Route du Rhum: D'une seule main, Damien Seguin écrit sa propre histoire

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A 10 ans, sur ses terres natales de Guadeloupe, il avait accueilli Florence Arthaud lors de sa Route du Rhum victorieuse en 1990: 20 ans plus tard, Damien Seguin, né sans main gauche, a fait "des pieds et des mains" pour prendre part à son tour à la légende.
A 10 ans, sur ses terres natales de Guadeloupe, il avait accueilli Florence Arthaud lors de sa Route du Rhum victorieuse en 1990: 20 ans plus tard, Damien Seguin, né sans main gauche, a fait "des pieds et des mains" pour prendre part à son tour à la légende. — Fred Tanneau AFP

A 10 ans, sur ses terres natales de Guadeloupe, il avait accueilli Florence Arthaud lors de sa Route du Rhum victorieuse en 1990: 20 ans plus tard, Damien Seguin, né sans main gauche, a fait "des pieds et des mains" pour prendre part à son tour à la légende.

"Le virus de la voile, je l'ai eu à ce moment-là", confie à l'AFP celui qui a été sacré champion paralympique en 2004 et vice-champion paralympique en 2008. "De voir ces gros bateaux arriver, c'était extraordinaire. J'avais discuté un peu avec ces grands marins: qu'est-ce que c'était, finalement, une traversée de l'Atlantique en solitaire? Je crois que c'est le mois d'après que j'ai commencé à faire de l'Optimist dans un club!"

Dimanche, ce sera à lui de connaître ces sensations, pour sa première transatlantique en solitaire à la barre de son Class 40 baptisé "Des pieds et des mains", du nom de l'association qu'il a fondée en 2005 pour promouvoir la pratique de la voile par les personnes handicapées (www.damienseguin.com). Et lui-même entrera dans l'histoire, devenant le premier navigateur à participer à la Route du Rhum malgré son handicap.

"Ca, je le prends bien parce que déjà, c'est vrai", sourit-il. "Dans mon parcours qui m'a emmené à la course au large, de pouvoir communiquer dessus, c'est aussi montrer que j'ai remporté cette victoire-là. Mon entrée dans la course au large en 2006 n'a pas été facile. J'ai dû prouver, peut-être un peu plus que les autres, que j'étais capable de naviguer en toute sécurité et que j'étais finalement un skipper comme les autres", glisse-t-il.

"Aujourd'hui, j'ai cette reconnaissance qui me permet d'être au départ. Je continue à écrire mon histoire. Ce que j'espère, c'est que cet exemple servira à d'autres gamins qui ont des rêves et surtout pour leur montrer que ce n'est pas parce qu'on a un handicap qu'on n'est pas capable de réaliser de grandes choses", assène-t-il.

Son bateau, parrainé par le journaliste Patrick Poivre d'Arvor, n'a pas subi la moindre retouche pour être adapté à son handicap.

"Tout le travail fait sur le bateau lors de mes entraînements m'a permis d'apprendre à faire des manoeuvres propres et de l'appréhender complètement dans toute sa complexité. Les entraînements sur l'eau ont pallié toutes les différences que je pouvais avoir avec les autres", estime-t-il.

Surtout, le skippeur se connaît "très bien".

"Je suis né comme ça, sans main gauche, et j'ai toujours considéré que c'était à moi de m'adapter au bateau plutôt que l'inverse", estime-t-il. "Sur certaines manoeuvres, c'est sûr que je ne fais pas exactement comme quelqu'un qui a ses deux mains. Mais l'essentiel, c'est que j'y arrive et que j'assure ma sécurité à bord".

Pour le marin de 31 ans, brillant 4e de la Solidaire du Chocolat en 2009 en tandem avec Armel Tripon, les ambitions sportives viendront au fur et à mesure des trois semaines de navigation prévues pour arriver à Pointe-à-Pitre.

"La Classe 40, c'est un niveau très relevé: on est 45 bateaux au départ (ndlr: sur un total de 87), c'est la plus représentée. Pouvoir donner un objectif chiffré serait un petit peu prétentieux", prévient-il.

"Mais j'ai un bon bateau de course et je suis un régatier. Je ne lâcherai rien sur l'eau! Du Rhum, j'attends surtout de faire une belle course. C'est une des étapes dans ma progression de marin et ça permet aussi de boucler une belle histoire. Ma famille habite toujours en Guadeloupe, donc quand je vais (y) revenir, ça va être une belle fête!"