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Les sportifs dans les listes pour les municipales, plus value ou coup de pub ?

Elections municipales 2026 : « Pas une politique de l’affichage »… Les sportifs dans les listes, plus value ou coup de pub ?

La balle est dans leur campDans de nombreuses villes, des anciens sportifs professionnels sont sur les listes, et souvent haut placés, pour les élections municipales
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Antoine Huot de Saint Albin

Antoine Huot de Saint Albin

L'essentiel

  • De plus en plus de sportifs de haut niveau s’investissent dans les élections municipales, en se présentant sur les listes des candidats, à l’image de Johan Micoud à Bordeaux ou Pierre Latour à Romans-sur-Isère.
  • Les têtes de liste recherchent les sportifs pour leur notoriété et les valeurs qu’ils incarnent comme « la réussite, le travail, l’abnégation, l’esprit d’équipe », même si certains anciens pros comme Guy Accoceberry se sont sentis « un peu utilisés ».
  • Les sportifs élus restent généralement cantonnés aux domaines qu’ils maîtrisent (sport, jeunesse, vie associative), comme l’explique David Gérard, présent sur la liste de Laure Lavalette à Toulon : « Je suis un passionné de sport, […] je ne sortirai pas des sentiers battus à m’inventer des carrières sur d’autres sujets ».

Dommage que le poste de sélectionneur de l’équipe de France ne se décide pas dans les urnes. Avouez-le, voir Zinédine Zidane partir en campagne et arpenter les marchés pour tracter le dimanche dès potron-minet, ça aurait de la gueule. Son coéquipier en équipe de France lors de la Coupe du monde 2006 Sidney Govou aurait même pu lui filer quelques conseils. L’ancien joueur de l’Olympique Lyonnais connaît bien cette tâche ingrate de démarcher les gens bougons pour leur filer un programme avant des élections.

En 2020, le septuple champion de France était présent sur la liste de Marie-Hélène Mathieu (divers droite)* à l’occasion des élections municipales à Saint-Didier-au-Mont-d’Or (Rhône). « Je n’avais pas à l’esprit de prendre une figure locale très connue, un sportif de haut niveau, raconte la maire, qui se représente en 2026. Lors d’un tirage au sort où Sidney était présent, le président du club de foot me dit : "Tu devrais le prendre sur ta liste", et j’avais répondu "Je ne sais pas si ça l’intéresse". Sidney, en rigolant, avait dit "si, si". Plus tard, on s’est rencontré, il était partant pour être sur la liste, et surtout en position d’être éligible. »

Et voilà, comment, quelques mois plus tard, l’ancien international français s’est retrouvé au conseil municipal de ce village de 7.500 habitants. « Je m’intéresse à beaucoup de choses et, je ne le dis pas souvent, mais j’adore la politique, assure Sidney Govou. Pour moi, la mairie, ce n’est pas forcément de la politique, c’est encore un autre domaine. C’est un truc qui me bottait bien, j’étais souvent au village, j’avais arrêté ma carrière, j’allais acheter ma baguette de pain, boire un verre au bistrot, discuter avec les gens. »

« La politique et le sport se nourrissent l’un l’autre »

Comme Sidney Govou, les sportifs de haut niveau s’investissent de plus en plus à l’échelle locale. Pour ces élections municipales, à Bordeaux, l’ancien footballeur Johan Micoud a ainsi rejoint la liste de Philippe Dessertine (sans étiquette). Encore en activité, le gardien Lionel Mpasi est sur la liste de Sarah Vidal (divers gauche) à Rodez. A Romans-sur-Isère, la maire sortante Marie-Hélène Thoraval (divers droite) est accompagnée de Pierre Latour, tout juste retraité des pelotons. A Toulon, l’ancien rugbyman et actuel sélectionneur de la Roumanie David Gérard est n°2 sur la liste de Laure Lavalette (sans étiquette mais soutenue par le RN).

Pierre Latour lors de la neuvième étape du Tour de France 2023.
Pierre Latour lors de la neuvième étape du Tour de France 2023. - Goding Images/Shutterstock/SIPA

« Au fur et à mesure que le spectacle sportif gagne en médiatisation, il ne faut pas être étonné qu’apparaissent sur des listes électorales, et souvent haut placés, des athlètes de haut niveau, développe Marina Honta, sociologue à l’université de Bordeaux. Les élections politiques, c’est beaucoup de symboles et de communication. Les athlètes de haut niveau disposent de ce capital symbolique qui est particulièrement fort. Le monde du sport et de la politique n’ont jamais été deux mondes dissociés, ils se nourrissent l’un l’autre. »

Avoir des sportifs reconnus dans sa liste n’est pas chose nouvelle. En 2008, l’ancien demi de mêlée du CABBG (futur UBB) Guy Accoceberry était devenu colistier d’Alain Juppé à Bordeaux. « Il était venu me chercher parce que la ville avait été très mal classée par L’Equipe sur tout ce qui était le sport à Bordeaux, la manière de gérer le sport, se souvient-il. Et puis, sur la liste d’en face avec Alain Rousset, il y avait Serge Simon, pilier de Bègles. C’est sûr qu’il y a toujours un effet de communication d’accrocher une figure locale connue. »

