Fléchettes : A la découverte du « pionnier » Thibault Tricole, premier français à participer aux championnats du monde
DANS LE MILLE•Le Breton de 34 ans, Thibault Tricole va devenir le premier français à participer aux championnats du monde professionnels de fléchettes, qui débute ce vendredi à LondresAdrien Max
L'essentiel
- Thibault Tricole va devenir le premier français à participer au PDC World Dart Championship, le championnat du monde professionnel de fléchettes qui débute ce vendredi à l’Alexandra Palace de Londres, jusqu’au 3 janvier.
- Après avoir déjà été le premier français à jouer dans le championnat du monde amateur en 2020, ce breton de 34 ans se voit comme « un pionnier » de la discipline en France.
- Bien qu’il vive des fléchettes depuis deux ans, Thibault Tricole n’a ni entraîneur, ni manager, et doit gérer seul sa carrière, bien épaulé par sa famille.
Il voulait couper et se réserver une semaine au vert, mais difficile quand on est sur le point de devenir le premier Français de l’histoire à participer aux championnats du monde professionnel de fléchettes. Alors après quelques jours de thalasso, Thibault Tricole a accepté de revenir sur son parcours qui va le mener jusqu’au PDC World Dart Championship, organisé par la Professional Darts Corporation (PDC), à partir de ce vendredi à Londres, jusqu’au 3 janvier prochain.
La pression commence doucement à se faire sentir, même si le français de 34 ans ne débute la compétition que lundi prochain lors d’un premier tour duquel les 32 meilleurs joueurs au classement mondial sont exemptés. « Mais il en reste 96, et on va s’affronter autour de match de trois sets gagnants à élimination directe et le premier tour peut durer jusqu’à une semaine », explique-t-il. Chaque set est remporté après trois manches gagnantes, ce qui fait des matchs de neuf manches minimum.
Le pionnier d’une discipline peu développée
Sa présence parmi les 128 meilleurs joueurs mondiaux est la concrétisation de ce qui n'était qu'un « rêve, il y a cinq ou six ans », et s'est transformé en « objectif » depuis plusieurs mois. Cela fait déjà quelques années qu’il oscille entre monde professionnel, via des invitations, et monde amateur, dans lequel il a déjà participé aux premiers championnats du monde en 2020.
« Je me suis toujours considéré comme un pionnier, comme il en faut dans n’importe quel sport. Et notamment en France où la discipline n’est pas très développée », note-t-il. Tout en espérant que sa participation aux prochains PDC World Dart Championship permettra de mettre un peu plus en lumière son sport, plus développé dans les pays anglo-saxons, qu’en France. « Je vois quand même de plus en plus de licenciés, la diffusion sur la chaîne l’équipe et mes quelques belles apparitions y jouent forcément un petit peu », se félicite-t-il.
« Il y a tout à créer »
Un pionnier qui ne se prend malgré tout pas la tête, c’est d’ailleurs en se préparant aux championnats du monde amateur qu’il a réussi à se qualifier pour aller jouer dans le mythique Alexandra Palace de Londres. « Il y avait ce tournoi de qualification pour les pays de l’ouest de l’Europe. Mais j’y allais surtout pour me préparer aux championnats du monde amateur avec l’intention de les gagner cette fois. Le tirage a été plutôt favorable et j’y suis allé crescendo. Sur le papier ce n’est pas un scandale ni une surprise, mais c’était quand même un peu inattendu d’enchaîner les performances et de passer un tel cap », confie-t-il.
La réalité d’un joueur de fléchette en France ne lui permet de toute façon pas de s’enflammer. S’il en vit « convenablement » depuis deux ans grâce aux sponsors, Thibault Tricole n’a ni entraîneur, ni attaché presse, ni manager. Il gère donc tout, tout seul, comme ses deux heures d’entraînement quotidien. « A force je me suis un peu fait une raison, et je suis un peu devenu un loup solitaire. Je n’ai aucune référence, hormis à l’étranger, je n’ai personne à qui demander des conseils. Il y a tout à créer, c’est parfois compliqué, mais c’est aussi ce qui me rend fier. Pour que d’autres français suivent mes pas et me demandent des conseils », espère-t-il.
40 week-ends loin de la Bretagne
Il a par exemple organisé et financé chacun des 40 week-ends qui l’ont poussé loin de sa Bretagne durant cette année 2023, quand 90 % des joueurs professionnels ont un manager pour gérer tous ces à-côtés. Le soutien familial est donc fondamental. « Ça ne fait plus beaucoup de temps à passer loin de la maison, la famille est très importante. Ma compagne me soutien et c’est très important parce que c’est difficile d’annoncer que tu veux vivre des fléchettes alors qu’il n’y a aucune structure, aucun accompagnement en France », rappelle Thibault Tricole.
Heureusement, ces championnats du monde ne vont pas l’empêcher de passer Noël en famille puisque le tournoi fait une pause entre le 23 et le 26, fêtes de fin d’année obligent. « Si je passe le premier tour lundi, j'affronterai le 8e mondial le 21 décembre puis le tour suivant ne sera que le 27, ça me laisse le temps de faire un aller-retour en Bretagne », en sourit-il. Une victoire au premier tour qui lui permettrait surtout d’empocher 7.500 livres, quand le prix d’un titre de champion du monde amateur culmine à 50.000 livres, contre 500.000 pour le professionnel.
Et pour cela, il compte sur son French flair. « Je vais m’appuyer sur ma petite expérience de podium télévisé en amateur, et ce côté Frenchie va me servir. Je suis assez apprécié en Angleterre, même si je suis français. Ils sont contents de voir que leur sport est aussi pratiqué de l’autre côté de la Manche, par leurs meilleurs ennemis. Et en général le public soutien toujours l’outsider, donc c’est bon pour moi », se projette-t-il. Son objectif est de passer le premier tour, « je n’ai de toute façon pas grand-chose à perdre, et tout à gagner », rappelle-t-il. D’avoir fait de ce rêve une réalité est déjà sa victoire.


















