Job Ariste: «Nous avons été piégés par Bernard Laporte»

RUGBY Acculé, le président de la Facem, Job ariste, s'est confié à 20minutes, alors qu'il est visé par une plainte pour escroquerie par Max Guazzini et Bernard Laporte...

Propos recueillis par Mathieu Payen, à Montréal

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Bernard Laporte, le 14 juin 2011 à Paris.
Bernard Laporte, le 14 juin 2011 à Paris. — 20minutes

De notre correspondant au Canada

Alors que le monde du rugby s’active pour sauver le Stade Français, il y en a un qui veut sauver la face. C’est Job Ariste, le fondateur de la Facem, l’organisme qui devait injecter 12 millions d’euros dans les caisses du club parisien. Pour lui, c’est bien Bernard Laporte qui est responsable de la situation.

La nouvelle du dépôt de la plainte mardi semble vous avoir surpris. Personne ne vous avait pas averti?

Non, c’est un journaliste du Globe and Mail qui m’a appris cela au téléphone. Bernard Laporte nous a appelés lundi matin à 7h [13h heure française] pour qu’on lui envoie des garanties de fonds. Mon assistant, Armand Hugolin Kongo (vice-président de la Facem), qui était avec moi, s’en est occupé immédiatement. Mardi, nous avons encore eu M. Laporte au téléphone pour avoir des explications sur cette plainte annoncée sur le site internet du Stade Français et il a nié avoir fait cela. 

Une fois que l'information a été confirmée, qu'avez-vous fait?

J'ai envoyé M. Kongo en France. Nous avions convenu d'un rendez-vous avec M. Laporte mercredi matin, mais l'heure de la rencontre a été changée au dernier moment et quand M. Kongo est arrivé sur place, la Brigade financière l'attendait. Nous avons été piégés par Bernard Laporte. 

Cette affaire semble vous dépasser...

Exactement, on tente de me faire porter un chapeau trop grand pour ma tête. Il faut bien comprendre que les 12 millions d'euros (ceux du plan de refinancement du club, ndlr) ne sont pas à moi, je ne possède pas cette somme. La Facem non plus. La Facem est un intermédiaire qui met en relation des investisseurs avec des projets. 

En l'occurrence le projet de refinancement du Stade Français?

C’est cela, nous avons proposé le projet à des personnes privées, dont je ne peux pas vous révéler l'identité. Et certaines de ces personnes ont accepté d'investir. Mais le problème, c'est que ce lien prend du temps et M. Laporte, pressé par la Ligue (nationale de rugby, ndlr), a voulu accélérer les choses. 

C'est-à-dire?

Nous avions convenu avec lui de débloquer la somme demandée au 24 juin (vendredi). Cette somme devait provenir d'un compte HSBC de la Facem, mais elle ne devait faire que transiter en provenance de nos investisseurs. M. Laporte a été trop pressé, il a voulu vérifier que la Facem avait bien la somme demandée sur son compte HSBC. Evidemment, la somme n'y était pas encore puisque l'argent devait être débloqué par nos investisseurs le 22 ou le 23 juin au plus tard avant de conclure la transaction le 24 juin. D’ailleurs, nous en avons fourni la garantie écrite à M. Laporte. 

Aujourd'hui, on vous traite d'escroc en France, comment réagissez-vous?

C'est terrible, nous voulions investir dans ce club pour son image prestigieuse, mais on ne pensait pas que cela pourrait nous détruire. Nous n’étions pas préparés à une telle affaire. Mon image est salie et quelques-uns de nos investisseurs nous ont déjà dit qu'ils ne voulaient plus faire d'affaires avec nous. 

Mais la méfiance est normale lorsque de telles transactions se produisent…

Le problème, c'est que les Français n'ont pas compris que la Facem, malgré son nom, n'est pas un organisme de bienfaisance. C'est une entreprise privée. Certes, j'ai la volonté - c'est mon rêve - d'aider les enfants dans la détresse, mais je ne le fais pas en comptant sur les dons ou des fonds publics. 

Alors, d'où vient l'argent?

Je le répète, la Facem n'a pas une énorme trésorerie, nous sommes l'intermédiaire entre des investisseurs et des projets. Le seul argent que dégage la fondation vient des commissions que nous versent les investisseurs en fonction de la rentabilité des projets proposés. 

Vous avez des exemples de projets?

Oui, nous avons un gros projet de construction d'écoles et d'hôpitaux au Nigéria, un autre pour financer une maison sociale au Cameroun, une aide aux coopératives de café et cacao en Côte d'Ivoire. D'ailleurs, c'est en Afrique que nos bureaux se trouvent parce que c'est là que les gens comptent sur nous. Au Canada, nous n'avons pas besoin de siéger dans une tour de verre, comme vous l'avez écrit

Tous ces projets sont bien éloignés de ceux du Stade Français?

Oui et je me suis rendu compte un peu tard que ça ne pourrait pas fonctionner de la même manière. Il a fallu apporter beaucoup d'argent très rapidement parce que le club a de graves difficultés financières. Or, jusqu’à présent, nous n'avons même pas pris connaissance des livres de comptes du Stade Français. Moi, je ne connais rien au rugby. Si je me suis lancé dedans, c'est parce que M. Kongo m'a parlé de ce projet par l'entremise de M. Benhamou qui nous a dit que ça nous donnerait une bonne image et parce que nous souhaitions développer l’aspect éducatif du club. Mais je ne connais pas directement ce monsieur Benhamou. Il nous a dit qu’il nous aiderait dans cette transaction, mais il nous a amené un cadeau empoisonné. 

Comment s'annoncent les prochains jours pour vous?

Je viens de parler à mes deux avocats que j'ai mandatés à Paris. Mais nous attendons toujours l'acte d'accusation. Nous allons organiser notre défense et je peux vous assurer qu'ils ne trouveront rien d'illégal en ce qui me concerne.