoup de joueurs sont bien. Même si techniquement ou tactiquement ce n’est pas vraiment ça, ce sont des équipes qui se battent. On a vu la Guinée, le Soudan, le Niger. Le Gabon a passé un cap. Avec le cœur, la motivation, ils peuvent battre n’importe qui.

L’état de certains terrains n’avantage pas non plus les équipes qui essayent de développer du jeu…

Non, les terrains étaient très bons. Ça n’explique rien. Moi j’ai vu des joueurs figés par rapport à l’intensité individuelle. Ceux qui sont en quart de finale méritent d’être là. Les autres ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes.

Les équipes dont certains joueurs évoluent déjà en Europe ne sont peut-être pas aussi motivées que ceux qui cherchent à se faire un nom?

Oui… Pour les joueurs qui jouent au pays, porter le maillot de l’équipe nationale offre d’autres perspectives. C’est l’occasion d’aller en Europe. De se montrer. C’est une autre motivation. Un joueur qui est déjà en Europe peut s‘asseoir sur un matelas financier qu’un joueur local n’a pas. La faim n’est pas la même. Après, il y a le professionnalisme. Jouer pour son pays doit être quelque chose d’important. Une sélection, c’est un don de soi. Il y a une attitude à avoir.

Quelles équipes ou joueurs vous ont étonné depuis le début?

J’ai aimé la Zambie par son organisation, sa simplicité, sa discipline, sa vitesse. Quand on voit Chris Katongo (qui joue en chine à Henan Construction), le capitaine, c’est un joueur très intelligent. J’ai vu beaucoup de mobilité dans l’ensemble, de course, d’agressivité.

Un mot sur l’organisation: d’année en année, les conditions d’accueil s’améliorent-elles pour les délégations?

Du côté de la Guinée équatoriale, qui est un pays émergent, d’énormes efforts ont été faits. Le fait que la CAN ait lieu tous les deux ans est bon pour ces pays parce que cela leur permet de se doter d’infrastructures qui n’ont rien à envier à celles de l’Europe. Le stade de Bata est magnifique, ultramoderne. Il vaut bien celui de Caen par exemple. L’espace VIP est top avec des vitres blindées des caméras, des vestiaires modernes. On a vu que les gens se mobilisaient pour faire une belle CAN.