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C’EST PAS FINIEt maintenant, qu’est-ce qui attend Bernard Laporte et le rugby français ?

Procès Laporte-Altrad : Appels à la démission, Coupe du monde… Quelles suites après la condamnation de Laporte ?

C’EST PAS FINILa condamnation de Bernard Laporte ce mardi laisse de nombreuses questions ouvertes
Bernard Laporte, le président de la FFR, ce mardi au tribunal correctionnel de Paris.
Bernard Laporte, le président de la FFR, ce mardi au tribunal correctionnel de Paris. - Alain Jocard / AFP / AFP
Nicolas Stival

Nicolas Stival

L'essentiel

  • Le patron du rugby français Bernard Laporte a été condamné à deux ans de prison avec sursis ce mardi par le tribunal correctionnel de Paris.
  • La justice a prononcé une interdiction d’exercer à la tête de la FFR. Laporte reste pourtant à son poste pour l’heure, car il a fait appel.
  • L’opposition fédérale exige sa démission, alors que la ministre des Sports Amélie Oudéa-Castéra met aussi la pression.
  • La fédération internationale World Rugby a annoncé mardi soir son retrait « temporaire et volontaire » de ses fonctions de vice-président.

Le petit monde du rugby français n’en dormait plus depuis des semaines. La décision du tribunal correctionnel de Paris est tombée ce mardi : Bernard Laporte a été condamné à deux ans de prison avec sursis et 75.000 euros d’amende. Le président de la FFR depuis décembre 2016 a été jugé coupable d’avoir rendu une série d’arbitrages au bénéfice de Mohed Altrad, après avoir perçu de la part de ce dernier 180.000 euros en mars 2017, selon un contrat d’image secret et jamais exécuté.

L’homme d’affaires, PDG du géant du BTP éponyme, a été condamné à 18 mois de prison avec sursis et 50.000 euros d’amende. Dans cette affaire, Laporte a été reconnu coupable de cinq des six infractions pour lesquels il était poursuivi, dont la corruption passive et le trafic d’influence. Mais il peut rester à la tête du rugby français, ce qui soulève de nombreuses questions.


Un appel qui permet à Bernard Laporte de continuer à diriger la Fédération

Le tribunal correctionnel de Paris a prononcé une interdiction d’exercer à la tête de la FFR pour deux ans. Pourtant, l’ancien sélectionneur des Bleus peut rester président car cette peine complémentaire n’est pas exécutoire, et l’appel aussitôt annoncé par Laporte permet sa suspension.

Forcément, le bureau fédéral « prend acte » de cette décision, ainsi que de la relaxe de Serge Simon, le n° 2 de la FFR. Dans un communiqué publié mardi en fin d’après-midi, il se dit « déterminé à maintenir son engagement au bénéfice du rugby français ». « Notre institution a besoin de stabilité, poursuit le texte. Et cela notamment à l’orée d’un événement d’une importance fondamentale pour l’avenir de notre sport, la Coupe du Monde 2023 organisée en France. »



Pas question donc pour les pro-Laporte de lâcher leur chef, comme l’avait indiqué un peu plus tôt Jacky Courrent à 20 Minutes. « On garde notre président, soufflait le président de la commission des écoles de rugby et membre du comité directeur de la FFR. C’est important qu’il puisse continuer, et que nous puissions continuer nos actions, parce qu’il ne faut pas que tout ce qu’on fait pour le rugby depuis six ans tombe à l’eau du jour au lendemain. Il faut que ce soit concrétisé au moins jusqu’à la Coupe du monde. » Le temps de la justice étant ce qu’il est, le procès en appel n’aura sûrement pas lieu avant le Mondial programmé en France du 8 septembre au 28 octobre 2023.

L’opposition appelle à la démission de Laporte et du comité directeur

Florian Grill avait été battu de justesse lors des dernières élections fédérales, en octobre 2020, dans un climat délétère qui ne s’est pas vraiment allégé depuis (48,53 % des suffrages des clubs amateurs contre 51,47 % pour Laporte). Au nom du mouvement d’opposition Ovale Ensemble, le président de la Ligue Ile-de-France « appelle clairement à la démission du comité directeur pour permettre de donner la parole aux clubs » auprès de 20 Minutes.

