Diomède, le « grand bonhomme » de Créteil

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Dans les vestiaires du stade Dominique-Duvauchelle de Créteil (94), les joueurs se préparent en vue d’une opposition interne. Allongé sur une table de massage posée dans les couloirs du stade, Bernard Diomède passe entre les mains expertes du kiné, une douleur derrière la cuisse le faisant souffrir depuis la veille. « Je vais quand même faire un test. J’aimerais au moins courir », assure celui qui, en 1998, a soulevé la Coupe du monde de football avec Zidane, Desailly et consorts. Un appétit de jeu creusé par des années de disette à Liverpool (seulement deux matchs disputés en Premier League de 2000 à janvier 2003) et six mois de repos forcé de juillet dernier jusqu’à sa signature pour le club de l’US Créteil-Lusitanos, le 24 janvier. Entre-temps, Diomède avait passé une saison et demie à Ajaccio (L1), où il avait inscrit 9 buts en 47 rencontres de Championnat. Reste que son arrivée dans le club du Val-de-Marne, en position de relégable en Ligue 2, a surpris le microcosme du football : « Certains clubs de Ligue 1 m’ont même contacté quand ils sont su que je signais à Créteil. Cela m’a amusé. Je n’ai pas répondu favorablement, car j’avais donné ma parole. » Plus qu’un choix par défaut, son intégration progressive au sein du groupe cristolien relève d’un concours de circonstances. « Je m’entraînais avec le groupe de Guy David [l’entraîneur de Créteil] depuis août dernier, mais je voulais connaître une nouvelle expérience à l’étranger, surtout en Espagne. Comme la plupart des clubs ne savaient pas où je me situais physiquement, ils m’ont demandé d’effectuer des tests. » Auxquels l’ancien joueur d’Auxerre, club avec lequel il a remporté le doublé Championnat-Coupe de France en 1996, s’est prêté de bonne grâce. Mais les clubs européens, et notamment Manchester City, ne lui proposent qu’un contrat de six mois, courant jusqu’en janvier. Diomède décline les propositions. Arrive le mercato de janvier et le risque de connaître une saison blanche pour celui qui, à 31 ans, estime avoir encore « de belles années à jouer au haut niveau même si le plus gros de ma carrière est derrière moi ». Surtout, son quotidien de footballeur a été bouleversé par l’annonce d’une paternité, prévue dans les jours à venir : « Je ne me voyais plus partir alors que mon amie, qui habite Créteil, était enceinte. » Une aubaine pour le club et son président Armand Lopes, « au niveau de l’image mais aussi du jeu. Car, à un champion du monde, on n’apprend pas à jouer au football. » Et de poursuivre sur l’état d’esprit de son joueur, déjà auteur de deux buts en trois matchs : « Il a consenti de gros sacrifices pour venir chez nous en acceptant de baser son salaire sur le plus élevé du club, soit environ 13 000 E . » Diomède estime de son côté « ne pas avoir fait de sacrifices mais des efforts », conscient de l’occasion qui lui était offerte de rejouer au football en vue de séduire des clubs plus huppés à l’issue de son contrat en juin. « Je ne veux pas me projeter si loin, j’ai envie de savourer l’instant présent même si les contacts avec des clubs intéressés ne sont pas rompus. Peut-être qu’en juin, je vais quitter le club pour y revenir dans quelques années. » Avec la possibilité de se reconvertir au sein du club ou des services municipaux de la ville. Pour l’instant, place au jeu qu’il bonifie « par sa simplicité. Les grands joueurs n’en font pas des tonnes. En outre, c’est un peu le sage du groupe, pas une grande gueule qui bouge un vestiaire. Plutôt un confident, un leader qui va prendre à part un jeune pour lui filer des tuyaux », estime son entraîneur Guy David, séduit par l’homme et le joueur. Lors de la Coupe du monde en 1998, Aimé Jacquet l’avait surnommé “petit bonhomme”. Pour nous, c’est un grand bonhomme. » Yohann Hautbois

«Je ne me voyais plus partir alors que mon amie, qui habite Créteil, était enceinte. »