« Pas dans une politique de l’affichage »

Forts de leur notoriété et de leur image publique, les anciens pros investis dans les campagnes électorales ne sont-ils que des proies que l’on affiche à son tableau de chasse, un petit coup de pub pour booster une campagne ? « Je ne suis pas dans une politique de l’affichage, répond directement Marie-Hélène Thoraval au sujet de l’implication de Pierre Latour. Evidemment, je ne suis pas sans savoir que son nom porte. J’espère que ça puisse convaincre des personnes, même si je n’en sais rien. Pierre, c’est un garçon que je connais depuis près de quinze ans, que j’ai suivi, que j’ai toujours encouragé. »

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Guy Accoceberry, qui a été conseiller municipal pendant deux mandats, s’est lui senti « un peu utilisé », même s’il a toujours douté que son image puisse apporter une plus-value à Alain Juppé lors de sa campagne. David Gérard, surpris qu’on ait pu penser à lui dans un domaine qu’il ne connaissait pas, n’a pas senti une exposition démesurée depuis qu’il a rejoint la liste de Laure Lavalette, alors qu’il est promis à un poste d’adjoint aux sports si sa tête de liste est élue :

« Quand tu rentres dans un milieu comme ça, où tu sais qu’il faut être méfiant parce que le milieu demande à être méfiant, tu te mets un petit peu à regarder tout le monde, à essayer de comprendre. Mais je n’ai pas senti le côté néfaste, le truc de me dire, ils me prennent, ils me mettent devant un bouclier, en disant “regardez, il est là”. Il n’y a pas une surexposition de qui je suis. »

Des valeurs très recherchées

Car il y a, derrière, des présupposés sur les valeurs qu’incarnent les athlètes de haut niveau, comme la réussite, le travail, l’abnégation, l’esprit d’équipe, le goût de l’effort, les objectifs à réaliser… Autant de principes forts très recherchés par les hommes et femmes politiques, comme le précise Marina Honta : « Il peut y avoir une tentative, ou une tentation, de la part de la tête de liste d’instrumentaliser l’image de l’athlète. Avoir un athlète reconnu, ça peut renforcer l’humanisme, ça peut permettre d’élargir son électorat, de se donner une image dynamique, et ça permet de rentrer dans la compétition politique. Les sportifs ne sont pas dupes sur le fait que celle-ci se fait aussi sur leur notoriété. Par contre, je fais l’hypothèse que s’ils acceptent d’en être, ils le font en conscience. »

En conscience aussi de se retrouver dans un nouvel environnement où le positionnement politique peut vous poursuivre un long moment, même si tous nos anciens pros ont expliqué que les élections municipales, ça va au-delà de la politique. C’est de l’investissement local où les frontières politiques sont réduites. « A notre niveau, ce qui est important, c’est de rassembler le maximum de personnes pour travailler pour un projet sur la commune, indique Marie-Hélène Mathieu. Et toutes les sensibilités sont les bienvenues. »

« Franchement, ça ne m’a pas effleuré l’esprit d’être catégorisé, explique Guy Accocceberry. Il m’a mis à l’aise en me disant qu’il n’attendait pas que je prenne une carte de son parti. Il faisait appel à moi pour mes compétences dans le sport et ce que j’avais fait dans le sport. »

Les sportifs cantonnés au sport

Pour les sportifs, se pose aussi la question de la légitimité de se retrouver à une fonction inconnue en cas d’élection de la tête de liste, même s’ils restent, la plupart du temps dans un domaine qu’ils maîtrisent bien : le sport, la vie associative et la jeunesse. « Il y a pas mal de choses que j’ai découvertes en étant au conseil municipal, se rappelle Sidney Govou, très présent en début de mandat avant de délaisser un peu son poste en raison de son métier de consultant. Après, je n’ai pas été impactant sur ce que je ne connaissais pas, je pense qu’il faut aussi rester à sa place. »

« On a chacun nos domaines de compétences, en plus de nos appétences, ajoute David Gérard. Je suis un passionné de sport, je suis entraîneur d’une équipe nationale de rugby et si je m’implique, c’est sur un sujet que je connais. Je ne sortirai pas des sentiers battus à m’inventer des carrières sur d’autres sujets, il y a des gens beaucoup plus compétents que moi. »

Avec l’espoir, au bout, de redonner notamment ses lettres de noblesse au sport, souvent sacrifié sur l’autel des budgets, comme à l’échelle nationale après les Jeux olympiques de Paris 2024. Si la présence de sportifs de haut niveau peut permettre de sanctuariser cet engagement de la ville dans le sport, ils auront au moins gagné quelque chose.

*Contactés, plusieurs sportifs et politiques de gauche n’ont pas répondu à nos sollicitations.