« « C’est une condamnation inédite dans le rugby français, on n’a jamais vu ça. Même s’il y a appel, elle est suffisamment dévastatrice pour qu’on ne puisse pas faire comme si de rien n’était. Une démission du comité directeur est le seul moyen d’apaiser le rugby français avant de le rassembler à l’approche de la Coupe du monde. Porter une telle condamnation pendant les huit mois qui précèdent un tel événement, sans passer par une relégitimisation par les clubs serait extrêmement difficile, même s’il y a appel. » »


La ministre des Sports veut aussi à de nouvelles élections à la FFR

« La FFR est très bien vue au ministère, assénait Jacky Courrent ce mardi en cours d’après-midi. En plus des résultats du XV de France qui sont la plus belle vitrine, le travail qui est fait derrière est monstrueux, et le ministère en est conscient. » Effectivement, à la fin d’un communiqué publié un peu plus tard, Amélie Oudéa-Castéra détaillait les « avancées » obtenues sous le mandat de Laporte, « qui méritent d’être soulignées ».

Mais auparavant, le ton se voulait nettement moins positif. « En termes de bonne gouvernance, la ministre considère que ce nouveau contexte fait obstacle à ce que Bernard Laporte puisse, en l’état, poursuivre sa mission dans de bonnes conditions à la tête d’une Fédération délégataire d’une mission de service public, à un moment aussi décisif pour le rugby français que la dernière ligne droite avant une Coupe du Monde de Rugby où la France recevra les nations du monde entier. »

Conséquence ? « La ministre appelle donc à ce qu’un nouveau temps démocratique permette aussi rapidement que possible au rugby français de repartir sur des bases suffisamment saines et solides, avec une gouvernance de la Fédération qui aura la pleine confiance des clubs et saura rassembler. » En clair, Amélie Oudéa-Castéra espère de nouvelles élections à la FFR, comme Florian Grill et l’opposition fédérale.

Seulement, elle n’a pas le pouvoir d’écarter le président d’une Fédération et se dit « attachée, dans un cadre éthique et de gouvernance clair, au principe d’autonomie des fédérations et à son respect ». « C’est donc aux instances de la Fédération qu’il revient aujourd’hui de prendre leurs responsabilités. » Or, les dirigeants de la FFR semblent décidés à ne surtout rien changer d’ici le procès en appel.

Quel impact pour le XV de France ?

Lancés sur une série historique de 13 victoires d’affilée, les Bleus se trimballent avec une étiquette de favoris à « leur » Coupe du monde que plus grand-chose ne semble devoir décoller. Même pas le « bordel » à la tête de la Fédé ? « Je ne crois pas que ça affectera l’équipe de France », assène Jacky Courrent, pour le courant Pro-Laporte. « Il faut que le comité directeur prenne ses responsabilités pour préserver le XV de France et la Coupe du monde, répète de son côté Florian Grill. Il y a besoin de changer les choses. »


Fabien Galthié et Bernard Laporte, amis pour la vie.
Fabien Galthié et Bernard Laporte, amis pour la vie. - Franck Fife / AFP

Le communiqué du bureau fédéral ne penche pas vraiment dans ce sens, ce qui ne peut que rasséréner Fabien Galthié, très proche de Laporte depuis ses années de joueur, lorsqu’il était le capitaine des Bleus entraînés par l’actuel patron de la FFR. « Depuis 20 ans, mon destin est lié à celui de Bernard (Laporte) », rappelait ainsi le sorcier lotois dans Midi Olympique en septembre 2020, trois semaines avant les élections fédérales gagnées de justesse par le président sortant.

Quid du rayonnement du rugby français à l’échelle mondiale ?

Depuis 2020, Bernard Laporte occupe la vice-présidence de World Rugby, l’équivalent ovale de la FIFA, derrière l’Anglais Bill Beaumont, en poste jusqu’en 2024. Et le Français fait figure pour beaucoup d’observateurs de successeur désigné de Beaumont, alors qu’il a su habilement tisser un beau réseau depuis des années, bien aidé par Claude Atcher. Sauf que le grand manitou du Mondial 2023 est « tombé » depuis, même s’il a bénéficié d’une relaxe ce mardi dans le complexe dossier Laporte-Altrad pour les faits de recel d’abus de confiance qui lui étaient reprochés.

Les soucis judiciaires de Laporte pourraient-ils davantage fragiliser ses ambitions planétaires ? Réponse imminente. « World Rugby prend note de la décision de la justice française de condamner le président de la Fédération Française de Rugby (FFR) et vice-président de World Rugby, Bernard Laporte, pour des accusations de corruption qui concernent des affaires nationales », a indiqué l’instance dans un communiqué, ce mardi. Dans la soirée, la fédération internationale a annoncé qu’il s’est retiré « temporairement et volontairement » « avec effet immédiat » de ses fonctions, à la suite d’une réunion du Comité exécutif. Si le patron du rugby français a obtenu un sursis ce mardi, il n’est surtout pas tiré d’affaire.

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